- Écrit par : Rémy VOEGEL
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Il y a des années où les catastrophes se succèdent. Pour le village de Valff, l'année 1936 a été appelée, année calamités.
Les crues de la fin de janvier 1936

Photographie du 4 janvier dans les Dernières Nouvelles de Strasbourg
Le mois de janvier 1936 est le plus pluvieux en France depuis 1770, engendrant des inondations fréquentes sur toute la France.
En France, déjà la fin d'année 1935 avait été très pluvieuse. À la fin de janvier, les pluies océaniques, redevenues assez violentes après deux semaines de fines averses, provoquèrent une nouvelle et grave crue de la Vienne et de la Loire vers Saumur (plus de 5 mètres). Pendant ce temps, la Charente et la Dordogne menaçaient leurs riverains, et la Garonne faisait de nouveau des siennes. Le 31 janvier et le 1er février, une averse océanique pyrénéenne fit monter la Garonne (2,90m à Toulouse, 5m à Verdun). Le 5 janvier, la Loire atteint 9,60 mètres à Nantes. À Paris, la Seine fleure avec les 4,50 mètres. À partir du 9 janvier, la situation se calme.
L'Angleterre et l'Espagne sont également sous les eaux. L'Angleterre est balayée par une tempête, 16 personnes sont tuées, des centaines blessées. À Düsseldorf, une femme est tuée des dizaines grièvement blessées, après un orage violent de grêle et de vent.

Début janvier, la région de Wörth-Lembach est inondée. Le trafic ferroviaire est interrompu. Le 5, la situation est sous contrôle. C'est au tour de Wissembourg de lutter contre la montée des eaux.
12 janvier 1936
Comme nous venons de la voir, le mois de janvier est pluvieux et humide. La fonte des neiges, due à un rapide réchauffement, accélère la crue. Dans la nuit du dimanche à lundi, le niveau de l'Ill est préoccupant. Entre Benfeld et le Ried, il n'y a de l'eau, encore de l'eau ! À Benfeld même, le niveau du Mühlbach atteint les bords de la route. Le niveau de la nappe phréatique monte dans les caves. De mémoire de Benfeldois, jamais depuis 1919, ils n'avaient connu une telle montée des eaux. Dans le Ried, les villages sont inondés, les routes impraticables. Entre Muttersholtz et Ebersheim, la route est submergée par 50 cm d'eau. À Gertwiller, la Kirneck déborde, les caves sont inondées. Le Giessen dans le Val de Villé atteint les 2 mètres. Molsheim est entouré par les eaux, la station électrique est noyée. Le bas-village d'Avolsheim est inondé.
À Obernai, la rue Ste-Odile et la place de l'Étoile est sous les eaux, les caves de la rue St-Jacques et rue du Landsberg ont vu l'eau de la nappe phréatique monter jusqu'à 1m. On a ouvert toutes les vannes des barrages de retenues. Autour de Meistratzheim, l'eau a inondé 100 ha de terres cultivées. Les étables du haut-village ont dû accueillir les animaux du bas-village. Entre le pont de l'Ehn et la mairie, il y a 80 cm d'eau. On récupère les automobiles noyées avec des chevaux. L'eau potable des puits est contaminée.


Édition du Strasburger Neueste Nachrichten du 14 janvier

Le Rhin tortu et l'Ill à la petite France
Et à Valff
À Valff, l'eau impétueuse de la Kirneck a formé de nombreux barrages de débris de bois et des déchets flottants. La majorité des caves des riverains du lit de la rivière sont inondées. L'eau dans la cave du meunier HURMANN a atteint les 2 mètres. Les pompiers travaillent sans relâche avec leur pompe à moteur. Dans la cave de Florent ROSSFELDER, un mur s'est effondré et a écrasé un foudre de vin de 13 Ohm soit environ 2000 litres, qui se sont répandus. Ce n'est pas du vin d'Andlau (dans de l'eau) mais du vin de Valff ! Les habitants construisent des digues et des barrages devant leurs cours. Le niveau de cru maximum a été atteint vers 16 heures. La route entre Valff et Meistratzheim est impraticable. Par endroit, il y a 50 cm d'eau.
À partir du 15 janvier, la situation s'améliore. Partout en Alsace, les niveaux commencent à baisser.


Les rives de l'Aar à Strasbourg

À Erstein, la hauteur mesurée est de 2,80 cm

Stade de Duppigheim

Les rues de Meistratzheim

Vallée de la Bruche
Les profiteurs

Déjà le 16 janvier, un article détaille les suites néfastes possibles qui pourraient toucher les pauvres sinistrés, contraints à vivre dans leurs maisons humides.
Mais heureusement, avec le Melchling's China-Eisenbitter, vous êtes sauvés ! Il fortifie le sang et tue les microbes et les bacilles. D'ailleurs, il est prescrit par plus de 900 médecins ! Dit donc ! Il est composé de Malaga, d'écorces de vanilliers, d'extraits d'oranges vertes et jaunes, des plantes amères et du jus de viandes. Veillez à bien reconnaitre le flacon avec l'étiquette du bras et du marteau ! Surtout, il ne faudrait pas acheter chez un concurrent !


Valff en 2011
L'ouragan impétueux de juillet
Témoignage d'Antoine MULLER : « On était le 18 juillet, c'était un samedi soir vers 17h45. Un ouragan a dévasté toutes les récoltes, et anéanti plusieurs bâtiments agricoles. Un moment donné, le soleil s'est obscurci, il faisait nuit et soudain des grêlons de la grosseur d'œufs de poule s'abattirent sur le village et les récoltes. Nous avons cru que la fin du monde était arrivée. Les bourrasques s'abattirent avec une telle violence que des centaines d'arbres furent déracinés, les sarments de vigne dépouillés de toutes les feuilles, toutes les récoltes sans exception anéantis à zéro, des lièvres, des faisans tués par les grêlons jonchaient le sol. Dans le village, on dénombra plusieurs granges arrachées par la tempête, des milliers de tuiles envolées.

Sur la route départementale entre Valff à Goxwiller, mon père possédait un cerisier d'une très grande taille qui fut victime. Il a été projeté à travers la route, bloquant la circulation pendant quelques jours. C'était effectivement un arbre immense, un tronc d'environ 1m de diamètre, dont la tête était voisine du ciel et dont les pieds touchaient l'empire des morts, comme dirait Jean de La Fontaine. Des reporters de grands magazines parisiens sont venus témoigner de cette catastrophe naturelle. La reine Juliana de Hollande, en villégiature au Hohwald, prise de compassion à l'égard des sinistrés de Valff, a légué un certain montant à la commune pour dédommager partiellement les familles les plus touchées par la catastrophe. Cette répartition donna lieu à des mésententes et des jalousies dans le village dont la commission de distribution était fortement soupçonnée de partialité ». [ en savoir plus : Le jour où la grêle a tout détruit].



D'après les témoins, le jour s'est transformé en nuit. On ne voyait plus rien à plus de 5 mètres. L'ouragan n'a duré qu'une dizaine de minutes. Une douzaine d'arbres ont été déracinés sur la route entre Goxwiller et Valff. La tempête a arraché un nid de cigogne et la cheminée de 3 à 4 mètres de l'école, tuant les deux bébés migrateurs. Il ne subsiste qu'un gros trou dans le toit. L'appartement de l'instituteur GUGUSMUS a l'étage de l'école, a été inondé par les pluies battantes. Les dégâts dans les vignes valffoises ont été estimées à plus de deux millions de Francs, les ceps sont comme en hiver. Le tabac, le blé et les autres céréales, le maïs et les pommes de terre sont pulvérisés. Des centaines d'arbres fruitiers, des noyers, doivent être coupés, surtout du côté de Zellwiller et de Bourgheim. La récolte du blé devait débuter lundi, dans deux jours ! Les récoltes se présentaient exceptionnelles. Des automobiles d'une entreprise de Reichshoffen ont été bloquées jusqu'à dimanche sur la route de Valff et Bourgheim par des arbres jonchés en travers de la route. Ce sont les pompiers qui se sont attelés à la tâche de les dégager. L'électricité a été coupée. Le courant n'est revenu que le mardi.
La grange et le hangar à tabac, construit il y a seulement six ans, de HIRTZ Louis, dans la rue Haute, se sont effondrés comme un jeu de cartes. J. KORMANN, ROSFELDER Albert et le menuisier HIRTZ ont également vu leurs granges détruites, un des hangars n'avait que quatre ans ! La mairie, le presbytère et de nombreuses maisons ont eu leurs vitres brisées par les grêlons. Le Conseiller général d'Obernai, NIERENBERGER, s'est déplacé personnellement pour estimer les dégâts. Une demande de dédommagements rapides a été envoyée au gouvernement.

Année catastrophe ? La future tempête de 1939 qui s'annonce, inondera et détruira bien plus ! Mais chut ! Laissons nos alsaciens, déjà panser leurs plaies de 1936, c'est bien !😞
Source : Gallica
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