André VOEGEL, jeune incorporé de force dans la Wehrmacht est confronté à la réalité de la guerre. Après avoir mûrement réfléchi, il se décide à contre-coeur à la fin de sa permission de rejoindre son unité. Les affres du quotidien vont le rattraper bien vite ! Suite de la partie 1partie 2partie 3 et partie 4.

Mon retour au front

A partir de Strasbourg, je pris le train en direction de Karlsruhe, d'où partaient les trains des permissionnaires du front (Fronturlauberzug). A peine arrivé en gare de Karlsruhe, les sirènes commencèrent à hurler. L'annonce stridente de l'arrivée des bombardiers alliés déchira brutalement le silence de la ville. 

Gare de Karlsruhe

Je suivis machinalement le flux de la foule fataliste qui s'engouffra d'un pas pressé dans les dédales d'une cave. Réfugié dans l'abri antiaérien de la place de la gare, je subissais pour la première fois un bombardement en pleine ville. Aucun blessé ni de mort ne fut relevé dans notre abri. Les bombes laissèrent leurs cratères et leurs victimes un peu plus loin. Je suis resté profondément marqué par le silence absolu observé par les inconnus réfugiés avec moi. La multiplication des raids avait fini par rendre supportable chez eux ce qui était pour moi une première. Ils étaient devenus fatalistes.

Durant mon voyage en direction du front de l'Est, le train passa en vue de Berlin. La position surplombante des voies de chemin de fer me permit d'avoir une vue d'ensemble. Le spectacle était apocalyptique. Rien que des cheminées en équilibres dominant des immeubles détruits, des monceaux de ruines sans fin, la désolation et la destruction.

La porte de Brandebourg à Berlin en 1945

Arrivé en Pologne, je ne retrouva pas mon unité. L'armée russe avait pendant mon absence lancé une offensive massive. Ma division avait subi de telles pertes qu'elle fut intégrée dans d'autres unités. A ce moment là, j'ai regretté de n'avoir pas pris la décision de déserter. Du fait des chamboulements important qui s'étaient produits au front, mon absence n'aurait peut-être pas été remarquée ... me suis-je dit ! La Wehrmacht ne me laissa pas le temps de ruminer, pris en charge par la « Feldgendarmerie », je fus affecté à la 26e division, 2e compagnie du génie. Quelques temps plus tard on me muta à la 214e division. L'armée allemande en déroute depuis Stalingrad en janvier 1943, où Hitler perdit définitivement l'initiative sur le front oriental et avait un besoin urgent en hommes.

Dès mon arrivée on me donna l'ordre de suivre les militaires qui s'occupaient de la cuisine ambulante. A la tombée de la nuit, nous partîmes rejoindre les premières lignes qui se trouvaient à quelques kilomètres de là. Mon premier contact avec le front fut traumatisant, je n'avais aucune expérience. Mais ceci ne tarda pas à venir. En avançant dans la pénombre d'un chemin de terre, des balles traçantes passèrent brusquement au-dessus de ma tête. Mon premier réflexe fut de me jeter à terre, mais je me rendis vite compte que si elles étaient passées un peu plus bas s'en était fait de moi ! Non loin, des rafales de mitrailleuses et des explosions d'obus visaient notre cuisine ambulante. Et puis, comme sortis de nulle part, des ombres apparurent d'un couvert. D'abord un puis deux puis toute une flopée de fantômes : les combattants vinrent s'approvisionner à la roulante !

Incorporé dans une unité d'infanterie, je fis mon apprentissage de la guerre de tranchées. A chaque détonation, les nouveaux arrivants se jetaient à terre sous le regard amusé des anciens. L'un d'eux me confia : « Si la balle est pour toi, rien ne sert de plonger, tu es mort avant d'avoir touché le sol ! ». Merci du renseignement !

Normalement, les troupes du génie dont je faisais partie n'étaient pas affectées à ce genre de combats, mais comme dit le proverbe : « Nécessité n'a point de loi ». Peu de temps après, nous fûmes retirés du secteur. Mais je ne pouvais imaginer tout ce qui m'attendait : bientôt je serais moi aussi « un ancien ». A suivre ...

Source : Mémoires d'André VOEGEL

Récit complet des mémoire du malgré-nous André VOEGEL :

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