- Écrit par : Frédéric VOEGEL
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Hochfelden, 6 juin 1901. L'histoire qui s'y est écrite ressemble à un véritable roman, dont voici une photo du couple Thérèse BOCK de Hochfelden et de Carlo PIANCIANI.
Notes aux lecteurs : le texte ci-dessous est le fruit de la traduction d'un article paru dans le Elsässer Kurier du 9 juin 1901. La version imprimée fut vraisemblablement inspirée par les dires à l'époque de Thérèse BOCK. Les descendants de la famille PIANCIANI nous ont envoyé, sur la base d'anciennes correspondances, une autre vérité ainsi que certaines précisions. Les insertions en italique proposent donc un éclairage différent.

Traduction du Elsässer Kurier : « Hochfelden le 6 juin 1901 : Comme un roman teinte cette histoire d'une vie. Dans les années soixante (1850-1860), la fille du maître-maçon BOCK, une jeune fille gracieuse et charmante, était au service à Paris chez le jeune Comte Carlo PIANCIANI, membre de la plus haute noblesse romaine. Le galant tomba amoureux de la jolie et jeune fille. Le jeune comte dut sans doute bientôt regretter son « faux pas », car malgré l'immense différence sociale entre lui et sa bien-aimée, sa famille – suivant une ancienne loi domestique italienne – insista pour que le comte épouse la jeune fille (enceinte) et d'un modeste père maçon ». (Précision de la famille : de nos sources, nous ne savons si elle était déjà enceinte lorsque Carlo l’emmena en Italie).

Famille PIANCIANI



Thérèse BOCK (Hochfelden 1834-Hochfelden 1904) et son époux Carlo PIANCIANI (Spoleto 1815-avant 1890). Carlo était 15 ans plus âgé que Thérèse.
Il ramena sa jeune et gracieuse épouse dans son foyer et son Italie ensoleillée, où elle lui donna naissance à 2 autres enfants. (Matilde en janvier 1864 et un autre enfant décédé en 1866 ou 1867).

Toutes les tentatives pour élever la nouvelle comtesse au niveau d'éducation de son mari échouèrent.
Précisions rapportées par la famille : la jeune Teresa fut chassée de chez elle pour avoir trahi son mari, lequel hésitait pourtant à mettre fin à la relation. Finalement, convaincu par ses frères, Carlo demanda la séparation légale avec la garde de la fille. Son épouse fut logée dans une maison louée à Spolète, mais elle ne se résigna pas facilement : on rapporte des incursions dans la maison PIANCIANI, provoquant des scandales, criant et allant jusqu’à jeter des objets par les fenêtres. De plus, ayant fréquenté une femme de mauvaise réputation, elle se rendait à l’auberge en sa compagnie et salissait publiquement son mari en termes vulgaires. À partir de la fin de 1868, toute trace de l’épouse de Carlo disparaît dans la correspondance familiale. La jeune Thérèse fut contrainte de retourner dans son village d’origine, Hochfelden ; les liens avec sa fille furent alors rompus.
Suite de la traduction de l'article du Elsässer Kurier (version de Thérèse) : « On lui assigna un château, la Villa Pianciani [en savoir plus : https://www.villapianciani.it], où elle pouvait disposer de tout à sa guise. Cependant, là non plus, les choses ne se passèrent pas comme souhaité, si bien que l'on se résolut à renvoyer la malheureuse dans son lieu de naissance, Hochfelden, et à rompre tout lien avec sa fille. Un divorce fut également prononcé (Information du divorce relevée dans le registre du décès de 1904) ».

Extrait de l'acte de décès du 10 janvier 1904 (Geschiedene Ehefrau des Gutsbesitzers Graf Carl PIANCIANI) Précision de la famille : En réalité, seul Luigi (Louis, son frère) était comte. Thérèse ne porta jamais le titre de comtesse




Suite de l'article du Elsässer Kurier : « Au début des années soixante-dix, elle revint donc à Hochfelden après avoir perdu ses deux derniers enfants tout en gardant au fond de son esprit le souvenir de sa fille aînée, Matilde ».

On lui attribua une rente viagère journalière de 25 lires italiennes (environ 120 euros actuels, soit 3500 euros par mois), à condition qu'elle ne chercherait plus jamais à revoir sa fille. Elle vécut à Hochfelden environ 15 ans, quand soudain, une nostalgie indescriptible pour sa fille la saisit. Elle se rendit à Rome et réussit à s'introduire dans le château de son beau-frère (le comte Luigi PIANCIANI) et à se laisser embrasser un instant par sa fille.



Journal La Croix, 25 octobre 1890

Journal La Croix, 21 janvier 1893

Luigi (Louis) PIANCIANI (1810-1890)
Luigi Maurizio Ridolfi PIANCIANI, Luigi. Né à Rome le 9 août 1810, premier-né de Vincenzo et Amalia Ruspoli, fille du prince Ruspoli de Cerveteri. Franc-maçon. Maire de Rome de novembre 1872 à juillet 1874 et d'octobre 1881 à mai 1882. Comme son frère Luigi, Carlo était imprégné des idées libérales de l'époque. La famille Pianciani était connue pour son opposition au pouvoir temporel des papes sur les provinces d'Ombrie et du Latium. PIANCIANI grandit avec ses sept frères et sœurs : Laura (1812), Carlo (1815), Leopoldo (1817), Camillo (1819, mort à l’âge de dix ans), Francesco (1821), Alessandro (1824) et Adolfo (1826), qui devint général des armées pontificales.

Le retour de Thérèse à Hochfelden
Suite de la traduction : « La discrète et ancienne domestique divorcée, Thérèse Bock, retourna à Hochfelden pour poursuivre sa vie contemplative. [Elle habita une petite maison au n°344 de la Hauptstrasse à côté de la demeure du tuilier Antoine PFISTER] et trouva son plaisir et son passe-temps favori auprès des animaux. Elle avait une multitude de chats et de poules dans sa chambre ; pendant un temps, elle posséda même des douzaines de souris blanches. Son mari Carlo décéda en 1878 et son frère Luigi devint le précepteur de Matilde, la fille de Thérèse, et cela jusqu'à sa mort, tandis que notre comtesse de Hochfelden, entre-temps, atteignit ses soixante ans ».

« Cet après-midi (le 6 juin 1901), une femme d'environ 40 ans, vêtue avec distinction et aux manières nobles, est arrivée et s'est fait conduire au presbytère catholique de Hochfelden. Une demi-heure plus tard, elle était dans les bras de sa mère. Quelques mois auparavant, le beau-frère de la comtesse (Louis) était décédé et avait confié à sa nièce, sur son lit de mort, que sa mère n'était pas morte, mais qu'elle vivait en Alsace.
On peut imaginer le bonheur des deux dames. Dès demain, la vieille comtesse quittera notre petite ville avec sa fille, qui est mariée, pour s'installer au pays des oranges et des citrons en Italie. C'est ainsi que l'amour filial a rendu possible ce qui, il y a plus d'une génération, avait échoué face à d'infranchissables barrières sociales et culturelles ».

Le mariage de Matilde
La famille PIANCIANI fit faillite à la fin des années 1880.
ANACRÉON
« Que la Cypris dirige le banquet,
elle qui applaudit toujours aux hymens ;
à l'ombre agréable de pampres
épais et de belles grappes de feuilles,
qu'Amour désarmé s'y joigne en joyeuse troupe
avec les Grâces,
et qu'à un groupe de jeunes gens d'élite
Phébus chante et charme les cœurs. »
Pour les noces de la comtesse Matilde PIANCIANI avec le Comte cavalier Carlo SERRA, Gaetano PELLICCIONI, qui pendant très longtemps et jusqu'à sa mort en 1892 occupa la chaire de littérature grecque à l'université de Bologne, se proposa de traduire d'Anacréon, publiée en tirage très limité (100 exemplaires) pour agrémenter l'animation du mariage de Matilde et du comte Carlo SERRA.
Ils eurent deux fils, dont Francesco Serra PIANCIANI, et une fille, Laura Serra, qui en 1923 épousa Filippo Angelini de Spolète, de 15 ans son aîné. Par héritage, la fille de Laura, Matilde, reçut la moitié de la Villa PIANCIANI. La famille de Matilde racheta ensuite la partie vendue lors de la faillite et partiellement abandonnée, transformant avec des années de travail et de dévouement le domaine en la Villa PIANCIANI connue aujourd’hui.

Journal Strasburger Nachrichten
Le dernier général pontifical
À Spolète en 1906, le Comte Adolfo PIANCIANI, dernier général de l'ancienne armée pontificale, est décédé à l'âge de 82 ans. Il était le frère du célèbre patriote romain Luigi PIANCIANI (et de Carlo PIANCIANI).
L'armée pontificale se trouvait pour la dernière fois sous le commandement de l'ancien général français LAMORCIERE, lorsque les provinces pontificales se soulevèrent après la guerre de 1859 et proclamèrent leur rattachement au Piémont. Cependant, le 18 septembre 1860, les troupes pontificales furent battues par les Italiens sous les ordres de CIALDINI et se retirèrent vers Ancône, où Lamoricière dut capituler le 29 septembre.
Quant à Thérèse BOCK, elle retourna pour la dernière fois à Hochfelden où elle choisit de finir paisiblement ses jours (1).

Tombe de Thérèse BOCK, épouse PIANCIANI, dans le cimetière de Hochfelden avec l'inscription « Hier ruht in Gott Comtesse Pianciani, geborene Therese Bock, gestorben den 9. Januar 1904 im Alter von 69 Jahren »
Remerciements particuliers à Mme Anna Muscardin, descendante de Matilde PIANCIANI et membre de la fondation Matilda PIANCIANI
(1) Thérèse BOCK est née le 11 août 1834 à Hochfelden. Elle est décédée à Hochfelden le 9 janvier 1904, en présence du maître maréchal-ferrant Jean-Baptiste WAHLEN qui a déclaré son trépas. Elle habitait seule dans sa maison. Elle était la fille d'Antoine BOCK (1793-1871, maçon) et de Dorothé KIRST (1792-1870). Ses sœurs avaient pour noms Rosine (1828-1915), Françoise et Caroline. Son père Antoine était marié une première fois à Madeleine WAGNER, décédée en 1822 et dont la fille, Marie-Anne, s'est mariée et est décédée à Barr. Thérèse est absente des registres de recensements entre 1850 et 1861, date à laquelle elle est de nouveau recensée à Hochfelden chez sa famille. Elle a 24 ans. Elle est de nouveau absente en 1866.
Sources :
- Gallica
- Fondation Matilda PIANCIANI (Illustrations)
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