5 juin 1910, Strasbourg est en effervescence. Une course automobile exceptionnelle a fait escale dans la ville. C'est la course appelée du nom de son instigateur : le prince Henri, grand fan d'automobiles, le frère cadet de l'Empereur Guillaume II. Sur les 126 voitures engagées au départ de Berlin le 2 juin, 86 atteindront Strasbourg. 

Prinz Heinrich von Preussen (1862-1929)

Qui était le prince Henri ?

Il était le frère cadet de l'Empereur Guillaume II et le petit-fils de la Reine Victoria du Royaume-Uni. Contrairement à son frère, souvent perçu comme impétueux, Henri était très populaire, plus simple dans ses manières et doté d'un grand sens de l'humour.

Le Prince de la Marine

Sa véritable carrière était dans la Kaiserliche Marine (la marine impériale). Il a gravi tous les échelons jusqu'au grade de Grand-Amiral. C'était un marin passionné qui a passé beaucoup de temps en mer, notamment en Asie et en Amérique.

Pionnier de l'automobile

Le prince Henri était un fanatique de la première heure de l'automobile et de l'aviation. La Prinz-HEINRICH-FAHRT : il a créé cette course en 1908. C'était l'une des compétitions automobiles les plus prestigieuses d'Europe, précurseur des Grands Prix modernes.

Inventeur : on lui attribue souvent l'invention (ou du moins l'amélioration et la promotion) de l'essuie-glace à main et du klaxon à air, car il cherchait toujours des solutions pratiques pour conduire par mauvais temps. Il n'a pas été seulement le "sponsor" de la course, mais il est présent physiquement à Strasbourg. Il arrive à Kehl pour accueillir les pilotes et loge chez le Statthalter à Strasbourg, Karl von Wedel (le gouverneur impérial d'Alsace-Lorraine).

Le règlement

Règlement de la course du prince Henri paru dans le journal l'Automobile du 1ᵉʳ janvier 1910. Gallica

La course : un parcours d'endurance

La course de 1910 était un périple de 1 945 km à travers l'Allemagne et l'Alsace (alors allemande).

Le but : le prince Henri de Prusse voulait promouvoir la fiabilité des voitures allemandes. Seules les voitures de "tourisme" (4 places) étaient admises, pas les voitures de course pur jus. Le trophée : une reproduction de voiture en argent massif de 13,5 kg !

Les engagés

Journal l'Auto, Gallica

Notez le numéro 31, Ettore Bugatti (Molsheim), le numéro 24, Ferdinand Porsche sur Daimler qui gagnera la course, le numéro 160, Oberleutnant Hergelsberg sur Mathis, le numéro 83. E.E.C. (Emile Ernest Charles) sur Mathis, nᵒ 84, J.H. Princeteau, tous deux de Strasbourg sur Fiat, le numéro 87, conducteur Ugo Ricordi sur E.E.C. (Emile Ernest Charles) sur Mathis, nᵒ 88, Allagen et George Dassel jr sur Mathis

4 février 1910 E. E. C. Mathis
Département Construction de Carrosseries (Abteilung Carosserie-Bau). En raison de l'agrandissement de l'entreprise, nous recherchons immédiatement :

Plusieurs menuisiers en carrosserie qualifiés (Kastenschreiner),
forgerons (Schmiede), ferblantiers/forgerons de tôle noire (Schwarzblechschmiede),
tapissiers (Polsterer), selliers (Sattler), etc.

Offre d'emploi de E.E.C. MATHIS du 27 septembre 1910.

Traceur/découpeur (Zuschläger) : on recherche une personne d'un certain âge ayant déjà travaillé dans le domaine de la carrosserie, de préférence.

Se présenter chez E. E. C. Mathis, Finkmattstraße 23/25.

Journal L'Auto-vélo du 14 juin 1910

L'arrivée à Strasbourg

Trompée par l'annonce ultérieure indiquant que les premières voitures passeraient la porte de Kehl dès 14 heures hier après-midi en venant de Kehl, une foule considérable s'était déjà massée dès cette heure-là dans la Schwarzwaldstraße (rue de la Forêt-Noire) pour admirer cette randonnée touristique dont on parlait depuis des semaines. La patience fut toutefois mise à rude épreuve. Il fut 15 heures, puis 16 heures, et toujours rien à voir ni à entendre ; il fut 17 heures, toujours rien.

Mais enfin, 10 minutes plus tard, les "monstres", eux-mêmes couverts de poussière tout comme leurs occupants, arrivèrent en pétaradant, soufflant et vrombissant par la porte de la ville pour se diriger vers le garage situé dans la Halle du Marché (ancienne gare). La première voiture, pilotée par le prince Henri lui-même, arriva ici au bout du Petit Pont du Rhin à 17 h 05. Derrière la voiture de la direction de course, les premières à passer le contrôle furent les voitures :

  • Nᵒ 72 : Leuschner-Charlottenburg
  • Nᵒ 2 : Flinsch-Francfort
  • Nᵒ 3 : Forchheimer-Nuremberg
  • Nᵒ 5 : Kinaud-Mannheim
  • Nᵒ 9 : Frankl-Vienne

Sans s'arrêter, les voitures se rendirent au garage où elles restèrent sous clé jusqu'à ce matin, une heure avant le départ. Lors de la traversée des rues largement pavoisées de drapeaux, les participants furent salués avec ferveur par des acclamations, des mouchoirs agités et des jets de fleurs. Partout où il fut reconnu, le prince Henri reçut des ovations. Le prince Henri loge au Palais du Gouverneur (Statthalterpalais) chez le comte von Wedel. Un dîner en son honneur a eu lieu à 20 heures au Palais, auquel ont été conviés un grand nombre de participants ainsi que des membres de la haute société locale.

Concernant les accidents survenus hier sur le trajet vers Strasbourg, les rapports suivants sont parvenus au bureau itinérant de la Course Prince-Henri jusqu'à 20 h 20 hier soir :

  • Nᵒ 19, O. Buchlach-Berlin : est entré dans un tas de pierres avec les roues avant sur le Kniebis ; arrivée douteuse
  • Nᵒ 53, Rob. Voigt-Düsseldorf : a abandonné la course ; rupture de ressort près de Nußbach
  • Nᵒ 97, G. v. Raumer-Gahrn près de Simmersdorf : changement de bougies d'allumage
  • Nᵒ 99, Walter Reichstein-Brandebourg : la voiture a pris feu près de Griesbach dans la vallée de la Rench
  • Nᵒ 117, Bernhard Stoewer-Stettin : soupapes remplacées. Arrivée avant la fermeture du but incertaine

De plus, les n°116 et 118 manquent encore à l'appel pour le moment.

Extrait du journal Strasburger Post, Strasbourg, 6 juin : « Strasbourg ne sort plus du tourbillon des dimanches et des jours fériés ! Hier, les fanfares des musiciens ; aujourd'hui, le klaxon des voitures. Dans les rues, on voit de nombreux curieux admirer chaque automobile poussiéreuse qui passe en vrombissant. Elles ne sont plus décoratives, mais racées, ces voitures de course allongées. Dans la halle du marché de l'ancienne gare, elles se tiennent en longues rangées contre le mur. C'est une impression imposante et émouvante de voir tous ces héros poussiéreux, ces voitures basses et allongées, ces produits de l'ingénierie pour l'existence de l'automobile, dans la grande halle aux arches de fer et à la riche décoration de drapeaux. Les meilleurs et les plus estimés techniciens automobiles de notre ville accueillent les voitures, qui ont été ornées de fanions et de fleurs, et les guident vers leur emplacement. Les membres de l'Automobile Club accueillent les conducteurs à l'aspect bizarre avec lunettes et casquettes, fatigués, couverts de poussière et marqués par les efforts ».

 

Suite : « D'après ce que nous avons entendu, aucun malheur n'est arrivé aux participants en route. Toutefois, trois voitures ont brûlé à Strasbourg. Dans les rues, l'image devient de plus en plus typique. Des chauffeurs se promènent avec des bidons d'essence et des paniers de vin. Des participants et participantes ainsi que de nombreux officiers et des membres strasbourgeois de l'Automobile Club sont allés à leur rencontre. Des curieux qui se sont rendus hors de la ville en fiacre sont légion. Le prince Henri est chez le gouverneur (Statthalter). Maintenant, les automobilistes épuisés vont se reposer et rassembler de nouvelles forces pour la journée de demain. Ce soir, la plupart se retrouveront sur la place Broglie, qui est illuminée ».

Les incidents du lendemain

Strasbourg

« Ce matin à 7 heures, lors du départ pour le début du tour Prince-Heinrich, la voiture nᵒ 71, qui appartient à M. H. G. Heilmann-Töpchin sur Protos, qui venait de quitter le garage de l'ancienne gare et s'était vue contrainte de s'arrêter au quai Kléber pour prendre de l'essence, a soudainement pris feu et a brûlé jusqu'aux parties métalliques en quelques minutes. Comme l'assure le propriétaire, l'incendie, au cours duquel heureusement personne n'a été blessé, a été causé par l'imprudence de l'un des nombreux spectateurs présents qui a laissé tomber une allumette enflammée sur l'essence. La voiture brûlée était une nouvelle voiture Siemens-Schuckert. Les pompiers sont arrivés immédiatement sur les lieux et ont éteint les débris en feu.

À ce sujet, un spectateur nous rapporte encore : le lieu de l'accident se trouvait tout près de la résidence du secrétaire d'État. Là, quand je suis arrivé, une foule nombreuse se pressait déjà sous les branches des marronniers, et bien au-dessus d'eux pétillait une flamme géante avec une fumée noire tourbillonnante. C'est alors que les pompiers sont apparus, leurs voitures arrivant à toute allure, se sont arrêtées à l'ancienne gare et, l'instant d'après, le jet d'eau sifflait déjà en une haute arche au milieu de la voiture en flammes. La chaleur que l'incendie a développée en quelques instants était indescriptible. Le feu fut bientôt éteint.

Mais le spectacle était lamentable. La voiture était de travers, la sellerie brûlée, les roues arrière sans caoutchouc, le tout dégoulinant d'eau, et à côté, le chauffeur blême et les deux propriétaires de la voiture secouant la tête. On entendait dans la foule, qui s'était rassemblée avec compassion autour des restes de la fière voiture de course, des questions sur l'origine de l'incendie. "Comment le malheur est-il donc arrivé ?" demandait-on. Un homme se tenait devant l'automobile, rapporta quelqu'un, et alors que l'on versait l'essence, il a allumé une cigarette et a jeté l'allumette enflammée dans la flaque d'essence au sol. Il s'est immédiatement faufilé à travers les passants et a disparu. C'était un jeune homme svelte avec une moustache blonde. Les agents de police confirment également les soupçons : un jeune homme aurait jeté une allumette dans l'essence avant de disparaître.

La voiture brûlée portait le numéro de départ 71 et appartenait à M. H. G. Heilmann-Töpchin. Selon la déclaration du propriétaire lui-même, l'incendie s'est déclaré lors de la prise d'essence au quai Kléber par l'imprudence de l'un des nombreux spectateurs présents qui a laissé tomber une allumette enflammée sur l'essence. »

Aux accidents déjà signalés hier, il faut en ajouter un autre : la voiture nᵒ 17 (Edm. Tissot de Mannheim) a été victime d'une rupture de roue hier soir en rentrant au garage.

Ce matin, lors de la sortie pour le départ du circuit Prince-Henri, la voiture nᵒ 71 (H. G. Heilmann de Töpchin), qui venait de quitter le garage de l'Ancienne Gare, s'est vue contrainte de s'arrêter au quai Kléber (Kleberstaden) pour prendre de l'essence. Le véhicule a soudainement pris feu et a brûlé jusqu'au châssis métallique en quelques minutes seulement. Selon les affirmations du propriétaire, l'incendie — qui n'a heureusement fait aucun blessé — a été causé par l'imprudence de l'un des nombreux spectateurs présents, qui a laissé tomber une allumette enflammée sur l'essence. La voiture incendiée était une Siemens-Schuckert neuve. Les pompiers sont intervenus immédiatement pour éteindre les restes en flammes.

L'automobile brûlée

D'après nos informations, les autorités sont déjà sur la piste du jeune homme par la faute duquel la voiture nᵒ 71, participant à la course du Prince Henri (Prinz-Heinrich-Fahrt), a brûlé ici après le départ au Kleberstaden (Strasbourg).

Pour compléter notre rapport d'avant-hier, il convient d'ajouter que la voiture en question a été forcée de s'arrêter car, comme cela a été établi plus tard, de l'eau s'était mélangée à l'essence. De manière inexpliquée, parmi les six bidons d'essence attribués à chaque voiture, se trouvait un bidon d'eau. On a donc été contraint de vidanger toute l'essence contenant de l'eau afin de se procurer du carburant neuf.

Le départ de Strasbourg

Lors du départ d'aujourd'hui (à partir de 6 heures du matin, rue de Colmar au Neudorf), 101 voitures concurrentes ont pris le départ dans l'ordre établi. Le prince Henri de Prusse se trouve aujourd'hui encore à la tête du convoi avec la direction de course. Le trajet se dirige d'abord vers le sud jusqu'à Colmar-Meywihr (Meienheim), puis passe par Rouffach (Rufach), Ribeauvillé (Rappoltsweiler), Sarre-Union, Saint-Avold, pour finir à Metz, soit un parcours de 343 kilomètres. La journée d'aujourd'hui comprend également la deuxième épreuve de vitesse à Sainte-Croix-en-Plaine – Meywihr, dont le résultat, comme on le sait, compte double pour les coureurs.

7 juin, destination Colmar - Meyenheim

L'Express de Mulhouse écrit : « L'Auto-Toeff Club de Colmar nous communique des renseignements sur la course du Prince Henri à laquelle prennent part 127 voitures partant de Berlin pour entreprendre le circuit de 1800 kilomètres de la course. Il y a des moteurs jusqu'à 120 chevaux ayant fait du 160 à l'heure ».

Demain, mardi, aura lieu la deuxième épreuve de vitesse sur la route Meyenheim à Sainte-Croix-en-Plaine. Sur cette route de 12 kilomètres les voitures déploieront leur plus grande vitesse. Le prince Henri de Prusse sera présent. L'Auto-Toeff-Club a installé une tribune d'où le spectateur embrassera la route d'un coup d'œil et il y aura pour y accéder depuis la gare de Rouffach un service d'autobus et d'omnibus.

Le train le plus avantageux à prendre de Mulhouse est celui de 5 h. 18 qui est à Rouffach à 5 h. 56 du matin. De Colmar, on nous rapporte que le tronçon de 12 kilomètres de long entre Heiligkreuz (Sainte-Croix-en-Plaine) et Meyenheim, destiné à l'épreuve de vitesse, a été spécialement préparé à cet effet et fermé à la circulation. L'Auto-Töff-Club de Colmar a fait ériger une tribune pour les spectateurs à la fin du parcours.

Oberentzen, la tragédie

7 juin. À 9 heures et demie, un terrible malheur s'est produit devant la tribune de l'Automobile Club. La voiture n°57, de Franz Heine de Hanovre, a fait un tonneau à la suite d'une défaillance pneumatique et s'est projetée avec toute la force de sa vitesse vers la gauche, puis vers la droite contre les arbres. Les arbres, bien qu'ils fussent très solides, ont été brisés. Une terrible agitation s'est emparée de la tribune. Les spectateurs ont poussé de grands cris. On s'est précipité vers les débris de la voiture, desquels les trois occupants ont été extraits. Deux d'entre eux, un commissaire de course (un « impartial ») et le chauffeur, étaient morts ; le troisième, le propriétaire Franz Heine de Hanovre, aurait été mortellement blessé. Un spectateur, qui a été frappé par des débris de la voiture projetés aux alentours, a été grièvement blessé. Si les arbres n'avaient pas été assez solides pour stopper l'impact de la voiture, celle-ci se serait fracassée dans la tribune. La course a été interrompue pendant trois quarts d'heure. La nouvelle de la catastrophe s'est propagée rapidement parmi les autres participants et a provoqué une grande émotion. À 10 heures et quart, la course a repris.

Rapport spécial de la "Straßburger Neuen Zeitung" [Nouveau Journal de Strasbourg]

Au sujet du terrible accident survenu sur le parcours de la course du Prince Henri (Prinz-Heinrich-Fahrt) à Oberenzen, les détails suivants nous sont communiqués par notre envoyé spécial : Le propriétaire de la voiture Adler n° 57, Franz Heine de Hanovre, a subi une double fracture de la jambe lors de l'accident, tandis que l'officiel (arbitre impartial) et le chauffeur ont été tués sur le coup. La responsabilité de l'accident incomberait à l'étroitesse de la route qui avait été choisie pour le parcours de la course. Par ailleurs, avant Logelbach, la voiture Deutz n° 31 d'Eugen v. Rauthenstrauch (Cologne) a fini sa course dans un vignoble. Un essieu s'est brisé, obligeant la voiture à abandonner la course. Heureusement, personne n'a été blessé lors de cet accident.

Journal L'Echo du Nord du 7 juin 1910 (Gallica)

Dernières Nouvelles

« Dans les courses de vitesse, les passagers des voitures étaient couchées au fond des véhicules et seule la tête du conducteur émergeait. Il était impressionnant de voir ces bolides au ras du sol fendre l'espace [ ] certains concurrents dépassaient les 140 km/h sans autorisation d'essayer la piste [ ] j'ai vu l'accident et rarement, voiture ne fut mise ainsi en miettes ! ». Edouard Pontié journal l'Auto.

Notre envoyé spécial nous écrit les détails suivants sur l'accident : Le propriétaire de la voiture n°57 est Frank-Heine-Hannover, usine Adler. Le n°52 appartient à Schreiber-Vienne, usine Austro-Daimler. Le n°54 appartient à Wimpffen-Vienne, usine Austro-Daimler. L'accident s'est produit juste devant la tribune du « Töff-Töff-Club » de Colmar. Si la voiture n'avait pas percuté un arbre, elle aurait foncé directement dans la tribune des spectateurs, et le drame aurait été encore plus terrible. L'arbre percuté a été brisé comme une allumette. Sous la violence du choc, les pièces métalliques de la voiture ont été tordues dans tous les sens.

Il a fallu des efforts considérables pour extraire les deux morts et les blessés. Une personne parmi les spectateurs, qui se tenait au bord de la route, a également été grièvement blessée. Au début, il a semblé que la voiture, qui à la suite d'une crevaison s'était soudainement arrêtée [ou déportée], voulait partir vers la gauche. Le conducteur a alors redressé vers la droite le véhicule lancé à pleine vitesse - environ 150 kilomètres par heure - et l'accident s'est produit. Naturellement, tout cela s'est déroulé en moins d'une seconde ; une panique terrible a éclaté dans le public. Le Prince Henri a immédiatement fait interrompre la course ; les secours ont été dépêchés sur place sur-le-champ.

Les deux morts furent transportés à l’hôpital de Colmar, ainsi que le spectateur gravement blessé par les débris de l’automobile détruite. Le malheureux a un œil enfoncé et une double fracture de la cuisse.

La nouvelle de l'accident

La mauvaise nouvelle s'est propagée à la vitesse de l'éclair à Colmar, où l'émotion a été immense. Nous avons rarement vu la population colmarienne aussi agitée. Les journaux ont été littéralement pris d'assaut, et des scènes assez dangereuses se sont produites lors de la distribution de feuilles volantes. Dans les rues de la ville, on a remarqué de nombreuses automobiles toute la journée, de sorte qu'il n'était pas sans danger de circuler dans les rues les plus fréquentées.

Nous avons également remarqué de nombreux visiteurs de la tribune, dont certains assuraient qu'ils ne remonteraient plus jamais dans une automobile, tant le grave accident les avait terrifiés. On a pesé sous toutes les formes les avantages et les inconvénients de telles courses. L'avis général était que l'avantage n'était en aucun cas proportionnel à ces lourds sacrifices de deux vies humaines fauchées en pleine jeunesse et de deux blessés graves. Face à cet atroce accident, le souhait général s'exprime ici : que l'on renonce à l'avenir à ces épreuves de vitesse.

Colmar, 8 juin. Ce matin, plusieurs personnes de la maison Adler à Francfort sont arrivées ici afin d'organiser le transfert vers Francfort des corps des victimes de l'accident automobile de la Course Prince-Henri. Le mécanicien Bronner laisse une jeune femme et deux enfants. Sa firme l'avait assuré pour 30 000 marks pour la course. Quant à Heine-Hannover, grièvement blessé, ses jours ne seraient plus en danger. Comme un pressentiment du destin, on apprend que Heine n'avait pas voulu emmener sa femme, qui participait au voyage, pour l'épreuve de vitesse.

Selon les résultats officiels de la course de vitesse, les 5 voitures les plus rapides ont été :

  1. N°51 : Propriétaire Ferd. Porsche, Wiener-Neustadt, usine Austro-Daimler. 2 min 30,2 sec.

  2. N°46 : Propriétaire Eduard Fischer, Wiener-Neustadt, usine Austro-Daimler. 2 min 32,2 sec.

  3. N°4 : Propriétaire Arthur Henney, Heckenburg, usine Benz, Mannheim. 2 min 33,6 sec.

  4. N°47 : Propriétaire Fritz Hamburger, Vienne, usine Austro-Daimler. 2 min 34 sec.

  5. N°61 : Adam Paul, Francfort, usine Adler. 2 min 38 sec.

Le journal de Metz écrit au sujet de l'accident d'Oberenzen qui a conduit à l'immobilisation de la course : « Les spectateurs des tribunes voyaient l’automobile qui, arrivant à toute vitesse, marchait à la dérive sur la route ; en s’approchant des tribunes elle s’enlise profondément dans le talus, le chauffeur qui avait perdu le sang-froid tourne subitement le volant. La voiture va donner contre un arbre à gauche, le choc la renvoie contre un arbre à droite ; les arbres d’une certaine grosseur sont brisés, la machine se fend, l’avant-train va tomber à gauche de la route, les roues de derrière et la carrosserie éclatent en morceaux dans la direction des tribunes, les trois automobilistes sont projetés dans le vide ; le réservoir à benzine éclate et passe devant un habitant de Colmar sans heureusement le blesser, tandis que d’autres éclats vont frapper plusieurs personnes des tribunes. Le public sous le coup d’une émotion poignante se débande, on se précipite au secours des malheureux automobilistes. L’un, le chauffeur, a la nuque brisée, il est mort sur le coup ; l’arbitre, un ingénieur, succombe après quelques instants. Les Drs Molk et Meng de Colmar donnent les premiers soins au propriétaire de l’auto qui est transporté à l’hôpital de Colmar.

La nouvelle de l’accident est vite téléphonée au prince Henri qui visitait le Haut-koenigsbourg, la course est interrompue pour une heure environ. Les témoins disent que sans la résistance de l’arbre du côté des tribunes, la voiture aurait éclaté au milieu des spectateurs, entraînant la mort de nombreuses personnes. On attribue l’accident en partie à la forme trop en dos d’âne de la route, mais surtout aux roues trop hautes de la machine qui, par la grande vitesse, rendaient trop élevé le centre de gravité de la voiture. Le pneu n’aurait nullement éclaté ; c’est en voulant regagner le milieu de la route que le chauffeur, tournant trop subitement la direction est allé se jeter contre l'arbre. Avant le départ de Strasbourg, les automobilistes avaient été rendus attentifs au mauvais fonctionnement du volant.

La femme du propriétaire qui avait accompagné son mari jusqu'à Sainte-Croix attendait son arrivée au but.  Tous deux ont été tués sur le coup. Le propriétaire de la voiture M. Franz Heine a reçu des blessures mortelles. D'après un bruit qui circulait ce soir, il aurait succombé, mais jusqu'à 9 heures du soir la direction en chef de la course du Prince-Henri n'avait pas encore reçu confirmation de ce bruit. »

Sélestat, 7 juin. Peu avant 10 heures, environ 50 automobiles se trouvaient déjà sur les hauteurs près du château du Haut-Koenigsbourg, lorsque l'ordre est arrivé que tout devait s'arrêter.

L'accident près d'Oberenzen : le rapport d'enquête

Le Prince Henri de Prusse, par l'intermédiaire du Comte Sierstorpff, a fait déclarer officiellement à un représentant de la « Neue Badische Landeszeitung » de Mannheim que l'accident de ce jour n'est pas dû à un défaut de pneumatique. Une enquête approfondie a révélé un défaut de la direction, qui a fait glisser la voiture dans une rigole du bas-côté, l'arrachant ainsi au contrôle du conducteur (Herr Heine), de sorte qu'elle s'est écrasée contre l'arbre situé en biais de l'autre côté.

La voiture s'est brisée sous le choc et les occupants ont été éjectés. Le chauffeur du véhicule ainsi que le commissaire de course impartial, Altenstedt de Siegburg, sont morts. Le conducteur de la voiture, Monsieur Heine, a été gravement blessé. Un homme parmi le public a été blessé, mais il ne souffre que d'une blessure superficielle. Il est probable que la direction présentait un « jeu » (point mort) trop important.

Colmar, 7 juin. Concernant les causes possibles du grave accident automobile survenu aujourd'hui lors de la Course Prince-Henri près d'Oberenzen, un reporter nous communique les déclarations suivantes, émanant de sources très autorisées : il ne fait aucun doute que la cambrure trop prononcée de la route vers son centre est en partie responsable, tout comme, selon les experts, le fait que le centre de gravité de la voiture conduite par Heine-Hannover était apparemment situé un peu trop haut.

Déjà de loin, on pouvait remarquer la conduite instable et chancelante du véhicule arrivant à toute allure. Peu avant le lieu de l'accident, il fit une embardée trop brutale vers le bas-côté droit ; pour tenter de regagner le milieu de la route, ce qu'il ne parvint pas à faire à cause de la forte cambrure de la chaussée, le conducteur braqua le volant de manière trop énergique, si bien que la voiture se déporta sur le côté gauche et alla s'écraser directement contre l'arbre de l'accident. La direction de la course a expressément constaté qu'il n'y avait pas de défaut de pneumatique.

Franz Heine de Hannover, directeur des usines Adler à Francfort est hors de danger. Le propriétaire de la voiture de course grièvement accidentée lors de l'épreuve de vitesse d'aujourd'hui, Franz Heine-Hannover, directeur des usines Adler à Francfort, est actuellement soigné ici à la Maison des Diaconesses. Il souffre d'une fracture du fémur, de plusieurs fractures des côtes, d'une fracture du bras, d'une luxation de l'épaule ainsi que d'une grave plaie par écrasement à la tête.

Nous apprenons de source compétente que les deux occupants de la voiture n° 57 qui ont été tués sont : le commissaire de course M. Fritz ADENSTEDT, ingénieur diplômé, de Sieburg-sur-la-Lahn, et le chauffeur du propriétaire de l'automobile M. HEINE, le conducteur D. BRUNNHUBER.

Les deux morts furent transportés à l’hôpital de Colmar, ainsi que le spectateur gravement blessé par les débris de l’automobile détruite. Le malheureux a un œil enfoncé et une double fracture de la cuisse.

La course : la série noire continue

L’automobile No 31, appartenant à M. Eugène de Rautenstrauch, de Cologne, a également risqué de se heurter contre un arbre, entre Wettolsheim et Ingersheim ; grâce à la présence d’esprit du chauffeur qui fit virer la machine, l’arbre fut évité et l’auto alla défoncer un grillage en fil de fer bordant une vigne.

D’autres accidents ont encore marqué la course, bien que beaucoup moins graves que celui de Meienheim. La voiture numéro 7 a été brûlée pendant qu’elle se rendait au start, un spectateur ayant (encore) jeté une allumette au moment où l’automobile emmagasinait de la benzine comme à Strasbourg. On soupçonne à un terroriste. En entrant au garage lundi soir la voiture numéro 17 a eu une roue brisée. A la suite d’une avarie, la voiture numéro 90 a abandonné la course à Schwäbisch-Gmünd.

Sélestat (Schlettstadt), 7 juin. Ce matin à 6h50, lors du passage de la course du Prince Henri (Prinz-Heinrich-Tour), alors que trois voitures de course roulaient trop près les unes des autres, la voiture du milieu, la n°5 appartenant à Ninand de Mannheim, a voulu éviter une voiture à chevaux qui se trouvait là et a percuté un acacia qui s'est rompu sous le choc. La voiture de course est lourdement endommagée et doit abandonner la compétition. La voiture n°25 d'Otto Rose (Magdebourg) a eu une crevaison au même endroit ; la réparation a pu être effectuée après un arrêt d'un quart d'heure, permettant ainsi à la voiture de continuer la course.

Suite et déroulement de la course vers Metz

Molsheim, 7 juin. (1 h 45 de l'après-midi.) La plupart des participants de la randonnée du prince Henri ont traversé Molsheim avec succès. Dans la toute nouvelle usine automobile de Bugatti aménagée depuis le début de l'année, les messieurs suivants ont fait escale : le prince duc Louis-Guillaume de Bavière, le comte héréditaire Schönborn-München, le prince Hohenlohe, le prince de Solms-Braunfels, le comte Széchenyi ou l'ancien directeur de la société allemande « Gasmotoren Fabrik » dans la ville de Deutz am Rhein près de Cologne, Monsieur Ettore BUGATTI, ancien premier ingénieur dans l'usine DIETRICH à Niederbronn, a construit au lieu appelé « Hardtmühl » à Molsheim une toute nouvelle usine où il construira des automobiles de course et des moteurs pour les dirigeables et les aéroplanes. Journellement sont arrivées des machines pour une valeur de 60 à 80 000 Mark. Il parait qu'il aurait déjà engrangé des commandes pour une année. Monsieur BUGATTI est détenteur de plusieurs brevets. Le nom BUGATTI est garant de la réussite du projet.

Louis-Guillaume de Bavière, prince de la maison royale de Bavière (Wittelsbach), une des grandes dynasties allemandes.
Comte héréditaire de Schönborn-München, héritier de la famille princière de Schönborn, influente dans le Saint-Empire puis en Allemagne.
Prince de Hohenlohe, membre de la maison de Hohenlohe, une importante famille princière allemande.
Prince de Solms-Braunfels, issu de la maison de Solms, autre lignée aristocratique allemande ancienne ainsi que le comte autrichien Andor Széchenyi, un fervent passionné d'automobile, pilote d'avions et d'aéronefs. .

Louis-Guillaume en Bavière (1884-1968) est le fils du duc Charles-Théodore en Bavière (1839-1909) et de son épouse l'infante Marie-Josèphe de Portugal (1857-1943). Il est le frère cadet d'Élisabeth, reine des Belges.

Journal l'Auto-vélo

Saverne, 7 juin. Les premières voitures de la randonnée du Prince Henri sont passées ici à 12 h10, les voitures de la direction et du Prince Henri en tête. Heureusement, aucun autre accident n'est à déplorer jusqu'à présent, en dehors de ceux déjà signalés.

Lors de l'épreuve de vitesse, qui, comme on le sait, a dû être interrompue pendant deux heures en raison de l'accident mortel signalé à Oberentzen. La voiture n° 51 (Ferd. Porsche-Vienne, Austro-Daimler) a obtenu le meilleur résultat avec 20,90 points pour les deux courses de plat. Comme Porsche n'a enregistré aucun point de pénalité jusqu'à présent, il devrait être considéré comme le premier prétendant au premier prix. Peu avant Saint-Avold, la route que les conducteurs devaient emprunter était parsemée, sur une certaine section et sur toute sa largeur, de gros clous posés verticalement. Heureusement, l'attentat a été découvert avant qu'un malheur ne puisse être causé par celui-ci.

Saint-Avold, 7 juin. Peu après 14 heures, la première voiture du circuit Prince Henri est arrivée ici. Courcelles-Chaussy (Kurzel), vers 15 heures, la voiture transportant le prince Henri est passée par Felligny (Füllingen), à 10 kilomètres d'ici. La voiture du prince Henri a traversé Courcelles elle-même à 15h15, en cinquième position.

L’arrivée de Metz au soir du 7 juin

Le journal messin écrit :  « Metz a donc été choisie comme but final d’une des étapes (Strasbourg-Colmar-Metz), de la course automobile du Prince-Henri. Cette nouvelle a été accueillie dans notre ville avec le plus vif intérêt, ce qui explique aussi le mouvement très intense qui se manifestait hier après-midi sur la route des Bordes par où les coureurs devaient arriver. Le but final était installé à environ 500 mètres des Bordes, sur la route de Sarrebruck. L’endroit était admirablement choisi, quoiqu’un peu éloigné de la ville. Sur une distance de plus d’un kilomètre, avant le but, la route forme une ligne directe de sorte que l’on apercevait les coureurs dès que ceux-ci avaient débouché de la ferme de Belle-Croix. A cet endroit une bande bleue tendue au travers de la route devait servir d’avertissement préalable. Le but même est indiqué par une bande jaune de même dimension. Une tente est dressée pour servir en cas d’intempérie. La police assure le service d’ordre à la porte des Allemands et aux Bordes jusqu’à l’octroi. Au-delà c’est à la gendarmerie qu’incombe ce soin. Toutes les mesures sont prises pour éviter tout accident ou incident. C’est M. Weber, député de Boulay, membre de A. C., qui a présidé à toutes ces dispositions avec un soin minutieux, et un esprit éclairé.

Quelques centaines de curieux s’étaient rendus, malgré un soleil de plomb, au lieu d’arrivée, la plupart à pied, d’autres à bicyclettes et les plus favorisés en automobile. D’autres sont échelonnées le long de la route, principalement vers les auberges qui toutes sont encombrées.

Aux abords du but, on se case le mieux que l’on peut, cherchant dans l’herbe, sous les arbres qui bordent la route, un peu d’ombre, contre les rayons du soleil. De temps en temps quelques nouvelles parviennent de la ville par les derniers arrivés. C’est ainsi que vers trois heures on apprend que les coureurs ont passé à Saint-Avold à 14 h 30, ils ne sauraient donc longtemps tarder. Les photographes - Prillot en tête naturellement — arment leurs appareils, les gendarmes font évacuer la route.

Soudain un cri retentit. Les voilà, les voilà ! Effectivement, sur la chaussée dévalant de Belle-Croix, on perçoit un tourbillon de poussière, qui avance, avec une vitesse vertigineuse. On croirait une violente rafale. A peine a-t-on distingué une voiture de course, que celle-ci vous arrive tel un bolide, et stoppe au but. De nombreux applaudissements éclatent. On se précipite vers les occupants de la voiture, on les félicite, mais déjà le véhicule reprend sa course vers la ville pour faire place à une seconde, puis à une troisième voiture qui suivent de très près. On a à peine le temps d’admirer ces puissantes machines qui ont plutôt l’aspect d’une torpille que d’un véhicule de route. Les arrivées se succèdent de très près, les voitures arrivent en trombe. Les occupants sont couverts d’un masque de poussière qui leur donne un aspect terrifiant.

L'arrivée se situe dans le village de Les Bordes  (Vallières-lès-Metz), situé à environ 3 kilomètres devant la Porte des Allemands (Deutschen Tore). La surveillance générale y était assurée par le député Weber-Bolchen et le contrôle principal par le consul Dreyer. À partir de 15h35, la voiture de la direction de course et les voitures n° 1, 2, 3, 4, 9, 10, 14, 15, 13, 16 et 18 sont arrivées à des intervalles d'une minute chacune. Une foule nombreuse s'était massée sur la route entre Metz et Les Bordes et saluait vivement les conducteurs à leur arrivée. À Les Bordes, les participants se séparent pour se rendre dans les trois halls mis à leur disposition. Jusqu'à 16h02, 35 voitures sont arrivées au but en une succession assez rapide ; à partir de ce moment, les arrivées se sont faites à des intervalles plus ou moins longs. La voiture n° 1 n'est pas arrivée la première derrière la direction de course, mais bien plus tard. Vers 17h30, un orage violent accompagné de fortes pluies a éclaté et durait encore vers 20 heures. Jusqu'à un peu après 19 heures, un total de 70 voitures était arrivé, certaines dans un état de grande saleté à cause de la pluie. La voiture conduite par le prince Henri est arrivée à 18h27 et a été accueillie par les acclamations enthousiastes de la foule qui patientait malgré l'averse. Le prince s'est entretenu longuement à l'arrivée avec un membre du comité d'accueil, puis s'est rendu au Commandement Général où il a pris ses quartiers. Plus aucun accident n'a été à déplorer. Le contrôle à l'arrivée a été prolongé jusqu'à 21 heures ».

Voici l'ordre d'arrivée des premières voitures :

  • A 16h26, voiture de la direction, suivie de la voiture n°72
  • A 16h30, voitures n°2, Flinsch (Benz), 3 Forchheimer (Benz), 4 Henney (Benz), toutes trois se suivant à quelques centaines de mètres.
  • A 16h32, n°7 Spitzner (Benz), 16h32 n°9 Frankl (Opel), 16h35 n°10 Ninaud (Opel)
  • Entre 16h35 et 16h40 sont arrivées n°14, Tauber sur Benz, 13 Wendt (Opel), 16 Tissart (Berliet). Sont arrivées ensuite n°18 Weber (Berliet), 20 Moes (Benz), 21 Fuchs (Gaggenau), 34 von Marx (Opel), 38 Neumayer (Benz), 54 comte Wimpffen (Daimler), 29 Günther (Presto), 51 Porsche (Daimler), 24 von Kunsberg (Gaggenau), 33 Ginskey (Raf), 52 Schreiber (Daimler), 55 von Liebig (Raf), 8 Ephraïm (Opel), 30 Thomann (Deutz), 50 Comte Orsich (Daimler)

Jusqu'à 16h02, 35 voitures qui se suivaient à intervalles très courts, étaient arrivées au but. A partir de ce moment, l'arrivée des voitures suivantes eut lieu à des intervalles plus ou moins longs. La voiture n° 1 est arrivée notablement après la voiture de direction.

Vers 17h30 un violent orage survint accompagné d'une forte pluie et qui durait encore à 20h.

Un peu après 19 heures, 70 voitures au total étaient enregistrées ; elles étaient en partie couvertes de boue par suite de la pluie. La voiture du prince Henri est arrivée à 16 h 17 et a été accueillie par des vivats enthousiastes de la foule qui, malgré la pluie, était restée sur place. Au but, le prince s'est assez longuement entretenu avec un des messieurs du comité de réception et s’est ensuite rendu au quartier général où il est descendu. Rien de spécial n’avait été projeté pour la soirée, toutefois le général commandant avait mis le Casino général à la disposition des participants comme lieu de rendez-vous. Il n’y a pas eu de nouveaux accidents. Le contrôle à l'arrivée a duré jusqu’à 21 heures.

Metz, 8 juin. Sont éliminées les voitures n°ˢ 5, 17, 23, 28, 31, 43. Jusqu’à la clôture du contrôle hier soir à 21 heures n’étaient pas arrivées les voitures n°ˢ 57, 71, 114, 118, 125. Au total 38 voitures sont éliminées y comprises celles qui n’avaient pas été acceptées ou qui ne s’étaient pas présentées au départ de Berlin. Abstraction faite de ces dernières environ 25 p. 100 des voitures sont éliminées. Pendant la course de la 5ᵉ étape, les participants ont été éprouvés par trois violents orages. En raison des averses torrentielles il fallait épuiser l’eau dans les voitures. Beaucoup de participants avaient d’autant plus à souffrir de l’humidité qu’ils étaient très légèrement vêtus à cause de la chaleur. Sur le trajet deux arbres ont été frappés par la foudre et barraient la route en partie.

S. A. R. le prince Henri de Prusse a quitté ce matin à 6 heures le quartier-général dans l’auto qu’il conduisait lui-même. Il était accompagné du général commandant. Le prince s’est d’abord rendu à la Préfecture, d’où il est reparti suivi par M. le Président de la Lorraine en auto.

Ce matin à 7 heures a commencé à la porte des Allemands le départ pour la dernière étape Metz - Trèves - Coblence - Limburg-sur-la-Lahn - Hombourg (au total 350 kilomètres).

 

Le départ de Metz 

Journal de Wissembourg. Ce matin, la dernière étape de la Course Prince-Henri a été entamée au départ de Metz. Elle passe par Sarrelouis, Trèves, Coblence, Limbourg, Weilbourg vers Hombourg. Le départ de la dernière étape Metz-Coblence-Limbourg-sur-la-Lahn-Hombourg (environ 350 kilomètres) est donné à la Porte des Allemands.

Metz, 8 juin. C'est ponctuellement à 7 heures ce matin qu'a commencé la suite du voyage pour la dernière étape vers Homburg. Lors de l'avancée vers le départ, la voiture n°70 (E. Medinger-Vienne, Puch) a pris feu. Le réservoir d'essence s'était enflammé. L'incendie a été rapidement éteint en jetant du sable. Au total, 88 voitures sont parties. Jusque vers 7 heures régnait un épais brouillard. Maintenant, le temps s'est éclairci.

L'arrivée à Hombourg près de Francfort-sur-le-Main

Coblence, 8 juin. La première voiture est arrivée à 11h40 et était une Daimler autrichienne. Elle a été suivie à 11h50 par la direction de la course, et à 13h par le Prince Henri. Le Prince Henri a été accueilli au Deutsches Eck par le couple princier de Schaumbourg-Lippe. L'arrêt a duré 20 minutes. À 13h25, le Prince Henri a poursuivi sa route via Ehrenbreitstein, Montabaur et de Limbourg vers Hombourg. Le Prince et les autres participants ont reçu ici des témoignages d'enthousiasme. Aucun accident n'est survenu durant ce trajet, pour autant que l'on sache.

Hombourg, 8 juin. À 14 heures, les premiers conducteurs étaient attendus à Hombourg. Cependant, un violent orage dans la région de Montabaur a provoqué un arrêt et ce n'est qu'à partir de 16 heures que les voitures arrivérent ; le premier fut le Prince Henri. Directement après le Prince, la voiture n° 1 (Dr. Delmar-Budapest) a franchi la ligne d'arrivée en premier. Les voitures portent, tout comme les conducteurs, les traces du long voyage ; après que les carnets de contrôle ont été livrés, elles rejoignent leur garage sans attendre. À 17 heures, 45 voitures avaient franchi l'arrivée, tous les conducteurs n'ayant pas le visage rayonnant ! Les voitures ayant une chance d'obtenir un prix sont immédiatement placées sous scellés.

Hombourg, 8 juin. Jusqu'à 17 heures et demie, soixante-dix-neuf voitures ont atteint leur destination. Il en manque encore huit.

Fin de la course

Homburg v. d. H., 8 juin. À 16h16, le Prince Henri est arrivé au but avec la direction de la course, accueilli par le président du district Dr. von Meister et les membres de l'Automobile Club Impérial. Le public a éclaté en hourras nourris. Immédiatement après ont suivi les premières voitures de course. Les voitures n°110 (roue avant brisée) ainsi que les n°23 et n°118 (rupture d'essieu) ont abandonné. Le Prince Henri de Prusse a pris ses quartiers chez le sous-préfet Dr. Ritter von Marx, où un dîner aura lieu ce soir à 20 heures.

L'arrivée de la course du prince Henri à Hombourg le 8 juin 1910

Visite du château de Bad Hombourg par l'Empereur Guillaume II en 1910

Les fait divers et les animations ainsi que les résultats sont relatés dans l'épisode suivant.

Autres épisodes :

Sources :

  • Gallica
  • Généanet
  • Illustrations IA

Un peu d'histoire

De Valva à Valff, c’est tout d’abord un livre. A la fin des années 80, André VOEGEL et Rémy VOEGEL, Valffois et passionnés d'histoire, écrivent « De Valva à Valff » qui raconte l'histoire de la commune, petit village alsacien à proximité d'Obernai. L'ouvrage reprend, chapitre après chapitre, son histoire et celles de ses habitants. Dans les années 2010, Rémy VOEGEL complète la connaissance du village par divers textes édités dans le bulletin communal. 

Suite au décès d’André VOEGEL en février 2017, Rémy et Frédéric, son fils, se lance le défi de partager via le présent site les archives dématérialisées du livre, les vidéos de Charles SCHULTZ, sans oublier la publication des 40 classeurs historiques d’Antoine MULLER. Ces classeurs sont une mine d'or incroyable, car ils retracent en images toute l'histoire du village, de ses associations et de ses habitants.

Depuis, le devoir de mémoire de notre village alsacien se poursuit semaine après semaine.