Juin 1910, la course automobile du prince Henri se poursuit en Alsace et Lorraine, avec ses drames et ses perfromances. 

La course : la série noire continue

L’automobile n°31, appartenant à M. Eugène de Rautenstrauch, de Cologne, a également risqué de se heurter contre un arbre, entre Wettolsheim et Ingersheim ; grâce à la présence d’esprit du chauffeur qui fit virer la machine, l’arbre fut évité et l’auto alla défoncer un grillage en fil de fer bordant une vigne.

D’autres accidents ont encore marqué la course, bien que beaucoup moins graves que celui de Meienheim. La voiture numéro 7 a été brûlée pendant qu’elle se rendait au start, un spectateur ayant (encore) jeté une allumette au moment où l’automobile emmagasinait de la benzine comme à Strasbourg. On soupçonne à un terroriste. En entrant au garage lundi soir la voiture numéro 17 a eu une roue brisée. A la suite d’une avarie, la voiture numéro 90 a abandonné la course à Schwäbisch-Gmünd.

Sélestat (Schlettstadt), 7 juin. Ce matin à 6h50, lors du passage de la course du Prince Henri (Prinz-Heinrich-Tour), alors que trois voitures de course roulaient trop près les unes des autres, la voiture du milieu, la n°5 appartenant à Ninand de Mannheim, a voulu éviter une voiture à chevaux qui se trouvait là et a percuté un acacia qui s'est rompu sous le choc. La voiture de course est lourdement endommagée et doit abandonner la compétition. La voiture n°25 d'Otto Rose (Magdebourg) a eu une crevaison au même endroit ; la réparation a pu être effectuée après un arrêt d'un quart d'heure, permettant ainsi à la voiture de continuer la course.

Suite et déroulement de la course vers Metz

Molsheim, 7 juin. (1 h 45 de l'après-midi.) La plupart des participants de la randonnée du prince Henri ont traversé Molsheim avec succès. Dans la toute nouvelle usine automobile de Bugatti aménagée depuis le début de l'année, les messieurs suivants ont fait escale : le prince duc Louis-Guillaume de Bavière, le comte héréditaire Schönborn-München, le prince Hohenlohe, le prince de Solms-Braunfels, le comte Széchenyi ou l'ancien directeur de la société allemande « Gasmotoren Fabrik » dans la ville de Deutz am Rhein près de Cologne, Monsieur Ettore BUGATTI, ancien premier ingénieur dans l'usine DIETRICH à Niederbronn, a construit au lieu appelé « Hardtmühl » à Molsheim une toute nouvelle usine où il construira des automobiles de course et des moteurs pour les dirigeables et les aéroplanes. Journellement sont arrivées des machines pour une valeur de 60 à 80 000 Mark. Il parait qu'il aurait déjà engrangé des commandes pour une année. Monsieur BUGATTI est détenteur de plusieurs brevets. Le nom BUGATTI est garant de la réussite du projet.

Louis-Guillaume de Bavière, prince de la maison royale de Bavière (Wittelsbach), une des grandes dynasties allemandes.
Comte héréditaire de Schönborn-München, héritier de la famille princière de Schönborn, influente dans le Saint-Empire puis en Allemagne.
Prince de Hohenlohe, membre de la maison de Hohenlohe, une importante famille princière allemande.
Prince de Solms-Braunfels, issu de la maison de Solms, autre lignée aristocratique allemande ancienne ainsi que le comte autrichien Andor Széchenyi, un fervent passionné d'automobile, pilote d'avions et d'aéronefs. .

Louis-Guillaume en Bavière (1884-1968) est le fils du duc Charles-Théodore en Bavière (1839-1909) et de son épouse l'infante Marie-Josèphe de Portugal (1857-1943). Il est le frère cadet d'Élisabeth, reine des Belges.

Journal l'Auto-vélo

Saverne, 7 juin. Les premières voitures de la randonnée du Prince Henri sont passées ici à 12 h10, les voitures de la direction et du Prince Henri en tête. Heureusement, aucun autre accident n'est à déplorer jusqu'à présent, en dehors de ceux déjà signalés.

Lors de l'épreuve de vitesse, qui, comme on le sait, a dû être interrompue pendant deux heures en raison de l'accident mortel signalé à Oberentzen. La voiture n° 51 (Ferd. Porsche-Vienne, Austro-Daimler) a obtenu le meilleur résultat avec 20,90 points pour les deux courses de plat. Comme Porsche n'a enregistré aucun point de pénalité jusqu'à présent, il devrait être considéré comme le premier prétendant au premier prix. Peu avant Saint-Avold, la route que les conducteurs devaient emprunter était parsemée, sur une certaine section et sur toute sa largeur, de gros clous posés verticalement. Heureusement, l'attentat a été découvert avant qu'un malheur ne puisse être causé par celui-ci.

Saint-Avold, 7 juin. Peu après 14 heures, la première voiture du circuit Prince Henri est arrivée ici. Courcelles-Chaussy (Kurzel), vers 15 heures, la voiture transportant le prince Henri est passée par Felligny (Füllingen), à 10 kilomètres d'ici. La voiture du prince Henri a traversé Courcelles elle-même à 15h15, en cinquième position.

L’arrivée de Metz au soir du 7 juin

Le journal messin écrit :  « Metz a donc été choisie comme but final d’une des étapes (Strasbourg-Colmar-Metz), de la course automobile du Prince-Henri. Cette nouvelle a été accueillie dans notre ville avec le plus vif intérêt, ce qui explique aussi le mouvement très intense qui se manifestait hier après-midi sur la route des Bordes par où les coureurs devaient arriver. Le but final était installé à environ 500 mètres des Bordes, sur la route de Sarrebruck. L’endroit était admirablement choisi, quoiqu’un peu éloigné de la ville. Sur une distance de plus d’un kilomètre, avant le but, la route forme une ligne directe de sorte que l’on apercevait les coureurs dès que ceux-ci avaient débouché de la ferme de Belle-Croix. A cet endroit une bande bleue tendue au travers de la route devait servir d’avertissement préalable. Le but même est indiqué par une bande jaune de même dimension. Une tente est dressée pour servir en cas d’intempérie. La police assure le service d’ordre à la porte des Allemands et aux Bordes jusqu’à l’octroi. Au-delà c’est à la gendarmerie qu’incombe ce soin. Toutes les mesures sont prises pour éviter tout accident ou incident. C’est M. Weber, député de Boulay, membre de A. C., qui a présidé à toutes ces dispositions avec un soin minutieux, et un esprit éclairé.

Quelques centaines de curieux s’étaient rendus, malgré un soleil de plomb, au lieu d’arrivée, la plupart à pied, d’autres à bicyclettes et les plus favorisés en automobile. D’autres sont échelonnées le long de la route, principalement vers les auberges qui toutes sont encombrées.

Aux abords du but, on se case le mieux que l’on peut, cherchant dans l’herbe, sous les arbres qui bordent la route, un peu d’ombre, contre les rayons du soleil. De temps en temps quelques nouvelles parviennent de la ville par les derniers arrivés. C’est ainsi que vers trois heures on apprend que les coureurs ont passé à Saint-Avold à 14 h 30, ils ne sauraient donc longtemps tarder. Les photographes - Prillot en tête naturellement — arment leurs appareils, les gendarmes font évacuer la route.

Soudain un cri retentit. Les voilà, les voilà ! Effectivement, sur la chaussée dévalant de Belle-Croix, on perçoit un tourbillon de poussière, qui avance, avec une vitesse vertigineuse. On croirait une violente rafale. A peine a-t-on distingué une voiture de course, que celle-ci vous arrive tel un bolide, et stoppe au but. De nombreux applaudissements éclatent. On se précipite vers les occupants de la voiture, on les félicite, mais déjà le véhicule reprend sa course vers la ville pour faire place à une seconde, puis à une troisième voiture qui suivent de très près. On a à peine le temps d’admirer ces puissantes machines qui ont plutôt l’aspect d’une torpille que d’un véhicule de route. Les arrivées se succèdent de très près, les voitures arrivent en trombe. Les occupants sont couverts d’un masque de poussière qui leur donne un aspect terrifiant.

L'arrivée se situe dans le village de Les Bordes  (Vallières-lès-Metz), situé à environ 3 kilomètres devant la Porte des Allemands (Deutschen Tore). La surveillance générale y était assurée par le député Weber-Bolchen et le contrôle principal par le consul Dreyer. À partir de 15h35, la voiture de la direction de course et les voitures n° 1, 2, 3, 4, 9, 10, 14, 15, 13, 16 et 18 sont arrivées à des intervalles d'une minute chacune. Une foule nombreuse s'était massée sur la route entre Metz et Les Bordes et saluait vivement les conducteurs à leur arrivée. À Les Bordes, les participants se séparent pour se rendre dans les trois halls mis à leur disposition. Jusqu'à 16h02, 35 voitures sont arrivées au but en une succession assez rapide ; à partir de ce moment, les arrivées se sont faites à des intervalles plus ou moins longs. La voiture n° 1 n'est pas arrivée la première derrière la direction de course, mais bien plus tard. Vers 17h30, un orage violent accompagné de fortes pluies a éclaté et durait encore vers 20 heures. Jusqu'à un peu après 19 heures, un total de 70 voitures était arrivé, certaines dans un état de grande saleté à cause de la pluie. La voiture conduite par le prince Henri est arrivée à 18h27 et a été accueillie par les acclamations enthousiastes de la foule qui patientait malgré l'averse. Le prince s'est entretenu longuement à l'arrivée avec un membre du comité d'accueil, puis s'est rendu au Commandement Général où il a pris ses quartiers. Plus aucun accident n'a été à déplorer. Le contrôle à l'arrivée a été prolongé jusqu'à 21 heures ».

Voici l'ordre d'arrivée des premières voitures :

  • A 16h26, voiture de la direction, suivie de la voiture n°72
  • A 16h30, voitures n°2, Flinsch (Benz), 3 Forchheimer (Benz), 4 Henney (Benz), toutes trois se suivant à quelques centaines de mètres.
  • A 16h32, n°7 Spitzner (Benz), 16h32 n°9 Frankl (Opel), 16h35 n°10 Ninaud (Opel)
  • Entre 16h35 et 16h40 sont arrivées n°14, Tauber sur Benz, 13 Wendt (Opel), 16 Tissart (Berliet). Sont arrivées ensuite n°18 Weber (Berliet), 20 Moes (Benz), 21 Fuchs (Gaggenau), 34 von Marx (Opel), 38 Neumayer (Benz), 54 comte Wimpffen (Daimler), 29 Günther (Presto), 51 Porsche (Daimler), 24 von Kunsberg (Gaggenau), 33 Ginskey (Raf), 52 Schreiber (Daimler), 55 von Liebig (Raf), 8 Ephraïm (Opel), 30 Thomann (Deutz), 50 Comte Orsich (Daimler)

Jusqu'à 16h02, 35 voitures qui se suivaient à intervalles très courts, étaient arrivées au but. A partir de ce moment, l'arrivée des voitures suivantes eut lieu à des intervalles plus ou moins longs. La voiture n° 1 est arrivée notablement après la voiture de direction.

Vers 17h30 un violent orage survint accompagné d'une forte pluie et qui durait encore à 20h.

Un peu après 19 heures, 70 voitures au total étaient enregistrées ; elles étaient en partie couvertes de boue par suite de la pluie. La voiture du prince Henri est arrivée à 16 h 17 et a été accueillie par des vivats enthousiastes de la foule qui, malgré la pluie, était restée sur place. Au but, le prince s'est assez longuement entretenu avec un des messieurs du comité de réception et s’est ensuite rendu au quartier général où il est descendu. Rien de spécial n’avait été projeté pour la soirée, toutefois le général commandant avait mis le Casino général à la disposition des participants comme lieu de rendez-vous. Il n’y a pas eu de nouveaux accidents. Le contrôle à l'arrivée a duré jusqu’à 21 heures.

Metz, 8 juin. Sont éliminées les voitures n°ˢ 5, 17, 23, 28, 31, 43. Jusqu’à la clôture du contrôle hier soir à 21 heures n’étaient pas arrivées les voitures n°ˢ 57, 71, 114, 118, 125. Au total 38 voitures sont éliminées y comprises celles qui n’avaient pas été acceptées ou qui ne s’étaient pas présentées au départ de Berlin. Abstraction faite de ces dernières environ 25 p. 100 des voitures sont éliminées. Pendant la course de la 5ᵉ étape, les participants ont été éprouvés par trois violents orages. En raison des averses torrentielles il fallait épuiser l’eau dans les voitures. Beaucoup de participants avaient d’autant plus à souffrir de l’humidité qu’ils étaient très légèrement vêtus à cause de la chaleur. Sur le trajet deux arbres ont été frappés par la foudre et barraient la route en partie.

S. A. R. le prince Henri de Prusse a quitté ce matin à 6 heures le quartier-général dans l’auto qu’il conduisait lui-même. Il était accompagné du général commandant. Le prince s’est d’abord rendu à la Préfecture, d’où il est reparti suivi par M. le Président de la Lorraine en auto.

Ce matin à 7 heures a commencé à la porte des Allemands le départ pour la dernière étape Metz - Trèves - Coblence - Limburg-sur-la-Lahn - Hombourg (au total 350 kilomètres).

 

Le départ de Metz 

Journal de Wissembourg. Ce matin, la dernière étape de la Course Prince-Henri a été entamée au départ de Metz. Elle passe par Sarrelouis, Trèves, Coblence, Limbourg, Weilbourg vers Hombourg. Le départ de la dernière étape Metz-Coblence-Limbourg-sur-la-Lahn-Hombourg (environ 350 kilomètres) est donné à la Porte des Allemands.

Metz, 8 juin. C'est ponctuellement à 7 heures ce matin qu'a commencé la suite du voyage pour la dernière étape vers Homburg. Lors de l'avancée vers le départ, la voiture n°70 (E. Medinger-Vienne, Puch) a pris feu. Le réservoir d'essence s'était enflammé. L'incendie a été rapidement éteint en jetant du sable. Au total, 88 voitures sont parties. Jusque vers 7 heures régnait un épais brouillard. Maintenant, le temps s'est éclairci.

L'arrivée à Hombourg près de Francfort-sur-le-Main

Coblence, 8 juin. La première voiture est arrivée à 11h40 et était une Daimler autrichienne. Elle a été suivie à 11h50 par la direction de la course, et à 13h par le Prince Henri. Le Prince Henri a été accueilli au Deutsches Eck par le couple princier de Schaumbourg-Lippe. L'arrêt a duré 20 minutes. À 13h25, le Prince Henri a poursuivi sa route via Ehrenbreitstein, Montabaur et de Limbourg vers Hombourg. Le Prince et les autres participants ont reçu ici des témoignages d'enthousiasme. Aucun accident n'est survenu durant ce trajet, pour autant que l'on sache.

Hombourg, 8 juin. À 14 heures, les premiers conducteurs étaient attendus à Hombourg. Cependant, un violent orage dans la région de Montabaur a provoqué un arrêt et ce n'est qu'à partir de 16 heures que les voitures arrivérent ; le premier fut le Prince Henri. Directement après le Prince, la voiture n° 1 (Dr. Delmar-Budapest) a franchi la ligne d'arrivée en premier. Les voitures portent, tout comme les conducteurs, les traces du long voyage ; après que les carnets de contrôle ont été livrés, elles rejoignent leur garage sans attendre. À 17 heures, 45 voitures avaient franchi l'arrivée, tous les conducteurs n'ayant pas le visage rayonnant ! Les voitures ayant une chance d'obtenir un prix sont immédiatement placées sous scellés.

Hombourg, 8 juin. Jusqu'à 17 heures et demie, soixante-dix-neuf voitures ont atteint leur destination. Il en manque encore huit.

Fin de la course

Homburg v. d. H., 8 juin. À 16h16, le Prince Henri est arrivé au but avec la direction de la course, accueilli par le président du district Dr. von Meister et les membres de l'Automobile Club Impérial. Le public a éclaté en hourras nourris. Immédiatement après ont suivi les premières voitures de course. Les voitures n°110 (roue avant brisée) ainsi que les n°23 et n°118 (rupture d'essieu) ont abandonné. Le Prince Henri de Prusse a pris ses quartiers chez le sous-préfet Dr. Ritter von Marx, où un dîner aura lieu ce soir à 20 heures.

L'arrivée de la course du prince Henri à Hombourg le 8 juin 1910

Visite du château de Bad Hombourg par l'Empereur Guillaume II en 1910

Les fait divers et les animations ainsi que les résultats sont relatés dans l'épisode suivant.

Autres épisodes :

Sources :

  • Gallica
  • Généanet
  • Illustrations IA

Un peu d'histoire

De Valva à Valff, c’est tout d’abord un livre. A la fin des années 80, André VOEGEL et Rémy VOEGEL, Valffois et passionnés d'histoire, écrivent « De Valva à Valff » qui raconte l'histoire de la commune, petit village alsacien à proximité d'Obernai. L'ouvrage reprend, chapitre après chapitre, son histoire et celles de ses habitants. Dans les années 2010, Rémy VOEGEL complète la connaissance du village par divers textes édités dans le bulletin communal. 

Suite au décès d’André VOEGEL en février 2017, Rémy et Frédéric, son fils, se lance le défi de partager via le présent site les archives dématérialisées du livre, les vidéos de Charles SCHULTZ, sans oublier la publication des 40 classeurs historiques d’Antoine MULLER. Ces classeurs sont une mine d'or incroyable, car ils retracent en images toute l'histoire du village, de ses associations et de ses habitants.

Depuis, le devoir de mémoire de notre village alsacien se poursuit semaine après semaine.