Autour de la course, animations et faits divers rythmeront les jours de la course avec le triomphe finale de Daimler et Porsche.
Les animations
Navigation aérienne
Pour animer cette fabuleuse journée, le ballon « Ville de Strasbourg » de l'Association de navigation aérienne du Haut-Rhin, qui a pris son envol hier matin ici à 9 h 30 (avec pour commandant l'ingénieur Arbogast, ainsi que le directeur de district et conseiller d'État, le baron v. Gemmingen-Hornberg, et le conseiller d'État Dominikus et son épouse comme passagers), a atterri à 15 h tout en douceur près de Sainte-Marie-aux-Mines (Markirch), près de la frontière française.
Vol de démonstration autour de la tribune à Meyenheim
L'Express de Mulhouse écrit : « Au moment de l'accident, l'aviateur de Mulhouse Robl survolait le circuit avec son aéroplane Farman. En 18 minutes, il avait parcouru la distance depuis Mulhouse (40 kilomètres) et s'était posé à environ 20 mètres de l'arrivée. Une fois la course lancée, Robl a redécollé et a été salué avec enthousiasme par le public. L'aviateur Jeanin, également attendu de Mulhouse, n'est pas apparu. La course durait depuis environ une heure lorsque l'accident mentionné s'est produit.
Mulhouse (Mülhausen), 9 juin. Robl, le célèbre coureur cycliste berlinois de niveau mondial, se trouve depuis quelque temps à Mulhouse, où il est formé comme aviateur par Jeannin. Mardi dernier, il a effectué un vol audacieux sur un aéroplane issu de l'usine Chatel locale, reliant Habsheim à Oberentzen en 18 minutes. Hier soir, sur l'aérodrome de Habsheim, il a obtenu son brevet de pilote. Sous le contrôle d'experts, il a effectué les décollages, virages et atterrissages réglementaires aux endroits balisés par des drapeaux, et ce, avec un calme et une sécurité absolus. Jeannin a également effectué de beaux vols hier soir. Mais le spectacle devint plus intéressant encore lorsque deux appareils apparurent simultanément sur le terrain. Jeannin pilotait l'un et Robl l'autre ; ils effectuèrent des vols de conserve au-dessus de la vaste place, ce qui transporta le public dans un tonnerre d'applaudissements. Jeannin et Robl envisagent pour un avenir très proche de plus longs vols de distance, au cours desquels ils comptent battre le record d'Allemagne.
Aviation et automobilisme
Nous avions affiché, lundi soir, la nouvelle que les aviateurs Jeannin et Robl avaient l’intention d’effectuer en aéroplane, le lendemain matin, le trajet de Mulhouse-Meienheim pour assister à l’épreuve de vitesse de la coupe du Prince-Henri. Nous avons également fait afficher, hier matin, que Robl seul avait mis ce projet à exécution, Jeannin ayant renoncé à l’accompagner. À 8 h. 3, Robl était arrivé sur un « Aviatic », plus exact que les automobiles, l’appareil se tenant à une hauteur moyenne de quarante mètres. Il a couvert en 18 minutes la distance de Mulhouse à Meienheim qui est de 26 kilomètres.
Après avoir fait, en un vol gracieux, le tour de la tribune érigée par l’Auto-Tœff-Club de Colmar, Robl est allé comme un oiseau se poser à 1,800 mètres de là en pleins champs.
Jeannin avait cédé à son élève Robl son « Aviatic » (le fameux biplan sur lequel ou avec lequel il a gagné à Munich tous les premiers prix dont nous avons parlé) ; et son appareil neuf n’étant pas encore tout à fait au point (il l’avait essayé le matin même, à 4 h.) il a dû, à son grand regret, laisser Robl partir seul en aéroplane et faire la route en auto. Mais il prend sa revanche, après l’arrivée triomphale et l’heureux atterrissage de Robl, emprunta à son élève le gracieux biplan qu'il lui a cédé et en exécuta autour des tribunes, devant les spectateurs émerveillés, une série de courbes harmonieuses et des virages hardis, - ce qu'on peut appeler la haute école de l'aviation. Jeannin est absolument maître de l'appareil qu'il pilote et qui, sous sa direction experte, semble d'une docilité de cavale domptée. A le voir évoluer avec cette aisance, on comprend les succès superbes qu'il a remportés à Berlin et à Munich.
Quant au vol si réussi de Robl, il est d'autant plus significatif que le jeune aviateur, en quittant si audacieusement le champ d'Habsheim pour se rendre à Meienheim, n'en était qu'à sa cinquième sortie avec le biplan « Aviatic » ; car Rohl vient seulement de terminer son apprentissage d'aviateur avec Jeannin comme instructeur ; et avant d'effectuer le parcours Habsheim-Meienheim et retour, il n'avait piloté le biplan que dans quatre essais de vols.
Ce résultat magnifique est tout à l'honneur des appareils de la société « Aviatic » de Mulhouse, construits dans les ateliers de la maison Georges Châtel à Burtzwiller ; il prouve que ces aéroplanes sont d'une stabilité parfaite, car, quelles que soient les qualités sportives du brillant champion cycliste qu'est Robl, la sûreté de son œil et de sa main, le courage et le sang-froid dont il dispose, il faut convenir qu'il est tout novice dans l'art de diriger un aéroplane et que, pour atteindre ainsi, du premier coup, à un succès aussi caractéristique, il pilotait un appareil de tout premier ordre.
Reparti de Meienheim vers midi, Robl est rentré directement au hangar du champ d'Habsheim, atterrissant avec la même facilité qu'à son arrivée devant la tribune de l'Auto-Töff-Club de Colmar.
L' « Aviatic » de Mulhouse est en train de disputer les premières places et figure déjà en bon rang parmi les conquérants de l'air : constructeurs et aviateurs ont droit à toutes nos félicitations, pour ce nouvel essor donné à l'industrie alsacienne. »

Jean Jeannin (Mulhouse 1875-Strasbourg 1957)
Une fin tragique de Thaddäus ROBL quelques jours plus tard
Le destin de Robl donne une dimension particulièrement émouvante. En lisant ces articles datés des 8, 9 et 10 juin 1910, on ignore que Thaddäus Robl va mourir seulement quelques jours plus tard.
Le 18 juin 1910 (soit une semaine après l'article), lors d'un meeting aérien à Stettin, il s'écrase après une chute d'environ 75 mètres. Il devient alors le premier pilote civil à mourir dans un accident d'avion sur le sol allemand. Il avait 33 ans.

Un triomphe total pour Austro-Daimler et Ferdinand Porsche

Ferdinand Porsche à l'arrivée à Hombourg
Ferdinand Porsche ne s'est pas contenté de gagner ; il a écrasé la concurrence. Le classement final des trois premiers est sans appel :


Journal L'Auto-vélo
Les trois voitures de tête étaient toutes des modèles conçus par Porsche. C'est ce qu'on appelle un "triplé" historique qui a fait la une de toute la presse automobile mondiale de l'époque.
Pour l'anecdote : Ferdinand Porsche était si fier de cette voiture (l'Austro-Daimler 22/80) qu'il a continué à la conduire personnellement pendant des années après la course. C'est véritablement l'ancêtre spirituel de toutes les Porsche de sport que nous connaissons aujourd'hui. Lors de la remise des prix, le roi de Wurtemberg aurait lancé : « Faut-il vraiment que vous, les Autrichiens, veniez en Allemagne nous ravir les prix ! »

Ferdinand Porsche (1875 Liberec, Autriche-Hongrie – 1951 Stuttgart)
Classement final
Hombourg v. d. H., 9 juin. Le résultat officiel de la course Prince-Henri est le suivant :
Classement général (prix d'honneur) :
- Prix général (prix itinérant du prince Henri de Prusse et prix du Club automobile impérial) : voiture nᵒ 51, Ferdinand Porsche (Wiener-Neustadt), conducteur : le propriétaire.
- Prix du Club automobile bavarois : voiture nᵒ 46, Eduard Fischer (Wiener-Neustadt), conducteur : le propriétaire.
- Prix du roi de Wurtemberg : voiture nᵒ 47, Fritz Hamburger (Vienne), conducteur : comte Heinrich Schönfeld.
- Prix du Grand-Duc de Bade : voiture nᵒ 8, Herbert Ephraim (Görlitz), conducteur : le propriétaire.
- Prix du Régent de Brunswick : voiture nᵒ 86, Fritz Erle (Mannheim), conducteur : le propriétaire.
- Prix de la ville de Hombourg v. d. H. : Voiture nᵒ 61, Adam Paul (Francfort s/M), conducteur : Hugo Wilhelm.
- Prix de la ville de Nuremberg : voiture nᵒ 81, comte Geza Andrassy (Budapest), conducteur : Th. Pilette.
- Prix de la ville de Strasbourg-en-Alsace : Voiture nᵒ 4, Arthur Henney (Hachenburg), conducteur : le propriétaire.
- Prix de la ville de Cassel : voiture nᵒ 29, Georg Günther (Chemnitz), conducteur : le propriétaire.
- Prix du prince Stolberg : voiture nᵒ 3, Edward Forchheimer (Nuremberg), conducteur : Dr Kiefer.
- Prix de la ville de Brunswick : voiture nᵒ 38, Karl Neumaier (Mannheim), conducteur : le propriétaire.
Concours de vitesse de Genthin :
- Prix de la princesse Henri de Prusse : voiture nᵒ 46, Eduard Fischer (Wiener-Neustadt), conducteur : le propriétaire.
- Prix de la princesse héritière de Meiningen : voiture nᵒ 51, Ferd. Porsche (Wiener-Neustadt), conducteur : le propriétaire.
Concours de vitesse de Colmar-en-Alsace :
- Prix du Grand-Duc de Hesse : Voiture nᵒ 51, Ferd. Porsche (Wiener-Neustadt), conducteur : le propriétaire.
- Prix du Statthalter (gouverneur) d'Alsace-Lorraine, le comte von Wedel : voiture nᵒ 46, Eduard Fischer (Wiener-Neustadt), conducteur : le propriétaire.

Journal l'Auto-vélo du 14 juin 1910, Gallica


Journal Le Lorrain du 10 et 11 juin 1910
Faits divers suite à l'évènement
Passage à Nuremberg, 4 juin. L'enfant renversé lors de la "Course du Prince Henri" (Prinz-Heinrich-Fahrt) n'est pas mort, mais a toutefois été blessé de manière non négligeable. Une plaie à la tête a dû être recousue. Dès qu'il a appris l'accident, le Prince Henri a rendu visite aux parents de l'enfant. Le conducteur de la voiture en question était Monsieur Leuschner, de Charlottenburg.
Les deux morts furent transportés à l’hôpital de Colmar, ainsi que le spectateur gravement blessé par les débris de l’automobile détruite. Le malheureux a un œil enfoncé et une double fracture de la cuisse.
Kogenheim (canton d’Erstein), le 8 juin. Un grave accident d'automobile s'est produit sur la route menant à Kogenheim. Un propriétaire nommé Odenwälder, originaire de Châtenois (Kestenholz), a voulu dépasser une charrette de foin ; bien que celle-ci se soit écartée comme le veut le règlement, elle ne laissait pas suffisamment de place sur la chaussée.
C'est alors que l'automobile du propriétaire Bour, d'Obernai (Oberehnheim), qui arrivait au même instant par l'arrière et tentait de dépasser les deux véhicules par la droite, a percuté un arbre. L'automobile a été réduite en miettes. Monsieur Bour a subi des blessures internes, tout comme son stagiaire (ou apprenti).
Un grave accident automobile s'est produit dans la nuit du 7 au 8 juin à proximité du fort Roon (aujourd'hui fort Ducrot) et de l'auberge « Zur Rose ». Une automobile jaune, venant de Brumath vers minuit et demi, est entrée en collision avec le lieutenant Wilhelm Jakob, du 132ᵉ régiment d'infanterie, qui regagnait le fort à moto après un service commandé.
D'après ce que nous avons appris, l'automobile jaune s'est arrêtée ; les occupants en sont descendus, ont déplacé l'officier grièvement blessé pour le jeter dans le fossé, puis sont repartis sans plus se soucier de l'homme agonisant ! Heureusement, une sentinelle du Fort Roon a été alertée par la détonation sonore d'un pneu qui éclatait, ce qui a permis à la garde de faire des recherches sur le lieu de l'accident et de retrouver le lieutenant Jakob. Après la pose de pansements d'urgence, le blessé a été transporté à l'hôpital militaire (Garnisonlazarett I). Son état est très inquiétant. Le lieutenant Jakob souffre d'une fracture du crâne, plusieurs côtes sont enfoncées, et une rotule ainsi qu'un tibia sont gravement touchés. La moto de l'officier a été totalement broyée.
Indépendamment de la question de la responsabilité de la collision, le comportement du ou des occupants de l'automobile est d'une cruauté si monstrueuse que l'on ne peut que souhaiter que les personnes ayant ainsi jeté un blessé sans défense dans un fossé pour s'enfuir incognito soient identifiées et dûment punies !
À ce sujet, le rapport de police indique : Dans la nuit du 7 au 8 courant, probablement vers minuit 15, le lieutenant Jakob (Inf.-Regt. 132) a été renversé avec sa moto par une automobile à proximité du Fort Roon, près de Mundolsheim. Il y a subi des blessures mettant sa vie en danger. Le lieu du crime se situe sur la route de Brumath. L'automobile, qui circulait apparemment sans lanternes allumées et venait peut-être de Vendenheim, est toujours inconnue. Les occupants ont poursuivi leur route sans se soucier du blessé inconscient. Il est possible que l'automobile soit endommagée, particulièrement sur le côté gauche. Sont notamment recherchées deux automobiles jaunes. Toute information utile est à communiquer à la police criminelle de Strasbourg.
Une personnalité locale bien connue a été victime de la course Prince-Henri : il s'agit du maître boulanger Fritz Lauck, installé sur la place Broglie, et qui fut pendant de longues années le premier maître de tir de la société de tir de Strasbourg. Il se trouvait avant-hier après-midi parmi les spectateurs sur la Rheinstraße (rue du Rhin), alors que l'on attendait les automobiles venant de Kehl ; en raison de la longue attente sous une forte chaleur, il a été frappé d'une congestion cérébrale (attaque). Malgré les secours immédiats, il a succombé hier matin à l'âge de seulement 57 ans.
Nuremberg, 4 juin. L'enfant renversé lors de la "Course du prince Henri" (Prinz-Heinrich-Fahrt) n'est pas mort, mais a toutefois été blessé de manière non négligeable. Une blessure à la tête a dû être recousue. Dès qu'il a appris l'accident, le prince Henri a rendu visite aux parents de l'enfant. Le conducteur de la voiture concernée était Monsieur Leuschner, de Charlottenburg.
Autres épisodes :
- La course automobile du Prince Henri en Alsace et Lorraine en 1910 (épisode 1)
- La course automobile du Prince Henri en Alsace et Lorraine en 1910 (épisode 2)
- La course automobile du Prince Henri en Alsace et Lorraine en 1910 (épisode 3)
- Accident mortel du beau-frère de Daimler-Mercedes
Sources :
- Gallica
- Généanet
- Illustrations IA