En 1899, une insulte proférée au téléphone à Strasbourg vous coûtait 150 marks, soit un mois et demi le salaire d'un ouvrier !
Strasbourg, 1899. On ne saurait trop recommander le calme et la tempérance à nos concitoyens, même face aux caprices de la technique moderne. Car, comme le disait si justement le poète Schiller : « Le plus juste des hommes ne peut vivre en paix si son méchant voisin ne le veut point. » Il semble désormais que cette maxime s’applique aussi aux « demoiselles du téléphone ». L’affaire, qui a tenu l’audience du tribunal de Strasbourg en haleine, concerne un certain sieur Ladenberg, voyageur de commerce venu de Sarrebruck. Séjournant dans l’un des hôtels de notre ville, ce dernier fit établir une communication avec la maison Delbrück, à Mannheim.
Une fois l’entretien terminé, l’homme, de tempérament soupçonneux, craignit que le valet de chambre de l’établissement ne lui surfacturât les taxes de l’État. Voulant obtenir le prix exact « à la source », il tenta de joindre le bureau central. Hélas ! L’attente fut longue, et le silence de la demoiselle du téléphone finit par avoir raison de ses nerfs fragiles. Il s’emporta donc et proféra dans l’appareil un juron d’une vulgarité sans nom, avant de raccrocher avec fracas. Pensant que son injure serait perdue dans les fils de cuivre, il ne se doutait pas qu’un opérateur en ligne à Karlsruhe captait distinctement le nom d'oiseau. Ce témoin imprévu dressa immédiatement procès-verbal.
À la barre, l’accusé a vainement tenté de nier l’évidence. Le tribunal, soucieux de protéger la dignité des employées des Postes et Télégraphes contre d'éventuelles colères intempestives, n’a pas fait preuve d’indulgence. Pour avoir confondu le cornet du téléphone avec un déversoir à vilenies, M. LADERBERG a été condamné à la forte amende de 150 Marks.