Un mariage en 1905

Après avoir saoulé ses vaches au vin chaud pour les réchauffer, enduré des années âpres et funestes, Florent a enfin une excellente nouvelle à nous annoncer : il va se marier !

Comme à son habitude, il ne s'embarrasse pas de révélations sentimentales. Nous ne saurons rien de ses fréquentations ni de ses fiançailles. Quelques années plus tard, on ne sourira toujours pas sur les photos de mariage ... la vie était rude, le mariage, parfois, une convenance ! Reprenons son récit.

5 janvier 1833, Florent WUCHER a célébré son mariage avec Anna Maria RIEGLER, née le 2 Heumonat (juillet) 1802, fille de Blaise RIEGLER et de Madeleine Christ. Nous habitons dans la ferme d'Antoine WUCHER (son père). Maria Rosa (la sœur de Florent) a également convolé en juste noces avec Blaise RIEGLER. C'est le frère de ma femme Anna Maria. Ils habitent maintenant dans la ferme de la famille de Blaise RIEGLER (1).

Le 29 janvier 1834 est née Madeleine WUCHER, à 2 heures de l'après midi. François Joseph RIEGLER est le parrain, Thérèse Rosfelder la marraine. Le 21 mars 1834 Madeleine WUCHER est décédée (an den Gorglen gestorben) (2). L'hiver 1834 fut très pluvieux et doux. Le 6 janvier on pouvait déjà cueillir des violettes et des perces-neige. An Lichtmess (2 février) les arbres fruitiers comme les prunes précoces étaient en fleurs à Barr. De janvier à mai il n'y eu aucune pluie et les souris étaient abondantes et en bonne santé. Le 10 Brachmonat (juin) il plut légèrement puis le ciel se referma. Peu de foin mais la production d'orge et le blé fut néanmoins satisfaisante. Les arbres fruitiers étaient affecté par le mildiou. Peu de cerises, pas de poires et de prunes mais quelques quetsches. Par contre la vigne et le tabac étaient plaisant ... jusqu'au jour où la grêle du 8 septembre les pulvérisa menu. Le plus touché fut le Neuland, le Langenfeld et le Blasenfeld du côté du Hagelweg. La production de cette année resta donc misérable, et après un été et un automne sec, l'hiver se présenta encore doux et agréable. Le blé se monnayait de 14 à 17 francs, l'orge à 8 francs, le vin de 1833 seulement 5 francs et celui de 1834 entre 12 et 14 francs.

Village dévasté par la grêle en 1936

L'année 1835 a débuté sèche. Le printemps fut de même, peu de pluie pour le mois d'avril et minima pour le mois de mai et de juin. L'été fut chaud jusqu'en août. A partir de ce mois, un temps pourri et frais gâta la qualité du vin. Le blé et l'orge réussi mais le tabac et l'avoine poussèrent à peine. Le blé valait 14 à 17 francs, l'orge 7 à 9,50 francs, le vin 5 à 6 francs. Au printemps 1835, par quatre fois, des incendies criminels semèrent la peur dans le village de Meistratzheim. Une première fois, le feu ravagea 17 hangars à foin et dépendances, une autre fois 11 maisons et dépendances ! Le mercredi 2 novembre à 11 heures du matin est née Anna Maria WUCHER. Le 9 avril est décédée la mère de Blaise RIEGLER âgée de 88 ans. Elle était née en 1747 et donc décédée en 1835.

En juin 1836, Florent WUCHER fut victime d'un grave accident ! Le malheur s'est déroulé à la hauteur du pont de pierre en haut du village. Florent marchait entre deux chevaux tirant une carriole. Cette dernière était chargée d'une cuve remplie d'eau pour arroser le tabac. Brusquement un cheval rua, projetant Florent à terre. En tombant sous la charrette, son pied gauche passa sous la roue. Le fémur se retrouva broyé en 6 morceaux et le tibia en 3 ! Florent garda le lit pendant 18 semaines après avoir subit trois opérations. Le tout dans d'insupportables souffrances et sans anesthésie. Florent pu enfin déposer les béquilles à la Pâques de l'année suivante (Florent parle de lui à la troisième personne). Les frais d'honoraires du Docteur MEYER s'élevèrent à 150 francs et ceux du chirurgien Philippe BERGER à 100 francs. La somme totale des dépenses se monta à 800 francs.

En ce mois de juillet 1836, Florent, impotent, doit prendre des dispositions pour louer ses terres pour survivre. L'acte est rédigé au crayon sur la dernière page d'un livre d'Histoires Saintes de 1788 sans doute pour ajouter une touche sacrée au contrat.

L'année 1837 eu un début ordinaire. Le 30 mars un froid glacial gelait encore les vitres. Le printemps s'avéra froid et humide. Les foins, le blé et le tabac furent abondants. L'orge par contre, médiocre. Le tabac était  léger et rapporta peu : 20 francs la botte. La vigne avait déjà gelée durant l'hiver et le peu de vin restant était aigre. Les pommes et les quetsches n'ont pas plus réussi. Le blé de 1837 a valu jusqu'au 10 mars 1838 en moyenne 20 francs, le hectolitre d'orge 14 francs et l'avoine 14 francs, le quarteron d'ancienne mesure. Le soir à 6 heures, le 19 novembre 1837 est né François Joseph WUCHER (3).

Après un automne satisfaisant suivi un hiver aux températures clémentes puis d'un froid rigoureux. Du 6 janvier au 28 février 1838, le froid glacial empêcha toute activité. Après cet épisode hivernal, la pluie froide s'installa jusqu'à la fin du mois de mars. Les vignes gelèrent. Un mois de mai agréable précéda un début de juin très pluvieux suivi d'une sécheresse orageuse du 19 au 12 août. La fenaison fut moyenne tout comme la production de blé et de tabac. L'orge et la paille fut abondante. Parce que la forêt n'a verdit qu'a partir de la Saint Jean (24 juin), les sangliers et les cervidés ont fortement rongé les écorces. Le 15 février 1838 est née Thérésia WUCHER à 8 heures du matin... le soir du 20 juin à 6 heures elle est décédée ...

Le blé a valu cette année 20 à 26 francs, l'orge 10 à 15 et le rare tabac atteignit 22 francs le quintal. Un hiver normal précéda un été et un automne correct. Un printemps pluvieux et froid a par contre fortement retardé la végétation. Mars beaucoup de pluie jusqu'à mi-avril puis sec.

Du 1er au 20 juin, une chaleur accablante suivie d'une pluie froide ...

C'est ainsi que s'achève brusquement au milieu d'une phrase, la chronique de Florent WUCHER. Il décédera le 14 août 1841 âgé de 43 ans. Le fait qu'il arrêta d'écrire entre 1838 et son décès laisse à penser qu'il entra peut-être dans une grave dépression ou dû se battre avec une autre affection. La mort de sa fille le 20 juin correspond avec la fin de sa dernière notation du 22 dans les comptes de dépenses et recettes. La chronique de la famille se poursuit pourtant avec la phrase glaçante suivante rédigée par un autre auteur d'après l'écriture:

« Le 14 décembre 1841 est né Florent WUCHER. Au matin du 19 janvier 1843, à 6 heures, il est mort ».

A l'arrière d'un recueil d'histoires saintes de 1788, est-ce Florent WUCHER qui a dessiné ces 3 personnages ? Les femmes semblent avoir 3 pieds. Florent dont on reconnait l'écriture, y a écrit au dessus le nom de sa fille première-née Maria Madaline (appellation enfantine pour Magdalena). Elle mouru 2 mois après sa naissance. Ce qui est déroutant est que Florent nous annonce plus loin, la mort de son autre fille Thérèse et passe directement à la ligne suivante au prix du blé. Un moyen de refouler la douleur ? Fallait-il accepter la fatalité pour ne pas sombrer ? Il n'y avait pas de place pour le sentimentalisme en théorie.

Son épouse Anna Maria RIEGLER est veuve ... et enceinte. Elle accouchera jour pour jour quatre mois après le décès de son mari. L'enfant appelé Florent comme son père, vivra moins de 2 ans. Elle aura été mariée pendant 8 ans. Elle restera veuve encore 47 autres longues années. Elle décédera à l'âge de 78 ans en 1880. Son seul fils, François Joseph se mariera tardivement en 1883 à 46 ans avec Marie Odile RIEGLER, 35 ans. Il décédera le 14 août 1895 

Épilogue d'une histoire de vies pavées de malheurs et de peines. C'était cela, la vie de nos ancêtres. Celle où la souffrance rôdait et vous rattrapait parfois. Celle de la famille, amis et voisins. La vie devait malgré tout continuer, égrainant ses jours. Nos anciens nous ont transmis leurs gènes. Leurs choix de vie ont fait que nous existons.

Retrouvez toute l'histoire de Florent WUCHER, paysan à Valff (1798-1841) :

(1) Florent WUCHER et sa sœur Maria Rosa se sont mariés le même jour avec Blaise et sa sœur Anna Maria RIEGLER. La ferme de la famille RIEGLER se situait au numéro 215 (de l'époque) dans la rue Principale.

(2) En 1834 et 1835 sévit une épidémie de choléra. Durant l'année 1834, 22 enfants de moins de 20 ans décédèrent des suites de maladie. La variole demanda aussi un lourd tribut.

(3) L'enfant François Joseph tomba malade.

Liens utiles

Plan interactif

De Valva à Valff

254, rue Principale
67210 Valff

03 88 08 29 14

Envoyez-nous un e-mail

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies qui permettent le bon fonctionnement de notre site et de ses services. En savoir plus J'ai bien compris