Fragments d'une vie, ce sont les chroniques d'un paysan de Valff, Florent WUCHER, au XVIIIe siècle. Troisième partie. Dans le premier épisode et second épisode, nous avions laissé Florent WUCHER choqué par la mort violente du sacristain. La vie pourtant a repris son cours, orchestrée pour cet agriculteur passionné par les saisons, les travaux agricoles et les occupations quotidiennes. Il poursuit son récit avec la nouvelle de l'agrandissement de son patrimoine pour une somme considérable pour l'époque.

Le 3 décembre 1827, nous avons acheté le Stierplatz dans le Kochely pour 4300 francs plus les 242 francs de frais chez le notaire SCHLOSSER à Oberehnheim (Obernai).

L'année 1828 fut l'une des années les plus prolifiques de mémoire de paysan : le blé, l'orge, l'avoine, le tabac (photo ci-dessus de la plantation du tabac en 1938), le vin et les choux produisirent en surplus. Le 8 septembre 1829, le roi Charles X à rendu une visite à Strasbourg. Comme l'année passée la production fut abondante. Le vin par contre a été médiocre et le tabac a souffert de la rouille. La fin de l'année était pluvieuse et froide. Le regain a pourri sous les eaux. On a récupéré ce qui restait jusqu'au 4 novembre. A partir de la Saint Martin sévit un froid tellement intense qu'on pensait que l'on allait tous mourir gelé. Vers le 20 janvier, il y eu un léger répit mais le froid repris de plus belle. Les hommes et les bêtes ont énormément souffert : de nombreuses poules et vaches périrent gelées. Les pommes de terre gelèrent dans les caves même les plus chaudes. Même, celles enterrées dans les trous les plus profonds subirent le même sort. Ce climat extrême se poursuivit jusqu'en avril, une demi année donc (1) !

Le 18 mars 1829, suite à une maladie qui dura six mois, décéda Thérèse WUCHER (28 ans, sœur de Florent).

Les vendanges chez Antoine KEMPF (décédé le 05.12.1997). L'enfant assis sur le boeuf est Michèle KEMPF (photo 1960)

L'année 1830 après un début froid se poursuivit par un été chaud et sec. Peu de blé, mais un excellent vin, des fruits moyens et du tabac lourd composèrent la récolte de l'automne précédé d'un hiver moyen. En 1830 les français ont envahit l'Algérie en Afrique. Peu de temps après, une nouvelle révolution secoua Paris du 26 au 28 juillet et Charles X fut chassé du trône. Normal ! Encore beaucoup de promesses et pas d'effets !

L'hiver 1831 fut doux. les souris ont donc eu tout aise pour se multiplier. La végétation fut précoce et les orages de mars, la chaleur et de la pluie favorisèrent la croissance de la végétation. En avril on a récolté des choux. De fortes pluies ont inondé les prés du Neuland. Les parties basses du Grub dans le Riederveld étaient couvertes de 1 ½ à 2 pieds d'eau (45 à 60 cm). Des gerbes légères, peu de pommes de terre, un mauvais foin, peu de vin et un tabac rouillé fut la conséquence de ces pluies diluviennes.

Cette année 1831, le blé cotait jusqu'à 36 francs, l'orge 25, les pommes de terre 7 francs. En comparaison en :

  • 1827 : blé 25 francs, orge 14 francs
  • 1828 : blé 20 francs, orge 10 francs
  • 1829 : blé 21 francs, orge 11 francs
  • 1830 : blé 20 francs, orge 10 francs

Le 25 Janvier 1831, Anna Maria KORMANN, notre mère bien aimée décéda des suites de la maladie de la tuberculose âgée de seulement 61 ans.

L'année 1832 fut correcte et produisit des fruits, peu de vin et du tabac. Le blé rapporta 18 à 20 francs, l'orge 10.

Récolte du blé. De gauche à droite : Albert SCHMITT (de Barr), Florent MARTIN (décédé le 11.07.1979), Marie SCHMITT, Florentine MARTIN (décédée le 14.06.1988). Enfants : (?) et Thérèse MARTIN (photo 1948)

L'année 1833 débuta par un hiver normal puis un printemps sec précéda un été sec et un automne sec. Peu de fruits et peu de vin, peu de paille et de foin, mais par contre des pommes de terre en abondance. Le blé a rapporté 15 francs, l'orge 9, le vin 6, la paille 45 les 100 bottes et la paille de seigle 30 francs les 100 bottes.

A la fin du registre de famille de la famille WUCHER se trouve un mémoire de recettes vétérinaires maison. Rédigé par Florent, on peut y lire une recette pour soigner les gelures des bovins :

Comment soigner les conséquence de l'hypothermie (die Frosten) du bétail :

  • Premièrement : si le pouls de l'animal est à peine détectable sur son côté gauche.
  • Si ses oreilles, ses cornes et son corps est froid.
  • Si l'animal refuse de manger. Dans ce cas on prend 3 chopes de bon vin que l'on chauffe. On y ajoute 4 pincées de cannelle, 4 clous de girofle et une noix de muscade. Laisser frémir, y ajouter 1 verre d'huile, 1 verre d'eau de vie de marc de vin, bien mélanger. Verser le tout dans la gueule de l'animal en une fois. Il faut après cela recouvrir la bête avec une couverture. Avec des braises chaudes sous son corps, réchauffer son ventre.
  • Si le froid a pénétré ses membres : laver 2 fois par jour ses pieds avec de l'alcool de vin chaud.
  • Si le froid a pénétré ses mamelles : prendre pour l'équivalent de 4 cuillerées : une poignée de sel, 4 doses d'huile d'aiguilles de sapin et 1 verre de marc de raisin. Bien remuer, chauffer puis en enduire les mamelles pour les réchauffer.

Pour éviter les maladies qui pourraient s'en suivre il y a encore ce médicament :

  • On prend une dose de Vermuth, une poignée de Ruta dit herbe de la sorcière (Ranten), une poignée d'herbes d'Angélica, une poignée de Lobstük, une poignée de racines d'Aron, mélanger le tout dans 3 mesures d'eau. Faire bouillir jusqu'à cuisson des ingrédients. Essorer ces derniers dans un linge et le mélanger dans du saindoux de chien (Hundeschmaltz)
  • Mélanger à la nourriture du matin une demi dose pour les grosses bêtes et moins pour les petites, puis donner le lendemain le produit pur.
  • Le troisième jour mélanger à nouveau à la nourriture. Faire ainsi jusqu'à ce que les animaux arrêtent de vomir ... (si la bête n'a pas crevé avant ! c'est de moi laughing)

La vie poursuit son cours. Florent WUCHER témoignera des événements de son époque et les transcrira jusqu'à sa mort. Retrouvez toute l'histoire de Florent WUCHER, paysan à Valff (1798-1841) :

(1) L'hiver 1829-1830 restera comme l'un des hivers les plus longs et les plus froids en France et en Europe de ce 19ème siècle. Dès la mi-novembre le froid frappa. Les gelées furent très fortes à compter du 16 et elles se prolongèrent jusqu'au 21 février. C'est donc un hiver intense pendant près de 4 mois avec près de 100 jours de gelée. Toutes les rivières et les fleuves sont prises par les glaces comme la Saône, le Rhône, la Meuse, la Dordogne et la Seine (pendant 5 semaines), le Rhin, la Garonne, la Durance. La plupart sont traversables sur la glace ! Sur le Creuse la couche de glace atteint 40 cm. A Tournus, on traverse la Saône avec des charrettes de tonneaux de vin. On fait du patin à Bayonne sur l'Adour. La glace de la Garonne endommage les navires à Bordeaux.

Extrait de l'histoire contemporaine de Strasbourg et de l'Alsace (Charles Staehling - 1884)

Entre le 12 et le 20 janvier, c'est le pic du froid. Le mercure descend régulièrement autour des -30° dans tout l'Est de la France. On note ainsi -26,3° sur Nancy, -28,1° à Mulhouse. Mais ce froid est généralisé. On descend jusqu'à -19,8° sur Dieppe, -17,5° dans la Capitale le 17 janvier, -15° à Toulouse le 29 décembre, -13° sur Avignon, -10,6° sur Bordeaux et même à Marseille le froid est intense avec -10,1° enregistrés les 26 décembre et 2 février. Ce froid provoqua le gel des céréales. De nombreux arbres comme les oliviers, les mûriers, les figuiers comme les vignes périrent en grande quantité. En plus du froid, la neige est souvent présente et recouvre toute l'Europe jusqu'au sud de notre pays comme le Languedoc, la Provence, la Corse et l'Espagne. Elle restera au sol consécutivement 54 jours de décembre à janvier. On relève fréquemment 1 m de neige et des congères de 2 m en Normandie. La neige recouvrit Orange dès le 10 janvier. A Paris la circulation est devenue impossible. Le froid engendre de nombreux décès. Les débâcles des fleuves sont gravissimes. Le 24 janvier le Rhône emporte le pont d'Avignon. Sur la Saône, l'eau sous la glace élève le niveau de 2 m. Les glaçons ont une épaisseur de 50 cm. Les pays les plus touchés sont l'Allemagne et la Belgique. Une meute de loups affamés dévorent le 30 janvier 1830 deux bûcherons dans la forêt de Sélestat. Les pauvres sont les grandes victimes de cet hiver exceptionnel (certaines informations sont tirées de l'Almanach de la météorologie).

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