Juillet 1870 : la guerre franco-prussienne a débuté en Alsace. Alors que les premières batailles font rage dans le Nord, les villes de Colmar et environs sont également en alerte. Suivons les nouvelles de ces régions durant les mois de juillet à novembre 1870 relatées dans le journal Le Courrier des Vosges et le Niederreinischer Kurier.
Déclenchée le 19 juillet 1870, la guerre oppose la Prusse à la France du Second Empire. Dès le 14 septembre, la population de Colmar s'illustre au pont de Horbourg par une résistance marquée, à laquelle prend part le sculpteur Auguste BARTHOLDI.
25 juillet

Serrons la main des volontaires de Colmar. Ils sont entrés à Épinal hier au soir, venant de Mulhouse par Gérardmer. C'est une belle et bonne compagnie, dont 50 soldats ont pu franchir le Rhin et aller faire une courte visite aux Badois. Télégraphes brisés, barques chavirées et bateaux ramenés sur la rive française, telle est la première page de leur campagne. Les volontaires de Colmar sont commandés par M. Aideline.
Quelques escarmouches ont eu lieu entre Colmar et Mulhouse.

Colmar. La confiance dans le succès de nos armes est générale ; elle a gagné les derniers recoins de nos campagnes. Les communes situées à l'extrême frontière sont sans appréhension ; elles fournissent d'enthousiastes contingents, tandis que le reste de la population se livre avec activité aux travaux de la moisson. Dans les centres industriels, la grève ouvrière s'éteint d'elle-même. Il n'en est pour ainsi dire plus question.
Les soldats de toute arme qui étaient en congé dans le département ont rejoint leurs corps. Un service de surveillance de la voie ferrée, pendant la nuit, est fourni par la Société de tir de Colmar. Il s'étend sur un parcours assez considérable. Les enrôlements volontaires sont nombreux. Il y en a pour tous les corps. La Compagnie des francs-tireurs de Colmar en reçoit tous les jours. Elle habille, au moyen d'un fonds provenant de dons patriotiques, ceux des enrôlés pour qui la dépense de l'habillement serait onéreuse (Glaneur alsacien).

La compagnie des francs-tireurs volontaires de Colmar
Concitoyens,
La France, menacée dans son indépendance par les projets ambitieux de la Prusse, est forcée de recourir encore une fois aux armes. C'est le moment de payer notre dette à la patrie. Constituée pour la défense exclusive de ses foyers, la compagnie des francs-tireurs volontaires de Colmar fait appel au patriotisme de ses concitoyens.
Sans crainte comme sans aveuglement, nous envisageons l'avenir qui nous prépare une lutte terrible et décisive. Elle nous sera favorable ; la justice de notre cause, le courage de notre armée et le concours énergique de toute la nation nous en sont le plus sûr garant. Mais sachons parer à toute éventualité passagère. Que tous ceux qui ont conscience du devoir à remplir en cas d'agression s'arment et s'instruisent dès à présent, pour qu'au premier signal ils soient prêts à repousser toute tentative sur les bords du Rhin.
Nos rangs leur sont ouverts.

Ribeauvillé. La matinée de mercredi dernier a été bien bruyante. À 6 heures du matin, les soldats de la réserve ont quitté la ville pour se rendre au chef-lieu du département. Ils ne sont pas partis seuls. Après quelques rafraîchissements pris sur la place de l'Hôtel-de-Ville, ils sont descendus la Grand'rue, tambours et musique en tête, et suivis des autorités de la ville.
Il fallait voir l'entrain des jeunes soldats et de la foule qui leur donnait la conduite. Les cris de Vive la France ! À bas la Prusse ! se sont mêlés au chant de la Marseillaise et aux sons de la fanfare. L'enthousiasme était général. On a bien vu couler quelques larmes : la mère ne quitte pas son enfant sans attendrissement ; le cœur ne perd jamais ses droits. Près du jardin de ville, le maire a adressé à ceux qui partaient quelques paroles patriotiques, et l'on s'est séparé plein de confiance en l'avenir (Messager rural).

26 juillet
Colmar. On nous écrit le 26 juillet : « Un comité est formé depuis plusieurs jours à Colmar pour organiser tous les moyens de venir en aide à nos soldats blessés. Ce comité, auquel on avait attribué d'abord un caractère trop exclusivement administratif, a ouvert ses rangs à tous les hommes de bonne volonté, et il fonctionne déjà avec une grande activité. Les dames de Colmar se sont aussi plusieurs fois réunies en grand nombre dans le but d'établir un atelier permanent où se confectionneraient les bandes, charpies, compresses, etc., destinées aux blessés. Ce travail est déjà commencé ; tous les jours, matin et soir, dans les salons de la mairie, de nombreuses dames confectionnent tous les objets de pansement, après avoir reçu les indications des médecins de la ville. Les élèves des écoles primaires de Colmar ont, comme ceux du lycée et du gymnase catholique, fait l'abandon de leurs prix en faveur de nos militaires qui auront besoin de secours. Nous pouvons dire que nulle part l'élan patriotique ne s'est manifesté avec plus de force et de spontanéité que dans notre ville, qui est prête à tous les sacrifices pour le pays et pour nos vaillants soldats. »
Ribeauvillé. L'élan devient général, et Ribeauvillé ne reste pas en arrière dans le mouvement qui se produit pour le soulagement des soldats qui vont se battre pour la France. Un comité de secours s'est formé dans cette ville et a fait un chaleureux appel à la générosité des habitants ; les dames se sont groupées aussi en comité et ont commencé déjà à confectionner les objets nécessaires aux ambulances. M. LEMERCIER, secrétaire général de la préfecture de Colmar, qui était resté à son poste au moment de l’arrivée des Prussiens et qui avait été retenu quelques jours prisonnier par eux, vient d’être appelé à Tours pour rendre compte de sa conduite. À la suite de son entrevue avec les membres de la délégation nationale, M. LEMERCIER aurait reçu, dit-on, sa nomination à la préfecture de la Manche.
31 juillet
Dimanche dernier à Colmar, on a vu circuler dans les rues un officier étranger dont la tenue faisait croire à de nombreuses personnes qui admiraient que c'était un Prussien. Il a été suivi par une grande foule. Sa belle tenue, consistant en un képi bordé d'argent, une tunique, une gibecière, une épée, des bottes à éperons, une écharpe rouge autour du corps. Conduit devant l'autorité, cet officier a déclaré se nommer MAYEWSKI, lieutenant, âgé de 22 ans, ayant servi dans l'armée de GARIBALDI. Il a ajouté être volontaire polonais et vouloir servir dans l'armée française. Lundi, il a été conduit à Belfort devant le général commandant le 7ᵉ corps d'armée, pour que là, il soit dirigé sur un corps en service.
Réguisheim. On nous écrit le 1ᵉʳ août : « Aujourd'hui à 11 heures, notre garde mobile a quitté notre village, accompagnée de la musique et du drapeau en tête, suivie de M. le maire, de plusieurs conseillers municipaux et de toute la population. M. le maire a fait dresser une table hors du village, et a fait donner aux partants quelques bonnes bouteilles de vin ; on s'est arrêté là pendant une demi-heure, et la musique a joué la Marseillaise pendant tout le trajet, le sieur TAESCH, sellier, leur a fait une bonne et chaleureuse allocution qui a été suivie des hourras de toute la population ».

Kaysersberg. On nous écrit, le 2 août : « Hier, les jeunes gens de notre canton, faisant partie de la garde mobile, ont quitté leurs foyers pour se rendre sur les lieux de ralliement. Un grand nombre ont quitté Kaysersberg musique en tête et aux cris de : "Vive la France !". Une assez grande partie des fonds déposés à la Caisse d'épargne de notre ville a été retirée dimanche dernier. C'est moins le manque de confiance en cette utile institution qui, d'ailleurs, offre toutes les garanties possibles, que la nécessité créée par les circonstances, qui force nos populations à avoir recours à leurs épargnes ».
10 août
Colmar. « Ce soir, on commence à se rassurer : les troupes allemandes n'ont, paraît-il, passé le Rhin sur aucun point. Au contraire, on prétend qu'elles ont reçu l'ordre de se concentrer jusqu'au dernier homme à Rastadt. La panique a produit son effet sur les établissements industriels. Les fabriques du Logelbach ont cessé le travail en tout ou en partie, et les ouvriers sont pour le moment sur le pavé. Sur l'initiative de quelques citoyens, une partie de la population s'est formée en police, en patrouilles volontaires.
Dans nos environs, il y a eu quelques excès regrettables contre des Allemands. À Colmar même, quelques jeunes gens se sont portés hier soir contre le cirque Loyal, établi au Champ-de-Mars, et l'ont en partie démoli, sous prétexte que Mme LOYAL serait d'origine prussienne. On voit de temps en temps passer des voitures de linge, des bestiaux, que nos villageois conduisent dans la vallée de Munster, pour les mettre en sûreté.
Il y a quelques jours, voyant une grande lueur du côté du Rhin, on a cru, dans nos environs, que Neuf-Brisach était en flammes. C'était Vieux-Brisach qui illuminait pour se réjouir de la victoire prussienne. Il y a quelques jours, voyant une grande lueur du côté du Rhin, on a cru, dans nos environs, que Neuf-Brisach était en flammes. C'était Vieux-Brisach qui illuminait pour se réjouir de la victoire prussienne à Wissembourg ».

11 août
Colmar, c'est la panique. Le maire de Colmar fit publier le 8 que les ennemis étaient à la porte de la ville et qu'il fallait les recevoir sans résister. Les trains ne circulent plus et les kiosques à journaux sont vides. On a vu un grand nombre de la population en charrettes entassées de malles fuir vers Kaysersberg en direction de l'intérieur du pays.
14 septembre
Le Glaneur alsacien publie quelques détails sur l'invasion de Colmar dans la journée de mardi 14 septembre. Cette invasion fut annoncée la veille par des cultivateurs de Grussenheim et de Jebsheim qui fuyaient avec leurs chevaux. Les postes de la garde nationale furent renforcés, et, à l'insu de l'autorité civile, deux compagnies de francs-tireurs partirent la nuit pour aller au-devant des envahisseurs, dont le nombre était plus considérable qu'on ne l'avait cru tout d'abord. Obligés de se replier, les francs-tireurs se trouvaient au point du jour entre Horbourg et Colmar, où ils furent bientôt rejoints par d'autres volontaires. Une vraie fusillade s'engagea avec l'avant-garde prussienne ; mais plusieurs pièces d'artillerie arrivant au débouché du pont de Horbourg, il fallut, par prudence, renoncer à une lutte trop inégale.
« Ainsi, hier soir, le bruit courait encore à Mulhouse qu'un corps prussien d'environ 15 000 hommes était apparu à Waldshut, près de Schaffhouse, et qu'il se préparait à descendre le cours du Rhin pour venir nous envahir. Fausse alarme encore une fois. Ces 15 000 Prussiens se sont réduits à 2 000 soldats badois qui ont traversé hier Lœrrach, et qui se sont dirigés vers la Forêt-Noire, apparemment pour se rendre du côté de Strasbourg, où est le centre de leurs opérations ».
Les communications sont interrompues entre Colmar et Mulhouse depuis le 14, à 11 heures du matin. Un corps ennemi assez important avec artillerie occupe la ville.

Le journal rapporte que, dans la matinée du 14 septembre, c’est-à-dire le jour même où Colmar fut envahi, un régiment de dragons, fort de 450 cavaliers prussiens, débouchant de Biesheim, se trouva en face de 200 gardes nationaux qui lui opposèrent une résistance sérieuse. Les nationaux combattirent avec une grande fermeté et sans espoir d’être secourus ; ils tuèrent à l’ennemi 6 à 12 cavaliers, en blessèrent une douzaine, et n’ont cédé qu’écrasés par le nombre. Ils ont perdu 2 hommes et ramené 10 blessés, parmi lesquels un capitaine de pompiers, M. THUET.

Le 15, un détachement du général Kéler (KELLER) a repoussé 200 francs-tireurs près de Biesheim et Colmar.

22 septembre
Colmar.


20 septembre
Colmar, 20 septembre, soir. Le département du Haut-Rhin est complètement évacué par l’ennemi. Les opérations du tirage au sort recommencent.

26 septembre


8 octobre
La ville de Colmar a été occupée une heure par des uhlans venus avec de l'artillerie.
15 octobre
Colmar. « Ce matin, les troupes allemandes sont retournées de leur excursion à Mulhouse. Les hulans ont fait la semaine dernière différentes incursions dans les cantons de Huningue, Landser, Altkirch, Hirsingen et jusque vers Colmar ».

Epilogue
Après la cessation des combats le 29 janvier 1871, la France vaincue ratifie le traité de Francfort le 10 mai 1871. Par cet accord, elle cède l'Alsace et la Moselle à la Prusse. Colmar est alors désignée chef-lieu du district de la Haute-Alsace au sein du Reichsland d'Alsace-Lorraine.
Malgré la tutelle germanique, le conseil municipal colmarien demeure en fonction et l'occupant tolère la tenue des élections à l'Assemblée constituante française. Grâce à une clause libérale du traité de paix, plus de 3 000 Colmariens choisissent de conserver la nationalité française. L'usage du français sera toutefois définitivement proscrit des textes officiels en 1883.
Sources :
- Gallica
- Illustrations manquantes par IA
Autres articles sur la guerre de 1870 en Alsace :
- Semaine du 18 au 24 juillet (partie 1)
- Semaine du 25 au 31 juillet (partie 2)
- Semaine du 1ᵉʳ au 7 août (partie 3)
- Semaine du 8 au 14 août (partie 4)
- Semaine du 15 au 21 août (partie 5)
- Semaine du 22 au 28 août (partie 6)
- Semaine du 29 août au 5 septembre (partie 7)
- Septembre et la capitulation bouleversantes de Strasbourg (partie 8, 1/2)
- Septembre et la capitulation bouleversantes de Strasbourg (partie 9, 2/2)
- La guerre à Neuf Brisach (partie 10)
- La guerre à Mulhouse, Guebwiller et Thann (partie 11)
- La guerre à Colmar, Ribeauvillé et Riquewihr (partie 12)
- La guerre à Barr, Obernai, Benfeld, Erstein, Andlau, Molsheim et Schirmeck (partie 13)