Les nouvelles n'arrivent plus. Le Courrier des Vosges publie le 16 des informations de Mulhouse datant du 9 août qui parlent d'une ville désertée par les troupes et ses habitants. La compagnie des chemins de fer a déménagé la gare, les communications sont coupées, les banques ont retiré leurs liquidités. Quelle est la situation dans les autres lieux d'Alsace ? Revue de presse.

15 août

Le courrier du Bas-Rhin relate que la journée d'hier a été fort animée à Strasbourg. Les rues étaient pleines de monde ; les conversations s'établissaient sur les trottoirs, mais sans agitation extraordinaire. sans autre préoccupation que le désir d'apprendre ce qui se passait sur les remparts et hors des portes. Dans le faubourg de Pierre, on s'entretenait de l'échec qu'une compagnie du 2ᵉ régiment d'infanterie badoise avait éprouvé la veille au soir au cimetière Sainte-Hélène (Schiltigheim), des morts et des blessés qu'elle avait dû laisser lorsque les canons de nos remparts l'eurent débusquée de la position qu'elle avait prise.

Charles Jules BROUTTA, le cimetière Sainte-Hélène en 1870

Nous avons pu raconter hier avec tous ses détails cet engagement ; nous le tenions d'un témoin oculaire, qui avait recueilli lui-même plusieurs blessés dans sa maison, et assisté à leur départ pendant la nuit. Ce n'est pas la première fois, du reste, que le cimetière Sainte-Hélène, situé hors du faubourg de Pierres, à l'angle de deux routes et en face de la porte, est devenu une position stratégique. Lors du blocus de 1814, le général BROUSSIER, qui commandait à Strasbourg, avait transformé ce cimetière en un ouvrage retranché ; il l'avait entouré d'un fossé qui subsiste encore en partie.

En 1814, la garde nationale faisait un service très actif car le général BROUSSIER n'avait à sa disposition que 7000 hommes, affaiblis par les maladies, surtout par le typhus. La batterie de la garde nationale occupait le cimetière Saint-Hélène et les avant-postes étaient établis sur la route de Schiltigheim, qui se trouvait à une bien plus grande distance de la ville, car la série de maisons les plus rapprochées aujourd'hui de Strasbourg n'existait pas à cette époque. À l'endroit où se prolonge aujourd'hui Koenigshoffen, il n'y avait alors que deux ou trois maisons, au-delà desquelles étaient les avant-postes français. Nos vedettes, surveillant les environs, étaient sur la tourelle du Schnackenloch, au-delà du cimetière Saint-Gall, dont on avait également fait une position stratégique.

On s'occupait également hier, dans nos faubourgs, de quelques projectiles que l'ennemi avait lancés dans la ville. Les Badois, car ce sont les troupes badoises seules qui entourent Strasbourg en ce moment, ont construit une batterie du côté de Hausbergen, à mi-côte. Cette batterie n'est pas armée de pièces de siège, mais de pièces de campagne et de quelques obusiers. Ils ont eu l'air de diriger de cette batterie quelques parallèles vers des maisons isolées situées près de Koenigshoffen, mais hier, à 2 heures, l'artillerie de nos remparts les a délogés d'une de ces maisons. Les projectiles, lancés depuis cette batterie de Hausbergen lorsqu'ils arrivent en ville, peuvent produire quelques accidents ou dégâts. mais ils sont restreints, nous assure-t-on.

Ainsi, samedi, un obus, le premier, a fait quelques dégâts à des toitures et cheminées du faubourg de Saverne, et est allé même se loger dans la maison de M. WEIN, couvreur, 35, rue du Marais-vert. Hier après-midi, il est tombé quelques projectiles sur le Mont-de-Piété, puis dans la gare du chemin de fer, sur la maison de M. BOERSCH, jardinier, rue Moll, sur les maisons de MM. KOEHLER et André HOERTER, au faubourg de Saverne. Le seul obus qui ait eu une portée plus grave est celui qui est venu briser vers trois heures et demie le candélabre à gaz au coin de la rue de Kuhn et du faubourg de Saverne. Il a fait exploser l'angle de la maison voisine. Un nommé UIRICH, âgé de 47 ans, qui était occupé, dans le faubourg de Saverne, à transporter des sacs de grains, fut atteint dans le haut de la cuisse gauche par un fragment de boulet explosif. Deux femmes, qui se trouvaient à proximité, ont également été atteintes. Les blessés ont été transportés à l'hôpital civil dans une des salles de M. le professeur RIGAUD, et le fragment de boulet a pu être extrait de la cuisse d'ULRICH.

Joseph ULRICH était porteur de sac, marié de Lixhausen, âgé de 47 ans, décédé le 16 août à l'hôpital civil des suites de ses blessures. Est également décédée au faubourg de Saverne, Elisabeth JUNKER, 70 ans.

Un autre blessé a également été blessé à la Halle couverte, où il a reçu les premiers soins : le jeune homme de 19 ans s'appelle Edouard MALER. Hier malin, vers neuf heures, il se trouvait sur la grande route de Koenigshoffen, allant chez un de ses amis, lorsqu'il vit venir à lui à travers champs un cavalier et un fantassin allemands. Ce dernier tira sur MALER à la distance d'environ 70 mètres, et l'atteignit à l'arrière de l'épaule gauche d'une balle qui lui laboura le dos et vint se loger en dessous de son omoplate, qu'elle fractura. La balle a pu être extraite. Édouard MALER, 19 ans, était né à Strasbourg et décéda le 6 septembre des suites de ses blessures à l'hôpital civil.

Ce sont là des accidents très regrettables sans doute, mais partiels. Des mesures avaient été prises pour le cas où l'un des projectiles causerait un incendie. Les postes de pompiers avaient été doublés ; le matériel des dépôts de pompes des faubourgs avait été doublé aussi, de sorte qu'en peu d'instants, en cas de besoin, les secours pouvaient être là et le feu arrêté dès son origine. 

On assurait hier que les Badois occupaient une partie de la Robertsau, et qu'ils avaient donné ordre aux habitants d'évacuer jusqu'à aujourd'hui, à quatre heures du soir. Un grand nombre de bateaux venant de la Robertsau avec des meubles et ustensiles sont en effet entrés en ville hier par l'III. Une reconnaissance, composée de plusieurs pelotons de cavalerie, de plusieurs pièces d'artillerie et d'un corps d'infanterie, est sortie hier dans l'après-midi par la porte des Pêcheurs pour constater les choses dans cette partie de la banlieue. Elle n'a rencontré que quelques faibles postes, avec lesquels elle a échangé des coups de fusil. Les Badois ont eu plusieurs hommes tués ou blessés. Personne n'a été atteint du côté des Français. Après avoir parcouru la Robertsau, sans autre incident, la reconnaissance est rentrée en ville, vers sept heures du soir, par la porte des Pêcheurs. Ce matin, vers trois heures, une formidable explosion a réveillé la ville entière. C'était le pont à colonnes de la grande allée de la Robertsau que les Badois avaient fait sauter, sans doute par suite de la reconnaissance. Les communications directes entre la ville et la partie de la Robertsau qui se trouve au-delà du canal sont pour le moment interrompues.

Le 16 août, on recense 2 soldats français tués à la Robertsau : il s'agit des soldats Victor Jean-Louis BERTICAT du 18ᵉ régiment de lignes et d'un soldat inconnu du 2ᵉ régiment de tirailleurs algériens.

16 août

Nous avons reçu de divers côtés des informations sur la situation dans un certain rayon autour de Strasbourg et dans le département. Il parait positif que les Prussiens ne sont plus dans les environs de Strasbourg. Ce sont des troupes badoises, commandées par le général de BAYER, et des Bavarois qui cernent la ville. Le grand-duc de Bade serait de sa personne à Mundolsheim. Ces corps badois et bavarois ne seraient pas très nombreux. Ils ne se prolongeraient, dans la direction du Sud, que jusqu'à Erstein. Une personne venue hier du Haut-Rhin n'a pas vu d'ennemis au-delà d'Erstein et Graffenstaden, elle a à peine aperçu deux à trois cents soldats badois.

Au-dessous d'Erstein, l'Alsace est dans une situation parfaitement normale. Il n'y a aucune trace d'invasion allemande. Le chemin de fer et le télégraphe fonctionnent librement, à ce qu'on nous assure ; et c'est une dépêche télégraphique du préfet du Haut-Rhin, affichée vendredi soir sur les murs de Paris, annonçant que Strasbourg est investi par un corps armé qui a fait connaitre pourquoi il n'arrivait plus de nouvelles à Strasbourg. Les portes de Schlestadt sont fermées. Les arbres autour de la ville ont été abattus, ceux de la promenade également. Le pont du chemin est détruit à Fegersheim. Ainsi rien d'extraordinaire dans tout le département du Haut-Rhin, sauf l'interruption de toute communication par chemin de fer et par télégraphe avec Strasbourg. L'attitude des populations de cette partie de l'Alsace est partout calme et ferme.

Les troupes allemandes couvrent au contraire la partie septentrionale du Bas-Rhin. Avant-hier, nous dit-on, le 34ᵉ régiment de ligne prussien (Poméranie) se trouvait à Haguenau. Cette ville, comme toutes celles occupées par les Allemands, est en relation avec la Bavière rhénane par les chemins de fer qui ont été rétablis, et dont le service est fait par des agents allemands. Tous les chefs de gare et chefs de trains français ont été remplacés. La poste fonctionne. Les lettres et journaux français arrivent régulièrement par la voie d'Allemagne. Les lettres particulières à expédier d'une des localités occupées de l'Alsace doivent être remises ouvertes à la poste.

À Wissembourg et à Niederdronn, où des régiments allemands, badois et bavarois sont installés, les musiques de ces régiments jouent à la promenade. Voici du reste quelques actes officiels émanant des chefs militaires qui occupent les villages français. Le premier est une proclamation du général badois BAYER, adressée aux habitants de l'Alsace, et qu'on a trouvée affichée dans une guérite près de Kœnigshofen.

18 août

19 août

Constats sur la situation difficile sur la ville de Strasbourg [lire des témoignages personnels].

20 août

Le Courrier des Vosges raconte comment un corps de Prussiens est arrivé de Rothau et Schirmeck et a été chassé à coups de fusils par la troupe de Sélestat avec l'aide des paysans armés du canton de Villé. Une lettre provenant de Strasbourg indique que les Prussiens semblent se retirer et que, du côté des soldats français, il n'y aurait eu aucune perte (ce qui est faux, comme nous le savons de la Fédération des sociétés d'histoire et d'archéologie d'Alsace).

L'établissement d'éducation pour jeunes filles au 8 rue de l'Arc-en-Ciel appartenant au diocèse a été atteint par un obus. Plusieurs jeunes filles ont été blessées. Elles ont été transportées par l'ambulance du Petit séminaire à l'hôpital civil. Plusieurs d'entre elles ont dû être amputées. La jeune Eugénie WALTER de Villé, âgée de 16 ans, décédera sur place ainsi que la couturière Marguerite REINHARD, 28 ans de Bavière, Louise JUNG, 17 ans de Strasbourg et Bertha KLEIN, 14 ans de Strasbourg.

Point sur les soldats décédés dans la semaine à l'hôpital militaire de Strasbourg

  • Louis Arsène VIGNY : né à Crisolles (Oise), 23 ans, mort le 16 août route de Colmar, soldat au 5ᵉ régiment d'artillerie monté
  • Pierre LEHNER : né à Saint-Martin-en-Fontaine (Rhône), 25 ans, mort le 16 août route de Colmar, soldat au 5ᵉ régiment d'artillerie
  • François Joseph GRAU : né à Eichhoffen, 25 ans, mort le 16 août route de Colmar, soldat au 5ᵉ régiment d'artillerie. En marge de l'acte, il est écrit : « Il résulte du maire d'Eichhoffen en date du 19 novembre 1871 que le nommé François Joseph GRAU n'est pas mort. »
  • Armand LE BON : né à Ambert (Puy-de-Dôme), 27 ans, mort le 16 août, 45ᵉ régiment d'infanterie
  • Un soldat algérien inconnu du 3ᵉ régiment de tirailleurs algériens décédé le 16 août à la Robertsau (rue Haniel ?).
  • tout comme Victor Jean Louis BERTOUCAT, né à Lesme (Saône-et-Loire), 23 ans, habitant à Paris, sergent au 18ᵉ régiment de lignes

Une escarmouche, route de Colmar, tua 3 soldats, qui sont indiqués décédés le 16 à cet endroit, et Armand LE BON mort à l'hôpital militaire des suites de ses blessures. Le colonel FIEVET sera blessé à la jambe et déclaré infirme par un tir ennemi.

  • Laurent Antoine BOLINAT : né comme BERTOUCAT cité précédemment à Lemes (Saône-et-Loire), 23 ans, mort le 16 août, soldat au 18ᵉ régiment de lignes
  • François Marie BRAS : né à Phénoux (Plounéour-Ménez ? – Finistère), 26 ans, mort le 19 août à la porte de Saverne, 87ᵉ régiment de lignes
  • Ahmet Ould ALI : mort le 19 août, soldat au 1ᵉʳ régiment de tirailleurs algériens n°5602
  • Inconnu, n°3914, mort le 19 août à la Citadelle, soldat au 2ᵉ régiment de tirailleurs algériens. Il s'agit d'un des deux tués dont un témoin a fait le rapport au journal Le Courrier du Bas-Rhin.

Faubourg de Saverne

Sources :

  • Gallica
  • Illustrations manquantes par IA

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De Valva à Valff, c’est tout d’abord un livre. A la fin des années 80, André VOEGEL et Rémy VOEGEL, Valffois et passionnés d'histoire, écrivent « De Valva à Valff » qui raconte l'histoire de la commune, petit village alsacien à proximité d'Obernai. L'ouvrage reprend, chapitre après chapitre, son histoire et celles de ses habitants. Dans les années 2010, Rémy VOEGEL complète la connaissance du village par divers textes édités dans le bulletin communal. 

Suite au décès d’André VOEGEL en février 2017, Rémy et Frédéric, son fils, se lance le défi de partager via le présent site les archives dématérialisées du livre, les vidéos de Charles SCHULTZ, sans oublier la publication des 40 classeurs historiques d’Antoine MULLER. Ces classeurs sont une mine d'or incroyable, car ils retracent en images toute l'histoire du village, de ses associations et de ses habitants.

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