1912. Valff est en ébullition : le Kaiser Guillaume II va passer dans le village alors qu'il est en route pour le Haut-Koenigsbourg. Mais passer ne veut pas ... s'y arrêter !
Costumes impeccables, discours bien huilé …
Les élus, en tête le maire, arborent chapeaux, haut-de-forme et costumes fraîchement brossés. Le discours, long et dithyrambique, a été répété à l’infini. Il faut marquer l’événement comme il se doit : on parle tout de même du Kaiser, l’Empereur d’Allemagne, roi de Prusse !
Les drapeaux noir, blanc et rouge du Reich flottent dans l’air... détrempé. Une pluie persistante s’est invitée, transformant les rues en bourbier. Mais qu’importe ! Pas de parapluies, et les pieds dans la boue : personne ne se plaint, l’Empereur vaut bien quelques sacrifices.
Photo de 1912 faite à l'occasion du passage de l'Empereur d'Allemagne, Roi de Prusse, Wilhelm II
« D’r Kaiser kommt ! »… et il repart aussi vite
Soudain, des cris s’élèvent du bas du village : « D’r Kaiser kommt ! Le Kaiser arrive ! ». L’instant est solennel. Un silence religieux s’installe. À un signe du maître d’école, les enfants entonnent en chœur le chant qu’ils répètent depuis des semaines. Les femmes ajustent une dernière fois leur coiffe ; les hommes se redressent, le buste fier, prêts à saluer l’Histoire. Et là, dans un vrombissement d’ingénierie allemande, la Mercedes-Benz impériale approche … puis passe. Elle passe. Sans s’arrêter. Sans un mot. Sans un salut.

Et après ? Et bien … rien
Les regards se croisent, les visages s’allongent. Les gens se regardent, haussent les épaules, évitent les questions. Le cortège a filé, indifférent et disparait dans le virage du haut-village. Heureusement, un photographe présent ce jour-là immortalise la scène. Après tout, quelqu’un finira bien par lui acheter une photo. On pose bravement. On sourit. Ce n’est pas tous les jours qu’on peut dire : « J’y étais, le jour où le Kaiser a traversé Valff sans s’arrêter ». Peut-être que la pluie... ou la boue... ou simplement l’envie de rester au sec a dissuadé l’Empereur. Ses admirateurs trouveront bien une excuse. L’honneur alsacien est sauf.
Ironie de l’histoire : quelques mois plus tard, le Parlement d’Alsace adopte un drapeau régional. Rouge et blanc. Un pied de nez au Kaiser ? Sûrement. Mais une chose est sûre : le drapeau alsacien est né… et il ne s’est pas contenté de passer sans s’arrêter.
Sources :
- Fond Antoine MULLER
- En savoir plus : Gloire à l'Empereur !
