Imaginez la joie qu'ont du ressentir les habitants du village, joie exprimée dans toute l'Europe libérée, ce fameux 8 mai 1945. Mais voilà ! A Valff, les expressions de liesse euphoriques ont conduit à la catastrophe.

Les faits 

Le 7 juin 1948, un courrier du Ministère de la reconstitution et de l'Urbanisme de Sélestat parvient à la mairie de Valff qui rappelle l'évènement suivant :

Le lendemain du jour de l'armistice, des militaires français cantonnés dans le village auraient tiré des fusées militaires qu'ils avaient préalablement dérobé du stock amoncelé dans les dépendances de la veuve Marie WERCK au n°185 de la rue Principale. En date du 3 janvier 1848, le Maire de la commune informe le tribunal administratif d'Alsace Lorraine qui a été appelé à trancher par suite du dépôt de plainte de la Caisse Mutuelle Incendie de l'Est et qui refuse de payer les dégâts, les faits suivants :

  • Il est avéré que l'incendie a été provoqué par des tirs de fusées éclairantes
  • Dans le village était cantonné une compagnie sous les ordres d'un Lieutenant commandant la Place de Valff et habitant dans le village
  • La fête était spontanée et aucune festivité n'avait été organisée par la commune et encore moins un feu d'artifice
  • L'enquête de gendarmerie a conclu que l'auteur est inconnu
  • Des civils attestent avoir vu des militaires tirer des fusées
  • Mme WERCK, chez qui un stock de munitions était entreposé, affirme que des soldats, après avoir cassé les carreaux une demi-heure avant l'incendie, ont dérobé des munitions
  • Les témoignages des civils ont été tardifs parce qu'ils voulaient éviter des discordes avec les militaires et pensaient que les réparations seraient pris en charge par le Service des Dommages de Guerre
  • Qu'il est malvenu que l'assurance affirme que la commune a laissé traîner dans la nature des munitions
  • Si on rend responsable la commune, il faudrait alors rendre responsable toutes les communes qui ont eu des sinistres de guerre !

La fusée qui est tombée chez Blaise ANDRES, n°102, et dont le feu s'est étendu aux granges n°99 de Xavier VOEGEL, Eugène SPECHT n°100 et Florent ANDRES n°105, étaient des maisons qui avaient déjà subi des dommages lors de l'explosion d'un obus tiré par les allemands de la région du Ried le 19 janvier 1945.

Le dépôt de munitions

Le dépôt de munitions se trouvait chez la veuve Marie WERCK au n°185 de la rue Principale. Ce lieu avait été choisi parce que cette ancienne exploitation agricole n'était plus en service et les lieux vidés. D'après le témoignage de François FOESSER et son épouse, actuels propriétaires, il y avait en 1945 des munitions qui étaient empilés dans tous les recoins et jusque dans la buanderie accolée à la maison d'habitation.

Dépendances de la ferme Marie WERCK

Le jugement et les suites

L'incendie qui a ravagé les granges a donc finalement été considéré par les autorités juridiques comme étant un sinistre occasionné par dégât de guerre. Les granges dz Blaise ANDRES et de Xavier VOEGEL ont du être arrachées et reconstruites. C'est le ministère de la reconstruction qui a subventionné les travaux. Blaise ANDRES a en plus ajouté la liste suivante de ses biens déjà détruits lors du tir d'artillerie du 9 janvier 1945.

Pertes : maison et portail, poële et tuyau, horloge, glace, vitrine, lampe, chaises, buffet, cuisinière, bonnetière, coffre avec vaisselle en porcelaine, balance, coffre à farine, 1 rateau, 2 faux, 1 sester, 4 douzaines d'avoines, 25 sacs, 1 douzaine de tabac, 3 pantalons, 1 veste, 2 paires de chaussures, 2 robes, 3 tabliers, 1 seau et 2 casseroles

Plan et inventaire des dépendances sinistrées. Ici colorié en rouge les habitations concernées par l'incendie du 7 mai et du bombardement de janvier 1945

L'école de Valff a également souffert pendant la présence des soldats français. Quelques meubles, du plancher au plafond en passant par les murs, tout a été additionné sur l'ardoise à payer par l'administration. Les autorités n'ont pas été pingres puisque le service de comptabilité des Anciens combattants et Victimes de Guerre a, par exemple, accepté de prendre en charge, sur simple déclaration sur l'honneur d'Edouard HERRMANN, le fourrage que des réfugiés lui avaient subtilisé en janvier 45. Sont répertorié dans les archives à la mairie, une longue suite de listes de particuliers qui ont tous inventorié leurs articles détruits par les faits de guerre. Bien entendu, personne n'a rajouté quoi-que-ce-soit de plus ...

Sources :

  • Archives de la commune
  • Remerciements à François FOESSER pour sa collaboration et accueil

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