L'histoire de l'automobile a été pour moi un thème des plus passionnant et des plus captivant. Mais avant d'aborder l'état du parc automobile à Valff avant la seconde guerre, effleurons brièvement l'histoire automobile en Alsace. Avec l'expansion de la mécanisation à la fin du XIXe siècle, naissent les premiers véhicules motorisés. L'Alsace ne fit pas exception.

Un recensement de 1905 inventore 9 véhicules circulant dans l'arrondissement de Wissembourg dont quelques allemandes et une De Dietrich Phaeton. Pour vendre une voiture en Alsace, les constructeurs français devaient la convoyer à Berlin chez Mercedes qui s'occupait de la livrer en Alsace. Une Peugeot fabriquée à Sochaux faisait donc un détour via Berlin ce qui augmentait ainsi son coût de fabrication. Du protectionnisme avant l'heure !

En 1906 le Bezikspräsident Elsass Lothringen (Président de la région Alsace Lorraine) envoie une lettre au Kreisschuhlinspektor (inspecteur d'académie). Le document dévoile les sentiments récalcitrants de la population à l'encontre de l'automobile (Motorfahrzeuge, machines à moteur). Le président rapporte que certains habitants bombardent les véhicules avec du fumier, des excréments, des cailloux et autres projectiles. On sème des clous, des tessons de bouteilles, barricade les routes de pierres et une grande hostilité se manifeste à l'encontre des conducteurs jusqu'à leur atteindre au péril de leur vie. Il conseille aux enseignants d'expliquer aux enfants, et dans la foulée à leurs parents, que la voiture est l'invention du siècle et qu'elle contribuera à la prospérité économique du pays. « Was der Bür net kannt fresster net » (« Ce que le paysan ne connaît pas, il ne le mange pas non plus », proverbe alsacien). 

Et à Valff ? 

La première mention d'un conducteur dans notre commune remonte à 1913. Le 2 septembre un chauffard traverse à tombeau ouvert le village [en savoir plus : Un chauffard à Valff !]. Au passage il tue plusieurs poules et le chien de l'aubergiste Léo GYSS propriétaire du restaurant « Au soleil ». Celui-ci pique un sprint vers le poste de télégraphe dans la rue Thomas pour télégraphier aux communes voisines. Peine perdue ! L'assassin est déjà loin : foutues machines infernales ! Il faut dire qu'il roulait au moins à ... 30 km/h ce « sémbel  » !

Première guerre : on apprend que Jean MONSCH déclarant la naissance de son fils est conducteur de camion. Pour rassurer les détracteurs, la vitesse maximum autorisée fut limitée à 30 km/h en campagne et 12 km/h en agglomération ce qui correspondait au galop et au trot d'un cheval. Un automobiliste de St Dié fut lourdement condamné par le tribunal de Colmar pour avoir dépassé en ville la vitesse hallucinante de 12 km/h. Certains automobilistes s'équipent d'un système appelé « chasse-poules » qui ouvrait un clapet sur l'échappement et faisait pétarader l'engin en échappement libre. Les premières automobiles, des pièces uniques, étaient souvent imaginées et fabriquées par des constructeurs de vélocipèdes. Le guide Michelin de 1900 préconisait aux propriétaires d'avoir dans leur caisse à outil ... une bobine de fil de fer !

Avant la deuxième guerre il existe en France plus de 200 constructeurs automobiles. Mais le besoin de financement pour innovations, la crise de 1929 et la concurrence acharnée sonnera le glas de nombreuses marques. Le prix d'acquisition d'une voiture populaire, était l'équivalent à environ 2 ans et demi de salaire d'un ouvrier. Un possesseur dépensait en 5 ans ( taxes, carburant, pneus et autres frais) le prix d'achat de l'automobile. Pour une petite Peugeot des années 30 par exemple, il fallait compter 7 litres d'huile moteur, la première vidange à 500 km et les suivantes tous les 750 à 1000 km. Un litre d'essence coûtait en 1900 le double du salaire horaire d'un ouvrier soit 50 centimes.

Accident près de Strasbourg vers 1930 (Fond BLUMER, archives de Strasbourg)

Dans les années trente la tendance s'inverse et le litre passe à 2 frs pour 4 frs 70 de l'heure de travail. Par comparaison, en 2013 on verse à la pompe 6 litres d'essence avec le salaire d'un heure du smic. Pour palier à la qualité médiocre des carburants de moults fabricants (mélange essence alcool), une tirette du tableau de bord permettait le réglage de l'avance à l'allumage pour améliorer le rendement du moteur. Les freins étaient aussi symboliques. Au début des années 20, les bolides ne possédaient souvent qu'un frein à main manuel à l'extérieur de la carrosserie qui freinait les roues arrières. Plus tard, les automobiles furent équipées de freins à câbles, genre freins à vélo. Le châssis rigide était surmonté d'une armature en bois de frêne sur laquelle les constructeurs clouaient la tôle. Avec l'augmentation des engins motorisés augmenta aussi le nombre d'accidents mortels. En 1924, rien que pour la France et l'Algérie on recense 1594 accidents qui causèrent 1626 décès. Pour 1934 le chiffre monte en flèche : 4413 accidents et 4737 décès dont :

  • 2512 imputables aux conducteurs en état d'ébriété,
  • 1321 à l'imprudence de piétons,
  • 107 à la vétusté du matériel,
  • 480 à l'état des routes et des conditions atmosphériques,
  • 317 pour causes inconnues.

En 1934 pour un parc automobile français de seulement 1 500 000 véhicules, le nombre de morts est supérieur à celui de 2014 (3388). Les assurances n'étant pas encore obligatoires, avec les accidents augmentent aussi les délits de fuite. En 1932 le préfet du Bas-Rhin impose aux garagistes de remplir un formulaire dans lequel ils devaient noter toutes informations sur les véhicules accidentés a réparer. Le monde changeait rapidement et les vieilles habitudes n'étaient plus conciliables. La Fédération des automobiles-club de France écrivit en 1933 aux maires en leur demandant d'interdire aux maréchaux-ferrants, serruriers et autres artisans qui avaient l'habitude de travailler devant leur atelier, de laisser traîner des clous sur la voie publique. Les automobilistes en avaient mares de sortir les démonte-pneus et coller des rustines ! Alors envie d'une voiture ancienne ? Et pourquoi pas une Bugatti ? Ne laissez pas passer cette occasion !

Annonce du garage Joseph MEYER de Strasbourg Neudorf en 1927

Cette annonce paru dans le journal « Der Elsaesser » de 1927 fera peut-être de vous l'heureux propriétaire d'une Bugatti. Il vous faudra dépenser l'équivalent de 42000 anciens francs, soit seulement ... 15325 euros actuels ! Pas mal non ? Une bonne occase. L'automobile est comme une toile de maître, plus elle est vieille plus elle prend de la valeur...

Envie d'en savoir plus sur l'histoire de l'automobile à Valff ? Les femmes au volant sont-elles aptes à conduire ? Ne manquez pas la deuxième partie de l'histoire de l'automobile en Alsace et à Valff !

Crédits :

  • Archives de Strasbourg
  • Archives départementales du Bas-Rhin
  • Gallica

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