Pétronille SCHERER naît à Valff le 2 juin 1822. Fille de Jacques et d'Anne-Marie MEISTERSHEIM, elle vit au n°19 de l'époque dans la rue Haute. Jacques décède alors qu'elle n'a que 10 ans. Sa mère et son frère Antoine partagent maintenant leur maison avec la famille d'Anne-Marie. Les aînés subviennent grâce au métier de journalier mais survivent difficilement. Ils finissent par déménager de Valff. 

Le 18 décembre 1851, Pétronille fait la une des journaux. Ce jeudi d'hiver, elle se tient debout, face au jury de la Cour d'Assise du Bas-Rhin à Strasbourg. Elle est accusée d'un double meurtre sur ses enfants. Pétronelle qui vit maintenant à Mittelbergheim est fermement encadrée par deux gendarmes en tenue stricte. Le substitut d'un ton monocorde, présente sa situation familiale. Les auditeurs apprendront, entre-autres, qu'elle a épousé il y a deux ans Joseph FISCHER, un maçon de Mittelbergheim. Puis, ce sera au tour des appelés de s'avancer à la barre. L'avocat de la défense, Maître KASTLER ainsi que Maître KUENEMANN, substitut du procureur, s'évertuent de diriger les témoignages par des questions pertinantes. On apprendra que ce mariage n'était aucunement basé sur un amour réciproque, mais que FISCHER n'aurait eu en vue que les quelques centaines de francs que Pétronille avait économisé et qu'elle amenait dans le budget de la famille. Avant de connaître Pétronille, FISCHER avait vécu en concubinage avec une fille puis a eu deux enfants avec Pétronille. La dernière avait également eu un enfant hors mariage, mais ce dernier serait décédé. Le ménage mal assorti est loin d'être heureux. Le mari de Pétronille, violent et brutal, est adonné à la boisson et dans ses emportements, il arrivait qu'il maltraite sa femme qu'il considérait comme son esclave. Les dissensions intestines, les querelles, s'envenimeront tous les jours davantage et la vie de Pétronille SCHERER ne sera plus qu'un supplice prolongé, un enfer destructeur.

Les faits

Dans la matinée du 1er novembre 1851, jour de la Toussaint, FISCHER a de nouveau une discussion véhémente avec sa femme. La veille même, il l'avait déjà cruellement accablée de coups. Livrée au désespoir, celle-ci conçu l'idée de se suicider et prit la résolution d'en finir et se précipiter dans la petite rivière dite l'Andlau qui passe dans la banlieue de Mittelbergheim.

Le même jour, vers deux heures de l'après-midi, Pétronille FISCHER se présentera à la gendarmerie de Barr, et s'adressant au brigadier, l'invitera à procéder à son arrestation. Sur les interpellations qui lui sont adressées, elle déclare que journellement en butte à de mauvais traitements de la part de son mari, elle avait voulu se suicider, mais prévoyant le sort malheureux qu'attendrait ses enfants après sa mort, elle avait pris la décision de les tuer avec elle. Elle évoquera, devant l'auditoire figé, qu'elle les a attaché autour de son corps avec un tissu, qu'elle s'est précipitée avec eux dans l'Andlau et qu'ils ont péri ! Le témoignage de l'accusation donne froid dans le dos ! Les sentiments dans la salle et ceux du jury passent de la compassion à la compréhension , le tout mêlé d'horreur. 

Mittelbergheim en 1908 (Fond BLUMER)

Les autorités, durant ce fameux jour funeste, apprenant l'inimaginable et ne croyant pas leurs oreilles, se transporteront sur-le-champ sur le lieu que l'accusée leur a indiqué. On trouvera couché sur le gravier près du bord de la rivière, deux petits corps inanimés l'un âgé de dix-huit mois, l'autre de cinq mois. Pétronille dévoilera, entre deux sanglots, que ses petites se prénommaient Joséphine et Catherine. Après examen, on constatera que leurs cadavres ne présentent aucune trace de lésions, et l'autopsie cadavérique démontrera que l'asphyxie par submersion aura été la cause de leur mort. Il sera en même temps constaté qu'à l'endroit où la mère déclara s'être précipitée avec ses enfants, l'eau n'avait que 60 centimètres de profondeur et que, à moins d'une volonté et d'un courage extraordinaire, une personne adulte ne pouvait s'y noyer.

Mittelbergheim (Archives de Strasbourg)

La déposition de Pétronille

Interrogée par M. le juge d'instruction de Sélestat sur le crime inouï qu'elle venait de commettre, l'accusée avait présenté le récit suivant :

« Ce vendredi 31 octobre, j'avais déjà été l'objet de mauvais traitements. J'étais indisposée, et cet état, loin d'inspirer de la pitié à mon mari, ne fit qu'exaspérer sa fureur ; sans motifs aucuns, il m'accabla de coups. Je me suis couchée sans avoir soupé. Le lendemain, jour de la Toussaint, je me suis levée pour préparer les habits de fête de mon mari qui devait aller à l'église. Sous un prétexte futile, il recommença la dispute et me donna de nouveau des coups. Il m'arracha même des poignées de cheveux ! Par malheur, il finit par trouver une somme de 80 centimes que j'avais caché pour acheter quelques objets indispensables à mon ménage. Mon mari prit l'argent, et me dit qu'il allait boire une bouteille de bon vin vieux, puis il s'en alla en fermant la porte à clef. C'est alors que le désespoir me fit perdre la tête. Je conçu l'idée de me détruire. Par amour pour mes enfants et ne voulant pas les laisser dans ce monde seuls entre des mains étrangères, j'ai pris la résolution de les faire périr avec moi. Je les ai habillé bien chaudement avec leur petit marteau, j'ai ouvert la porte et me suis dirigée vers la rivière. J'ai attaché mes deux enfants à mes côtés à l'aide d'un grand tissu et me suis précipitée dans l'Andlau ! ».

L'Andlau

« Au premier contact avec l'eau, l'aînée de mes enfants m'a dit d'une petite voix: « Petite mère, il fait bien froid ! ». Je ne puis dire ce qui se passa alors, je crois que j'ai perdu connaissance et que je fus entraînée par le courant, car je me suis trouvé tout à coup à un endroit où l'eau était moins profonde. Instinctivement, j'ai levé la tête. Ma face fut nappée par des rayons du soleil, et au même instant la cloche de Mittelbergheim sonna la consécration. « Jésus, ayez pitié de moi ! » me suis-je écriée, puis je suis sortis de l'eau. Sur la berge, j'ai alors déposé mes enfants sur le gravier. Ils étaient sans vie, et je suis restée longtemps auprès d'eux, priant, pleurant, suffoquant de douleur ; puis, ne sachant plus ce que je devais faire, je me suis sauvée dans la direction d'EichhoffenPlus tard, je me suis rendue à Barr pour me constituer prisonnière entre les mains de la gendarmerie. Je jure, sur le salut de mon âme, que ce n'est que pour délivrer mes enfants de la misère qui les ai emporté dans ma perte et que j'ai voulu les faire périr avec moi ! ».

Actes de décès de Joséphine et Catherine FISCHER

L'audition des témoins confirmera les faits. Il est résulté en même temps des débats, que l'accusée, sans être atteinte d'aliénation mentale, n'en est pas moins simple d'esprit. Cependant un témoin est venu déclarer que quinze jours avant le crime, la femme FISCHER aurait annoncé qu'elle avait préparé un couteau pour couper le cou à la plus jeune de ses enfants, et que, accablée de reproches au sujet de cette pensée homicide, elle aurait répondu : « Que voulez-vous, c'est la misère qui en est la cause ! ».

Le journaliste du Niederrheinischer Kurier qui rapporta le procès dans les colonnes du journal écrira:

« L'accusée a reproduit au tribunal le récit qu'elle avait présentée pendant l'instruction. Elle a écouté les témoins avec indifférence et quelques rares larmes seulement ont mouillé ses yeux. Me KUENEMANN, substitut, après avoir retracé les faits, a réclamé avec énergie un verdict affirmatif, toutefois, il a pensé que les circonstances atténuantes ne sauraient être refusées à l'accusée. Me Kastler a présenté la défense. Après un impartial résumé de Mr le président, le jury a déclaré l'accusée coupable des deux homicides qui lui sont imputés. Il a écarté toutefois la circonstance aggravante de la préméditation."

Les circonstances atténuantes étant admises en faveur de la femme FISCHER, la cour, joignant son indulgence à celle du jury, n'a condamné l'accusée qu'à cinq années de réclusion, à la surveillance de la haute police pendant toute sa vie et à l'interdiction et la dégradation civique .»

C'est ainsi que se termine le compte-rendu du journal.

Pétronille SCHERER sera libérée de la prison des femmes de Haguenau le 10 janvier 1857. L'administration lui versera à sa sortie la somme de 70 francs.

Passeport et certificat de libération

Le jour de sa libération, Pétronille a maintenant 34 ans. Sur sa feuille de sortie on apprend qu'elle mesure 1 mètre 48 avec des cheveux châtains, qu'elle porte le front haut, qu'elle a les yeux gris, le nez effilé, la bouche grande, le menton rond, le visage ovale et le teint frais. Ne sachant où aller d'autre, elle se rendra à Valff chez son frère et sa mère. Cette dernière décèdera quatre ans plus tard.

Et Joseph FISCHER ?

Il reprendra sa vie de couple avec Pétronille. Ils habiteront chez le tailleur d'habit BASTIAN dans la rue Basse au n°276. Fischer s'employera comme tailleur de pierres ...et ils auront un fils ! En 1861 naît Joseph puis, Joséphine... le même prénom que l'enfant qu'elle a noyé. FISCHER ne profitera pas longtemps de ces retrouvailles, il décèdera, lui aussi, brusquement en 1867 à 45 ans. Pétronille habitera jusqu'à la fin de sa vie dans la rue Haute, au n°46.

Sources :

  • Niederrheischer Kurier Gallica
  • Archives de la commune de Valff
  • Archives du Bas-Rhin

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