Pendant longtemps barbiers et chirurgiens n'était qu'une seule et unique profession et leurs méthodes de travail étaient, comment dire, ... plutôt rustiques.

Jusqu'en 1714, les barbiers (raseurs de barbe) perruquiers, baigneurs, étuviers et les chirurgiens sont considérés, en tant que manipulateurs de rasoirs et lancettes, comme faisant partie d’une seule et même profession ! Contrairement aux médecins qui vont à l’université, les barbiers-chirurgiens, jusqu'à leur séparation en 1691, sont des artisans qui n’ont pas suivi d’études.

Louis XVI demandera « que le barbier se contente du poil »

En 1673, on décrétera que les boutiques des barbiers devraient être peintes en bleu avec sur l'enseigne une bassine blanche tandis que les chirurgiens auraient désormais une boutique peinte en rouge ou noire avec sur l'enseigne une bassine jaune.

Chirurgiens de « légère expérience »

Leurs compétences se résument essentiellement à la lancette (petit instrument à lame plate utilisé pour la saignée et les petites incisions), au clystère à pompe (grande seringue servant a la purge des intestins), aux ventouses et à la tenaille arracheuse de dents pour le côté chirurgien et le rasage des barbes et des tignasses pour l'occupation barbier. Présents surtout dans les campagnes, parfois illettrés, pour réussir à vivre de leur métier ils sont souvent obligés de tailler la barbe. La durée de l'apprentissage s'étendait généralement sur 3 ans en assistant un maître barbier-chirurgien. Certains apprenaient à rafistoler fractures et plaies diverses pendant leur service dans l'armée.

Le premier chirurgien connu exerçant dans la commune est Berger Philippe né à Hoethmannsdorf en Autriche. En avril 1820 il demandera la naturalisation française après son mariage avec une alsacienne. Beaucoup de notables comme lui furent attirés dans notre pays par l'idée véhiculée en Europe des droits des citoyens et de liberté . 

C'est dans ce contexte que nous découvrons également Jean Georges DRELLER. Il pratiquera son métier de chirurgien barbier jusqu'à sa mort en 1763. Originaire de Gettingen en Brisgau, il apprend le métier à Barr avant de s'installer à Valff. Il épouse Anne Marie FREYDER le 13 janvier 1744. De cette union verront le jour :

  • Marie Françoise en 1745
  • Marie Anne en 1750
  • Joseph en 1752 qui décédera 5 mois plus tard
  • Jean Georges en 1747 qui travaillera à la marqueterie de meubles à Boersch
  • François Pierre en 1754 qui vivra 7 semaines
  • Catherine en 1758 qui ne vivra que 3 ans et décédera deux semaines après la mort de sa mère Anne Marie FREYDER le 6 avril 1761

Jean Georges DRELLER se remariera avec une fille de Zellwiller, Jeanne Louise DAKANNE le 7 juillet 1761 soit 3 mois après la mort de sa première femme. Il ne profitera pas longtemps des joies nuptiales puisque lui aussi tirera sa révérence deux années plus tard en ayant accru sa descendance d'une petite Régine née en 1762. Après la mort du père, le reste de la famille quittera Valff.

Dès l'année 1744, notre homme est répertorié en tant que barbier dans les comptes des seigneurs d'Andlau et doit payer la redevance annuelle de 1 pfund et 5 schilling pour pouvoir exercer à Valff. Quelques années plus tard, un inventaire des chirurgiens par le Directoire de la Noblesse de Basse Alsace permet de répertorier ce corps de métier. Valff recense Jean Georges DRELLER.

En une autre occasion notre expert du bistouri est mis à contribution lors de l'autopsie d'un inconnu mort à Valff. Après avoir été mandaté par le bailli SCHECK d'Andlau sur l'origine du décès, il participera à l'ouverture du corps en compagnie d'un collègue d'Andlau. D'autres médecins ambulants tel Jean-Pierre GIRAUDAN ou Joseph NIVEL à Valff, veillaient à la santé publique et fournissaient aux malades la médication souvent concoctée par leur soins et plus efficace si on y croyait.

Les pratiques médicales courantes

La saignée

La saignée médicinale apparu en 1130. Elle était pratiquée à satiété pour n'importe quel mal et parfois même de façon délirante. Les blessés par faits de guerre se sont vu saignés davantage encore, aggravant leur cas jusqu'à sa suite logique ... le passage dans l'au delà. Cette pratique persistera jusqu'au 18ème siècle.

Pourquoi saignait-on ? Les médecins pensaient que, en affaiblissant la pression, cela permettait aux liquides du corps de mieux circuler entre les chairs. Une deuxième raison consistait de rafraîchir le corps fiévreux en laissant échapper de la chaleur ainsi que la mauvaise « humeur ».

Pour les maux à la tête (céphalées, otites, rage de dents etc) on avait répertorié 15 veines sur la tête que l'on pouvait saigner. En saignant au creux du coude on agissait sur toutes les maladies en général, sauf s’il s’agissait d’un mal provoqué par un excès d’humeur froide, dans ce dernier cas c’est à la marge de l’anus qu’il fallait saigner.

Dix veines pouvaient être saignées au pied. Cette manœuvre se voulait souveraine dans les douleurs intenses, celles de la tête en particulier, le mal des reins, celui des hanches. La saignée au pied, entre le petit doigt et l'annulaire, ramenait les règles paresseuses, mais pouvait aussi provoquer l’avortement. On l’utilisait, selon le principe de la révulsion, pour arrêter des menstrues trop abondantes. Elle favorisait aussi l'accouchement, puisque, disait on, cela limitait les hémorragies mortelles. On retirait ainsi entre 16 à 30 onces, soit un quart à trois quart de litre de sang.

L’histoire raconte que la Reine Marie Thérèse d'Autriche, rentrée d’un voyage dans le Berry accompagné du Roi Louis XIV, s’était rendue à la tombée du soir dans le parc de Versailles pour y admirer les grandes eaux. Après le repas du soir, elle se sent très fatiguée, n’en parle à personne. Le lendemain, d’Aquin, le Premier Médecin, prévenu, après avoir tâté le pouls de la Reine, prescrit une saignée au creux du coude, qui est renouvelée en fin de soirée. Le lendemain, le 27 juillet, la situation ne s’améliorant pas, FAGON, l’autre médecin de la Cour, atteste de l’examen de la malade. La fièvre est forte, c’est donc la saignée qu’il convient de faire et on lui tire plusieurs onces de sang du bras, le matin et le soir. Les médecins décident de revoir la malade tôt le lendemain. Le 28, la question est de savoir si on ne va pas tenter la saignée au pied. Finalement DIONIS, le chirurgien de la Reine, fait à nouveau, dans la matinée, une nouvelle ponction au creux du coude. En prenant le bras de la malade il découvre au creux de l’aisselle une grosse tuméfaction qu’il montre aux médecins. Ceux-ci, avec rudesse, font taire QUESNAY, il n’est que le chirurgien et n’a pas son mot à dire. Il tire à nouveau le sang des veines dans la palette. Cette manœuvre sera renouvelée le soir et le 29 deux fois. Deux jours plus tard la Reine expirait.

Les ventouses

Les ventouses étaient le prolongement de la saignée. En médecine traditionnelle, la ventouse est un récipient, habituellement en verre et en forme de cloche destiné à soigner par effet de succion sur la peau. Pour chauffer l'air et induire un vide relatif lors de son refroidissement, l'on y insère une compresse, du coton, de la filasse ou un morceau de papier imbibée d'alcool à brûler et enflammée dans le récipient. La flamme s'éteint spontanément quand l'air est consommé. La ventouse est alors appliquée sur le dos de la personne à traiter, de manière à ce qu'en refroidissant, par sa contraction il produise un puissant effet de succion. Le dictionnaire de l'Académie française 1694 décrit la ventouse médicale comme un « vaisseau de verre qu'on applique sur la peau avec des bougies ou de la filasse allumée pour attirer le mauvais sang ». Il précise qu'on appelle « ventouses sèches, les ventouses qu'on applique sans faire de scarification (saignée) » son objet est « d'attirer avec violence les humeurs du dedans au-dehors ».

L'usage des ventouses était aussi conseillé dans les traitements anti-inflammatoire au même titre que les compresses de bouillie irritantes et les fers chauffés à blanc destinés à brûler la peau. En créant un nouveau foyer d'infection on espérait dévier le sang des parties malades et congestionnées. Les articulations atteintes, les maladies de poitrine comme la toux ou l'insuffisance respiratoire, mais aussi les maux de tête, de gorge, les crampes, l'idiotie, les crampes généralisées et bon nombre d'autres maux sont rapidement devenus des domaines privilégiés du traitement par ventouses.

Les sangsues

On avait aussi à disposition les sangsues des marais et rivières. Les sangsues étaient conservées dans des bocaux en verre appelés « perchoirs à sangsue ». La sangsue possède une ventouse avec trois dents bien aiguisées qui sont capables de laisser une plaie en forme de triangle dans la peau de la victime. Une fois qu'elle a mordu son hôte, elle injecte de l'hirudinée, un anticoagulant, afin de s'assurer un repas bien liquide. La bébête était utile lorsqu'on désirait prélever du sang dans des parties du corps difficile d'accès comme la cavité buccale, l'œsophage, les zones oculaires, l'intestin etc. On pouvait inciter la sangsue à mordre la partie désirée en enduisant cette dernière d'un peu de sang ou d'eau sucrée. Lorsque l'animal était repu, il se laissait tomber et, les mois suivants, ne manifestait plus aucun intérêt pour la nourriture.

Les selles

Les médecins d'alors « lisaient » aussi les selles et fondaient leur diagnostic en fonction. Cette histoire de selles était très importante même pour le monarque, car on assistait aux besoins naturels du Roi en acquérant un « brevet d'affaires », qui permettait aux courtisans de suivre le Roi sur sa « chaise percée », ce qui faisait sourire les ambassadeurs étrangers ... Mais au moins, on savait « de visu » comment allait le Roi ... à la selle ! Cette pratique est à l'origine de l'expression utilisée encore aujourd'hui : «  Comment allez-vous ? ».

Les purges

La médication purgative pratiquée par voie orale ou sous forme de lavement avec la fameuse seringue à clystère doit soulager le contenu digestif, stimuler les secrétions intestinales et favoriser la dérivation des humeurs « mauvaises ». Pendant de nombreuses années, ce furent les apothicaires qui furent chargés de l'administration du lavement, ce qui nécessitait une main exercée ce qu'explique Maître DARDANUS en judicieux préceptes, dans une pièce de Jean Philippe RAMEAU (en photo, 1739) : « Au moment de l'opération, le malade doit quitter tout voile importun ; il s'inclinera sur le côté droit, fléchira la jambe en avant et présentera tout ce qu'on lui demandera, sans honte ni fausse pudeur. De son côté, l'opérateur, habile tacticien, n'attaquera pas la place comme s'il voulait la prendre d'assaut, mais, comme un tirailleur adroit, il s'avance sans bruit, écarte ou abaisse des broussailles ou des herbes importunes, s'arrête, cherche des yeux et, lorsqu'il a aperçu l'ennemi, ajuste et tire ; ainsi, l'opérateur usera d'adresse, de circonspection, et n'exécutera aucun mouvement avant d'avoir trouvé le point de mire. C'est alors que, posant révérencieusement un genou à terre, il amènera l'instrument de la main gauche, sans précipitation ni brusquerie, et que, de la main droite, il abaissera amoroso la pompe foulante et poussera avec discrétion et sans saccades, pianissimo ».

Le médecin de Louis XIII a ainsi administré à son royal patient 220 lavements en six mois (plus d'un par jour !). A partir du 18ème siècle, l'usage des purgatifs salins devient plus répandu (sulfates, calomel et tartrates) et complète ainsi la purgation classique par les produits d'origine végétale : séné, aloès, ricin et rhubarbe. L'utilisation fréquente de l'expression « prendre médecine » qui consiste en une purgation par voie orale témoigne du caractère habituel et répétitif de l'absorption de potions purgatives par les malades et les bien-portants.

L’uroscopie Il a pour but d'étudier l'urine, sa couleur, sa limpidité et sa saveur plus ou moins sucrée que le médecin prenait plaisir à goûter et qui conduira les médecins du moyen-âge à concevoir de véritables cartographies urinaires. En France, certains chirurgiens barbiers pratiquaient la lithotomie. Le malade « pierreux » est placé sur une table inclinée, ligoté par quatre serviteurs. Une sonde introduite dans la vessie permet de localiser le calcul et d’apprécier son volume. A l’aide d’un bistouri, on taille le périnée, la prostate et la vessie, puis on introduit un instrument qui va agrandir la plaie et guider la pince afin d’extraire le ou les calculs. Le tout sans anesthésie, s'il vous plait.

Abaissement du cristallin ou de la cataracte, on installait le patient dans une pièce lumineuse sur une chaise. L'assistant se mettait derrière lui pour lui maintenir la tête. Le chirurgien introduisait une aiguille (non stérile) dans l'œil. Quand l'aiguille était rentrée dans l'œil il faisait un mouvement de bascule pour faire tomber le cristallin cataracté dans le vitré. Il fallait parfois faire plusieurs mouvements si l'effet désiré n'était pas obtenu de suite. C'était surtout des barbiers itinérants qui pratiquaient ce type de chirurgie. Ces opérations n'étant pas considérées à l'époque comme dignes des pratiques chirurgicales, elles étaient abandonnées aux barbiers.

C'est du haut de leur mépris que les médecins considéraient les barbiers ambulants. Ne sont-ils pas eux les seuls à parler latin, à connaître les aphorismes d'HIPPOCRATE et les enseignements de GALIEN ? 

Au vu de ces pratiques rustiques, nous pouvons être certains que les clients de Valff préféraient consulter le barbier Jean Georges plutôt que le chirurgien DRELLER. Ces exemples nous réconfortent d'être assistés aujourd'hui d'une médecine qui a su améliorer les palliatifs à la douleur, une meilleure connaissance des pathologies et le respect du malade.

« La médecine fait mourir plus longtemps »

Plutarque (écrivain romain)

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