Dans les mémoires que nous a laissés André VOEGEL en 1987, il revient sur ses longues années chez HEYWANG à Bourgheim. De son entrée dans l'entreprise [lire l'épisode 1], son accession dans la hiérarchie, en passant par ses voyages professionnelles : découverte de la vie d'André chez HEYWANG. Episode 2.

Les trente glorieuses et le décès d'Edgar HEYWANG

Entre 1955 et 1975, l'entreprise occupa environ 200 ouvriers, plus cadres et employés soit au total environ 280 collaborateurs. Le salaire moyen en 1946 s'élevait à 0,29 frs, en 1960 à 1,90 frs, en 1980 à environ 17 frs de l'heure-horaire de travail journalier, 10 h sur 5 à 5 jours 1/2 par semaine. L'inflation était galopante, les affaires florissantes, le chômage inconnu. C'est ce que l'on nomma généralement les 30 glorieuses (1950 à 1980). En février 1960 l'entreprise fut l'objet d'un important sinistre. Le grand hall de montage fut décimé par un incendie qui coûta la vie d'un ouvrier peintre au pistolet. La cabine de peinture au pistolet accolée au hall de montage prit feu à travers un poêle chauffé au charbon. Un nouveau hall fut reconstruit plus beau qu'avant, le matériel sinistré remboursé par les assurances. L'entreprise se tira finalement très bien de cette mésaventure. Au mois de septembre 1961, le Président de la SA HEYWANG décéda subitement d'un cancer du pancréas. Juste avant sa mort, j'ai eu le privilège de lui rendre visite à l'hôpital de Strasbourg. Il me confia qu'il avait l'intention de quitter la présidence de la société après sa guérison. En vérité, je ne pensais pas que son état de santé s'était dégradé à ce point. Quelques jours après, il fut terrassé par cette maladie incurable. L'enterrement d'Edgar HEYWANG fut une grande manifestation de sympathie et d'affliction pour la famille, mais aussi pour le personnel, qui perdait un patron d'avant-garde sur le plan social. Employés, cadres, ouvriers, fournisseurs, clients se sont donnés rendez-vous ce jour de souffrance. La petite église de Bourgheim s'avéra trop petite pour recevoir cette masse imposante de personnes.

Promotion au rang de Président Directeur Général

Sentant sa mort prochaine, et juste avant de passer vie à trépas, Edgar HEYWANG réunit sa famille pour leur communiquer ses dernières volontés (propos rapportés par son fils Charles). Le soir même de cette réunion, j'ai été contacté par la famille pour me demander d'accepter le poste de Directeur Général et membre du Conseil d'Administration. Quelques jours plus tard, après la mort du Président, le conseil me nomma Président Directeur Général, conformément aux souhaits de feu Edgar HEYWANG. En ce qui me concerna, les choses se sont précipitées à une vitesse vertigineuse et j'étais parfaitement incapable de mesurer sur le moment la nouvelle responsabilité qui m'incomba. Pendant plus de 13 ans, j'ai assumé cette fonction avec beaucoup de discernement, de circonspection, d'abnégation qui ont conduit l'entreprise à un niveau de renommée nationale et internationale de premier ordre dans le domaine du machinisme agricole. J'ai eu la satisfaction de pouvoir enregistrer vers la fin de ma carrière le plus haut niveau de bénéfices réalisés depuis l'existence de l'entreprise.

Mes relations avec le conseil d'administration commençaient doucement à se détériorer. Des divergences de vue se manifestèrent très souvent pour des raisons secondaires et fortuites. J'ai été démissionné au cours d'une assemblée générale. L'entreprise commençait à s'engager dans une courbe de déclin. Quelques années plus tard, la France subissait le premier choc pétrolier qui dérégla toute l'économie qui depuis quelques décennies ne connut que la fuite en avant. En 1981, les socialistes viennent au pouvoir, les licenciements économiques s'accentuent, le chômage monte en flèche. Il fallait trouver des solutions politiques en face de ce phénomène étrange, nouveau. Le 30 novembre 1981, j'ai quitté l'entreprise sans aucun regret. Quelques années après mon départ, l'entreprise connut de grosses difficultés, dépôt de bilan, reprise par un concurrent, la famille HEYWANG ne possédait plus rien de l'affaire. Pour donner une idée de l'importance de l'entreprise, je voudrais juste citer quelques chiffres valables pendant les années de mes activités :

  • 70000 épandeurs de fumier
  • 11000 moissonneuses lieuses
  • 12000 presses ramasseuses basse et moyenne densité
  • 15000 concasseurs
  • 15000 déchargeurs à griffes
  • et une grande quantité d'autres machines

Au cours de ma carrière exceptionnelle, 36 années dans la même entreprise en commençant au bas de l'échelle hiérarchique pour me hisser à la plus haute marche, fut une entreprise étrange, difficile, une gageure plus réalisable actuellement. Durant cette période importante de ma vie, j'ai eu l'agrément de pouvoir voyager beaucoup, d'avoir des contacts avec des gens importants du monde économique, politique, une expérience qui fut pour moi un enrichissement personnel et précieux. Avant de clore ce chapitre, je ne peux m'empêcher de relater quelques anecdotes qui ont marqué ma mémoire.

Des anectodes

A la Foire de Vérone, je suis rentré très tard avec mon directeur des ventes dans une voiture louée, immatriculée à Rome. J'avais invité pour la soirée Aldo Sordella dans un restaurant au bord du lac de Garde. Nous roulions à vive allure lorsque la Polizia tendait de nous arrêter à un barrage. Il n'était pas question de nous arrêter et je passais le barrage en accélérant la puissante voiture, une Alfa-Roméo. Je devinais que la police nous poursuivrait, mais je prenais cette course poursuite comme un pari entre ma voiture, belle et puissante, et celle de la police. Quelle ne fut ma surprise de constater après quelques kilomètres de voir la police à côté de nous et faisant de signes afin de nous arrêter. La police pensait avoir affaire à des ressortissants italiens. Les palabres furent très longues pour nous extorquer quelques centaines de milliers de lires. Finalement nous payâmes plusieurs centaines de lires pour nous libérer d'une infraction grave au code de la route. Pour terminer, nous avons même lié amitié avec eux. Je voulais connaître les performances de leur voiture. C'était également une Alfa, mais trafiquée avec un compresseur permettant de rouler à plus de 200km/h. Nous nous séparâmes amicalement après plus d'une heure de discussion.

Une autre histoire de police cocasse se passa au cours d'un déplacement en Allemagne. Nous roulions sur une route secondaire relativement étroite en train de suivre un camion depuis plusieurs kilomètres sans pouvoir dépasser, la ligne médiane toujours en continue. J'en eus marre et décidai de doubler sur une ligne droite sans aucun danger. A peine avais-je doublé que la police nous arrêta pour infraction au code de la route. J'avais bien sûr dépassé le camion là où il ne fallait pas. Tout en me garant à droite, j'avertis mon directeur des ventes de ne pas parler un mot d'allemand. Aux explications que les policiers rendaient de nous donner nous répondions toujours la même chose « Nix verstehen ». Par tous les moyens ils voulurent nous faire comprendre le fait matériel que constituait notre délit. De notre part, toujours la même réponse « Nix verstehen ». Ne sachant plus à quel Dieu se vouer, un des deux policiers nous emmena au milieu de la route, s'agenouilla sur la ligne médiane, associant le geste à la parole en nous disant « Strich - Strich nicht gut » (ligne, ligne pas bon). De notre part, toujours la même ignorance. Son copain, constatant que même ce procédé ne servait à rien, dit à son collègue en levant son képi, « was machen wir nun ? » (qu'allons-nous faire maintenant ?). Ne voyant pas d'autres solutions, ils nous invitèrent par un geste de la main de partir. Quelques kilomètres plus loin, nous étions obligés de nous arrêter car nous éclatâmes de rire. C'est à crever de rire de se trouver dans une situation aussi cocasse lorsqu'on comprend chaque mot qui est dit.

Pendant plusieurs années nous exposions à la Foire de Saragosse en Espagne. C'était dans les années 1970, le réseau routier était encore très précaire dans la péninsule. Des fois, nous prenions l'avion jusqu'à Barcelone et louions une voiture pour rejoindre Saragosse. Il arrivait que notre client de Saragosse nous prenait à Barcelone. Je me rappelle que la route n'était pas encore macadamisée sur l'ensemble du trajet. Notre client Pedro CABEZA était une personnalité vraiment particulière. Légèrement handicapé d'une main, de formation juridique, il était d'une richesse débordante. Un jour, il vint me chercher avec son chauffeur à Barcelone avec une Rolls-Royce dernier cri à air conditionnée. C'était la première fois dans ma vie que je voyais une R.R. Il faisait très chaud, mais la fraîcheur intérieure dans la voiture nous obligeait de garder nos vestes. En cours de route nous croisâmes d'autres voyageurs avec d'autres moyens de locomotion notamment de pauvres citoyens espagnols à dos d'âne. J'éprouvai un sentiment de honte en voyant une telle injustice criante et révoltante. Tout en nous approchant de Saragosse Pedro CABEZA m'indiqua le restaurant situé en haut d'une colline où il m'invita à déjeuner dans l'après-midi. Arrivé à Saragosse, il me fit visiter ses appartements privés. La voiture entra à travers un porche, des portes s'ouvrirent automatiquement, la voiture avec ses passagers monta au garage situé à je ne sais quel étage. En traversant une porte nous nous trouvâmes comme par enchantement dans les appartements. Les salons étaient meublés de meubles anciens de style espagnol. Ce qui me frappa le plus et où j'ai été ébahi, stupéfait, je ne trouve pas les tenues appropriés, ce fut lorsqu'il me fit visiter sa chapelle privée. Non seulement, il y avait la chapelle à demeure, mais un prêtre privé disait la messe. Il me confia au cours de la visite que des rues entières à Saragosse étaient sa propriété, de même que des milliers d'hectares de terre et pâturage et un élevage de taureaux destinés à la tauromachie. Ma surprise n'était pas encore à bout lorsque au courant de l'après-midi, vers 16h, nous nous rendîmes au restaurant qu'il m'avait indiqué en venant. Le restaurant était sa propriété. Il était constitué de plusieurs salles immenses dont chacune avait une couleur différente. Nous visitâmes ensemble toutes les salles sauf une. Lorsque je lui ai posé la question pour savoir pourquoi nous ne la visitions pas, il me répondit que cette salle était réservée au peuple. Sans commentaire !

Le récit de mon voyage au Japon qui suit a été rédigé de suite après mon retour de voyage au courant de l'année 1972. A suivre ...

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