Vue de la rue Principale après le bombardement du 6 septembre 1943

Le 8 mai 1945, Valff fête l'armistice, mais panse aussi ses plaies. Le village, bien que n'ayant pas connu beaucoup de combats en comparaison d'autres villages a connu d'importants dégâts, certaines familles ont tout perdu, d'autres essaient de toute se faire rembourser. Explications.

Après guerre, le ministère de la reconstruction est chargé via les préfectures et les communes d'évaluer et de réparer les dégâts subies « du fait de la guerre ». Chaque commune relève alors les doléances de chacun de ses citoyen. Les archives de la mairie de Valff nous offrent de précieux documents sur cet épisode.

Dégâts municipaux

Un tableau recense les dégâts « de guerre ou de circulation des troupes alliées ». En effet, au cours de la libération, le passage de chars ne fût pas anodin :

  • Rue Haute : route défoncée par passage de chars : 100m à remettre en état pour 60.000 francs (anciens d'après guerre)

  • Rue Thomas : route très abîmée par passage de chars : 50m à remettre en état pour 40.000 francs

  • Rue Meyer : route défoncée par passage de chars : 100m à remettre en état pour 25.000 francs

  • Rue Dauphin : route défoncée par passage de chars : 100m à remettre en état pour 80.000 francs

  • Chemin rural « Hagelweg » : abîmé par passage de chars : 300m à remettre en état pour 140.000 francs

  • Chemin rural « Route du Bas » : abimé par passage de chars : 150m à remettre en état pour 120.000 francs

  • Chemin rural « Grasweg » : abimé par passage de chars : 200m à remettre en état pour 100.000 francs

Nous retrouvons dans les archives communales que Messieurs SCHAETZEL Antoine, SAAS Xavier et FEHRINGER Charles ont été employés par la commune du 23 mars au 15 avril 1946 pour remblayer les trous d'obus de sorte que les chemins puissent être employés. En effet, de tels colmatages n'est pas chose aisée; la terre étant projetée sur des dizaines de mètres, il est impossible de la récupérer à proximité. Il faut donc récupérer des charrettes entières dans les champs et les y déverser pour combler les trous! Le reste des trous d'obus doivent être colmatés par les cultivateurs ou propriétaires des terrains.

Tous les bâtiments communaux sont déclarés touchés :

  • La mairie : trous dans la façade (tirs de mitrailleuses – certains sont toujours visibles 75 ans après !), toiture endommagée, tuiles cassées. Placages intérieur à refaire (avec la mention « par suite d'un cantonnement »)
  • Eglise Sainte Marguerite : toiture endommagée, tuiles cassées
  • Ecoles municipales : toiture endommagée, tuiles cassées
  • Deux écluses de la commune : piliers et écluses à remplacer (détruits du fait du bombardement du 06.09.1943 et de tirs de chars le 27.11.1944)
  • Chapelle Saint Blaise : le bien communal les plus endommagés par des tirs d'artillerie et de mitrailleuses le 28.11.1944

Dégâts privés : tout se faire rembourser ?

Le 21 janvier 1946, le maire de Valff transmet au colonel commandant la subdivision du Bas-Rhin la liste des dégâts provenant de véhicules militaires alliés. S'y ajouteront des listes des biens immobiliers et mobiliers détruits ou endommagés au courant de la guerre. Beaucoup de familles de Valff font des demandes au Ministère de la reconstruction et de l'urbanisme, griffonnées sur des bouts de papiers, parfois d'une écriture bien hésitante, toujours en allemand (très peu parlent alors le français). Ces demandes sont rassemblés au niveau communal et envoyés ensuite à la préfecture. Pas réellement de suite ou d'importants remboursements ...

Le lecteur au XXIème siècle de ces archives peut bien s'étonner de certaines demandes formulées. Si certaines paraissent pour le lecteur du XXIème siècle légitimes (façade détruite, etc), d'autres demandes ne portent que sur des « pacotilles » ! Nous retrouvons dans quasi chaque demande de la rue Principale, des tuiles, éléments de charpentes, éléments de cheminée, des carreaux de fenêtres ainsi que des armoires et des pièces de vêtements ! En dédommagement, la commune recevra des palettes de tuiles à distribuer.

En effet, les libérateurs américains ayant la hantise des tireurs isolés, « arrosaient » préventivement les étages haut des maisons, sans trop se soucier des dégâts aux habitations ou aux civils. Les demandes peuvent paraître bien dérisoires en comparaison de certains qui ont tout perdu durant la guerre. On retrouve par ci par là, 2 robes, 1 armoire, 50 tuiles, etc. Nous retrouvons aussi des sceaux, des chaises, des rideaux et oreillers troués par balles ! La plus insolite demande de remboursement : 1 vélo dont la chambre à air a été « déchiqueté par éclat d'obus » pour 5000 francs de dégâts !

Dans la liste de Mme SCHMITT Maria nous retrouvons : de la paille, du foin, 12 poules, 10 lapins, 4 pruniers, 2 mirabelliers, 1 pommier, 1 remorque : Le bombardement du 6 septembre 1943 avait donc fait d'autres victimes que les humains ... Joseph KEMPF a quant à lui vu sa maison endommagée par un camion de la Wehrmacht en septembre 1944. Emile WELLMANN (195 grand rue) demande 4 stères de bois, brûlés par une roulotte militaire de campagne le 27.11.1944. Joseph LITZELMANN (204, rue Principale) signale lui que son pont qui enjambe la Kirneck a été lourdement endommagé le 28.11.1944 par un char qui est entré dans sa cour !

Dégâts les plus lourds

Emile RIEGLER (199, rue Principale) a vu un char américain tirer sur un soldat allemand retranché dans un jardinet à proximité. Le tir n'a servi à rien, le soldat allemand ayant fuit, mais ce tir a engendré d'importants dégâts aux habitations alentours. Ainsi, tout le pignon de la maison a été endommagé (mur, volets, fenêtres, porte d'entrée) ainsi qu'une chambre entièrement ruinée. Une grande chance, comme tous les Valffois, la famille était réfugiée à la cave lorsque le char américain a fait feu.

Malheureusement, certains font des demandes de remboursements bien plus lourdes : Blaise ANDRES, domicilié au 102 rue principale, écrit sur son papier de demande de remboursement un seul mot, lourd de sens : « 1 Wohnhaus » (1 maison).

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