Canonnier dans le char « Tardenois »de la 2e DB qui libéra Valff le 28 novembre 1944, il se souvient de chaque instant où il a risqué sa vie. Témoignage de René SIMANTOB à André VOEGEL en 2004.

Le 27 novembre, des blindés de l'armée américaine venant de Goxwiller, traversèrent fortuitement le village, sans combat. Pour sécuriser la troupe et les chars contre un ennemi invisible, les occupants des chars arrosaient avec leurs mitrailleuses les façades des maisons. Un accrochage sérieux se produisit pourtant à l'entrée du village près du carrefour Bourgheim-Goxwiller. Un char américain est touché par un bazooka allemand et mis hors service. On déplore un mort américain. Dans la nuit, l'armée américaine se retire sur Goxwiller et Barr où des combats se déroulèrent par la suite.

Par une pure coïncidence, il m'a été donné de faire connaissance avec un ancien combattant faisant partie de l'équipage du premier blindé de la 2e DB entrant à Valff ce 28 novembre 1944. L'infanterie suivait 20 minutes plus tard. J'ai eu avec ce combattant deux entretiens à mon domicile au cours desquels nous avons parcouru ensemble l'itinéraire de son char de Meistratzheilm à Valff, jusqu'à Zellwiller. Avec beaucoup d'enthousiasme il m'a retracé ses péripéties de la dernière guerre et surtout celles de la libération de Valff. J'essaie par la suite de retracer aussi fidèlement que possible son récit.

Monsieur René SIMANTOB (appelé par la suite par son prénom) est né en 1922 au Maroc, de parents français, pharmacien en retraite, domicilié à Strasbourg. Entré dans l'armée de libération après le débarquement américain en Afrique du nord en novembre 1942, il fit les campagnes à partir de I'EFN jusqu'en Allemagne, en passant par le débarquement en Normandie, libération de Paris, Dompaire, Saverne, Strasbourg, Valff et enfin Berchtesgaden en 1945. René était affecté au 3e escadron de chars, 12e régiment de chasseurs d'Afrique du Groupement Tactique du colonel LANGLADE de la 2e DB. Le colonel LANGLADE fut promu général et fut plus tard gouverneur militaire de Strasbourg.

Dès son incorporation dans son unité, René avait exprimé le désir d'être affecté comme canonnier dans un char d'assaut. Son voeu fut exaucé, il resta d'ailleurs à ce poste jusqu'à sa libération du service militaire. La 2e DB était équipée de chars américains « Sherman », armés d'un canon de 75mm et de deux mitrailleuses Browning de 7,62mm. C'est d'ailleurs avec une fierté non dissimulée qu'il me fit savoir qu'il était le meilleur tireur de canon de toute la division lors d'un exercice de tirs sur cible mouvante.

Venant de Strasbourg par Duppigheim, Innenheim, Meistratzheim, son char dédicacé « le Tardenois » prend la tête du groupement à partir de Meistratzheim vers 11h00 du matin. Le char de tête est toujours le plus exposé et risque d'être descendu en premier, c'est en principe le char sacrifié. Toutes les lisières de forêt entre Meistratzheim et Valff sont prises sous le feu des mitrailleuses. L'ennemi peut s'y cacher sournoisement et le « Tardenois » risque d'être la cible d'un canon antichar allemand de 88mm très performant. A environ 400 mètres de Valff, René repère à travers les lunettes un barrage au travers de la route constitué de charrettes en bois et d'autres objets hétéroclites. Depuis Strasbourg, la première résistance, le premier contact avec l'ennemi se manifeste à Valff. Par deux coups d'explosifs de son canon, le barrage est supprimé et le Tardenois continue son avance jusqu'à l'entrée du village. en assurant sa sécurité par mitraillage continu des alentours. Les Allemands sont surpris et le Tardenois nettoie l'entrée et brise la résistance ennemie rapidement. On compte des morts du coté allemand et une vingtaine de prisonniers.

 La colonne passe rapidement l'agglomération, la mitrailleuse de la tourelle toujours en action. L'objectif de la 2e DB est d'atteindre Sélestat via Zellwiiler Stotzheim, et l'escadron se dirige vers la sortie sud de Valff. L'avance des blindés est si rapide qu'ils surprennent les Allemands en train de dynamiter le pont de la Kimeck vers Zellwiller. Une partie de l'effectif de la Wehrmacht n'ayant pu passer le pont se rend sans difficulté. Les chars sont bloqués, l'avance interrompue, il faut attendre le génie pour rétablir le passage.

De l'autre coté du pont, une unité allemande commandée par un officier croyant encore la victoire possible, prend position à environ 100 m du pont, à l'abri d'un large et profond fossé en bordure de la route. Le Tardenois attaque cette résistance par quelques coups de canons et de rafales de mitrailleuse à partir du pont coupé. Il y aura 14 morts, ainsi que 20 prisonniers. Pour exiger des prisonniers qu'ils mettent les mains en l'air, René usait d'un subterfuge particulier : il faisait basculer son canon de droite à gauche et tout le monde comprenait ce qu'il voulait. La croix en grès porta encore très longtemps les impacts des balles de mitrailleuse.

Le Tardenois toujours bloqué devant ce pont dynamité, la résistance ennemie brisée, l'équipage profite de cette accalmie pour réparer un incident de tir. Le conducteur du char, Roland, ayant un besoin urgent à assouvir, demande à René de mettre le canon dans l'axe, afin de lui permettre d'ouvrir le volet du conducteur. Il s'élève de son siège en s'appuyant sur ses bras, et, soudain, s'écrit : « Je suis touché ! ». Impossible de sortir cette masse de 85 kg par le volet, il faut l'évacuer par la tourelle. Il est touché par une balle en dessous du coeur qui a transpercé son corps. Bien que grièvement blessé, il fut sauvé et termina la guerre en rejoignant son unité en 1945 en Allemagne. Roland a été touché par un sniper équipé d'un fusil à lunettes et caché dans un arbre. René s'était également soulagé, mais à l'abri du char, à cause du danger.

Ce n'est que vers 14h00 que le passage par le pont fut rétabli et que l'on put poursuivre vers Zellwiller. Le Tardenois, toujours en pointe poursuit sa progression sur une route sinueuse bordée d'arbres, et par une visibilité plus que mauvaise, avec à son bord un nouveau conducteur. Surveillant avec attention les alentours, René remarque à quelques centaines de mètres une pièce d'artillerie. Il envoie sur cette cible 11 coups de canon pour anéantir la pièce et ses desservants. Reprenant sa progression, le Tardenois est pris sous le feu des batteries antichars ennemies. Sa fin est proche : touché par cinq obus, le poste avant brûle !

La boîte de vitesse est également touchée. Un obus frappe la tourelle juste au-dessus de la tète de René avec une violence inouïe. Un éclair de feu traverse la tourelle, le canon fonctionne encore. Afin de quitter le char avec le moins de risque, René l'entoure avec des fumigènes, grâce à son canon encore valide. Il faut aussi sauver les deux blessés du poste avant. René quitte le char par la tourelle et rampe jusqu'aux autres chars restés en retrait, sous la mitraille allemande. Les blessés sont sauvés par des brancardiers, les rescapés s'abritent derrière un silo à betteraves, heureux de s'en être sortis à si bon compte.

Après une bonne rasade de schnaps, son compagnon Lolo lui propose de retourner au char en feu pour récupérer le carnet de route de René. Sitôt dit, sitôt fait. Zigzaguant sous le feu ennemi, il parvient à trouver le carnet que René possède encore aujourd'hui. Le Tardenois est hors d'usage, mais a rempli sa mission au vu des nombreux cadavres sur le sol. Un blessé allemand, au sol parmi les morts, a visé René dans son dos. Sentant le danger, il se retourne rapidement en donnant un coup de pied à son agresseur. En levant les yeux au ciel, René remercie la divine providence pour sa protection. L'agresseur allemand fut son premier et dernier prisonnier. Après de durs combats, les blindés de la 2e DB entrent à Zellwiller vers 16h00.

Longtemps après la guerre, la carcasse du Tardenois gisait au bord de la route, à environ 300 mètres de Zellwiller. René SIMANTOB est capitaine de réserve à titre honoraire. Décoré de la croix de guerre avec les félicitations personnelles du Général LECLERC pour avoir neutralisé deux chars allemands (13 septembre 1944). Décoré de la Presidential Unit Citation de l'armée américaine lors de la prise de Saverne (citation collective). René a ouvert une pharmacie à Schiltigheim en décembre 1965 et y a travaillé jusqu'en 1990. Retraité, il vit à Strasbourg, au coeur de terre Alsace si chère à son coeur. En conclusion, je pense que ce valeureux soldat mérite toute notre reconnaissance et notre profond respect.

André VOEGEL

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