Revivre les années marquantes de la révolution française vécue à Valff nous permet d'imaginer les angoisses, les incertitudes et les interrogations de nos concitoyens d'alors.

Joseph WEIDELÉ

Joseph WEIDELÉ est né à Siggeringen en 1748 près de Zell am See (pays de Bade). Marié avec Anne Marie KLIPFEL de Valff, il gagna sa vie comme métayer et jardinier à la ferme seigneuriale. Impliqué dans la paroisse, il ne supporta pas les tourments causés au clergé. Il sera nommé marguillier (en allemand « Gemeindevorsteher » avait, dans chaque paroisse, la charge du registre des personnes qui recevaient les aumônes de l'Église. Il servait d'aide au sacristain, nommait et révoquait les chantres, les bedeaux) par le curé SCHECK. Son nom apparaît une première fois le 7 janvier 1794, après la plainte portée par le curé citoyen LASSIAT l'accusant d'être un fanatique contre-révolutionnaire et de propager des idées pro-aristocratiques.

WEIDELÉ est immédiatement arrêté et emprisonné à Barr. Il sera transféré à la prison de Strasbourg par STAMM qui s'affichera accusateur public à la place de son gendre SCHNEIDER emprisonné à Paris. Dans sa lettre de transfert, il demande à son homologue de Strasbourg « de statuer un exemple, car depuis que SCHNEIDER a été envoyé à Paris, les peu de patriotes ici ne font rien. Je t'assure que je montrerai aux patriotes et aux aristocrates que cent têtes pourront encore tomber et que la chose ne variera pas par ici. Je tâcherai de les convaincre que pour être républicain il faut aimer sa Patrie et non les individus ». 

LASSIAT, dans une lettre incendiaire accuse : « Dans le village et la population de Valff s'est propagé, connu de tous, un furieux fanatisme ainsi que le feu de l'obscurantisme aristocratique. Pour faire obstacle à cette horreur je me suis efforcé de dénoncer Joseph WEIDELÉ qui depuis 16 ans est au service de la seigneurie et qui, nuits et jours, parcourt les maisons et les lieux où il y a du vin pour convertir ces idiots au fanatisme aristocratique. Chose facile puisque dans ce village je suis le seul vrai patriote et que je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour faire obstacle à leurs rêves furieux. Il y a 15 jours alors que je me rendais de Valff à Zellwiller en compagnie de Joseph KISSLER et couvert du bonnet rouge de la liberté (voir le bonnet phrygien qui a notamment permis de sauver la flèche de la Cathédrale de Strasbourg) ce furieux aristocrate m'interpella : Tu devrais avoir honte de te promener avec ton bonnet de galopin. Je sais ce que vous êtes, vous, les soi-disant patriotes, des êtres détestables et des païens indignes ! Je demande donc que ce mécréant soit puni, sinon cela encouragera les autres à mettre à mal les bases mêmes de notre Constitution ». Signé LASSIAT, ancien curé à Valff.

En date du 3 février, malgré les risques réels de représailles, le maire JOURDAIN et les municipaux RIEGLER, ROSFELDER et NACHBRAND signent une attestation de bonne conduite de WEIDELÉ. Le 17 mars, WEIDELÉ, croupissant toujours en prison, demande à être jugé : puni s'il est coupable ou libéré s'il est innocent car pendant sa détention, argumente-il, ses terres restent incultes et sa femme doit s'occuper seule de ses 5 enfants en bas âge.

28 avril 1794

Le 28 avril, il est ramené à Valff et confronté à LASSIAT dans la maison commune par le juge de paix. LASSIAT lui reproche de ne pas avoir livré le foin requis pour l'armée et d'avoir fuit à Reichsfeld pour ne pas être inscrit sur la liste des conscrits. Suit l'interrogatoire de Joseph KISSLER qui relata qu'après avoir bu de l'eau de vie avec l'accusé, l'alcool ayant fait son effet comme d'ailleurs souvent avec lui, ce dernier confirma son mépris pour LASSIAT qui, dit-il, ressemble à un mouflet avec son bonnet rouge. En outre LASSIAT devrait se méfier car les temps changent ! Par manque de témoins le procès fut reporté au 30 avril. Le juge faisant état de preuves insuffisantes pour sédition, déclara WEIDELÉ innocent et libre. LASSIAT pour sa part brilla par son absence ... il restait à son compte 8 livres et 10 pfennigs à payer pour frais de procédure. WEIDELÉ décédera le 18 juin 1830 à l'âge de 82 ans ... avec toute sa tête (physique).

Mais de son vivant il fut à l'origine d'un autre coup d'éclat qui l'opposa au maire Chrétien BURGSTAHLER. Le 10 novembre 1798, alors préposé au culte de la commune (marguillier), WEIDELÉ sollicita le commissaire du Directoire exécutif de Barr. Accusations :

  • Le maire aurait installé le nouvel instituteur à la première place pendant le culte à l'église sans en aviser le marguillier (WEIDELÉ)
  • Le maire aurait insulté ce dernier, dixit : « Il m'a prostitué devant l'assemblée en me traitant de chicaneur et de perturbateur public ! »
  • Le maire l'aurait menacé de prison s'il ne se présentait pas à la maison commune
  • En représailles, influencés par le maire, des citoyens auraient cassé les vitres de sa maison et sa femme terrorisée a dû fuir le village
  • Le maire matraque certains habitants par l'intermédiaire du garde champêtre Antoine Lutz par des amendes de délits ruraux et fermiers

Après enquête, les accusations seront considérées comme fausses et diffamatoires. La conduite du dit WEIDELÉ est jugée motivée par des sentiments haineux et méchants. En conséquence WEIDELÉ est condamné à payer les frais de procédure.

Jean George SCHNEIDER

Jean George SCHNEIDER, dit Euloge SCHNEIDER, est né à Wipfeld (Bavière) en 1756 de Michel SCHNEIDER et Marguerite BURGSTAHLER (sans lien avec les BURGSTAHLER de Valff). Il arrive en Alsace en 1791 et devint rapidement vicaire général puis prêtre constitutionnel, prédicateur à la Cathédrale de Strasbourg, et professeur au séminaire. Enflammé des idées révolutionnaires, il organisa un réseau constitué de prêtres défroqués, les Schneidériens, dont LASSIAT et certains comme lui venant d'Allemagne. Il pratiqua des réquisitions forcées, leva des taxes sur les riches, infligea des amendes et exposa les contrevenants à la vindicte publique. Il sera arrêté sur l'ordre de Saint Just (guillotiné le 28 juillet 1794) et Le Bas (qui se suicida le même jour) et qui travaillèrent avec lui pendant leur séjour en Alsace. En octobre 1793, il devient accusateur public du tribunal révolutionnaire de Strasbourg. Entre octobre et décembre 1793, il fera guillotiner 25 personnes et plusieurs seront déportées. Il sévit dans la région de Barr du 2 au 14 décembre avec dans ses bagages une guillotine portative bien affûtée.

SCHNEIDER (photo) dans son journal du 31 octobre écrivit un article où il fait l’apologie de la guillotine. L’article est appelé  La danse de l’ours : « Depuis qu’est dressée cette bienfaisante machine, les aristocrates, les feuillants, les agioteurs, les usuriers, les accapareurs, tous les ennemis du peuple, depuis le banquier jusqu'au mitron, depuis la laitière jusqu'au boucher à la trogne fleurie, tous sont entrés en danse. Ils sautent, tournent, gambadent et se trémoussent. Que c’est plaisir à les voir et pour finir ils font une respectueuse révérence à ce grand taille-choux (la guillotine) ». En souvenir de son passage, la veuve du juge de paix d'Epfig, fera ériger dans le cimetière Sainte Marguerite une stèle avec ces mots : « Ici attend l'heure de la résurrection l'honorable Louis Armand KUHN, 49 ans, juge de paix. La justice et la bonté ont imprégné sa vie, fidélité et inflexibilité ont marqué sa mort. Il mourut en holocauste par la folie meurtrière d'Eulogue SCHNEIDER. Il fut exécuté sur la place du marché d'Epfig le 11 Christmonat 1793. Suppliant à genoux il demanda grâce à ses bourreaux. Dans la douleur et par amour sa veuve inconsolable et ses deux enfants lui érigèrent ce monument. La paix de Dieu soit avec lui ». 

Stèle du juge de Paix au cimetière Ste Marguerite à Epfig Eulogue SCHNEIDER

Mythes et légendes

Eulogue SCHNEIDER apparaît, selon la légende, voyageant les nuits orageuses sur la route de Mittelbergheim à Barr ... sa tête coupée à la main, dans un carrosse suintant de sang, tiré par des chevaux-squelettes menés par un cocher brandissant un couteau. Le beau-père de SCHNEIDER, Jean Frédéric STAMM, ancien marchand de vin, héritier de sa pensée, est connu pour avoir profané le sanctuaire du Mont Sainte Odile.

Malgré les pressions, Sarah STAMM refusera de déposer contre son mari. SCHNEIDER la choisie, d'après la légende populaire, parmi les plus belles filles de Barr réunies au temple de la Raison (église Saint Martin). Épris par la charmante Sarah, il envoya par l'intermédiaire d'un gendarme une missive au père de la dulcinée dans laquelle il écrivit : « Permettez que votre fille lise les deux mots que je lui adresse ci-joint, et si vous consentez à notre mariage, je vous promets, foi de républicain, de la rendre heureuse » puis à l'attention de la fille « Je t'aime, je te demande à tes vertueux parents, et si tu me donne ta main, je ferais ton bonheur ». Pour évaporer toute hésitation, il assura en outre d'une épargne de six mille livres. Après sa lune de miel écourtée, elle retourna dans sa famille. Elle se remaria et ouvrit, dit-on, un pensionnat pour jeunes filles à Sélestat.

La guillotine

La guillotine est une machine de conception française, inspirée d’anciens modèles, et qui fut utilisée en France pour l’application officielle de la peine de mort par décapitation. La petite phrase vient du médecin et homme politique Jean Ignace GUILLOTIN : « Avec ma machine, je vous fais sauter la tête en un clin d’œil, et vous ne souffrirez point ». Le nom de guillotine s’imposa donc rapidement et écarta la « louisette » (ou « louison ») forgée à partir du nom de son concepteur mais restée dans un cercle restreint. Les publicistes avaient même songé à l’appeler « mirabelle » tant l’ex-comte de MIRABEAU donnait des coups de boutoir à la monarchie.

Le mardi 17 avril 1792, se sont retrouvés à l'hôpital de Bicêtre dans la cour de la prison, le docteur LOUIS et ses collègues, à savoir GUILLOTIN et le médecin-chef de l’hôpital qui avait réservé des cadavres frais pour l’événement, le mécanicien SCHMIDT, le charpentier GUIDON, et le bourreau Charles-Henri SANSON, des personnalités de l’Assemblée nationale et des médecins renommés. GUILLOTIN fut satisfait et LOUIS se félicita du succès et fit le rapport suivant : « Les expériences de la machine du sieur SCHMIDT ont été faites mardi à Bicêtre sur trois cadavres qu’elle a décapités si nettement qu’on a été étonné de la force et de la célérité de son action. Les fonctions de l’exécuteur se borneront à pousser la bascule qui permet la chute du mouton portant le tranchoir après que les valets auront lié le criminel et l’auront mis en situation ». La guillotine fonctionna pour la dernière fois à la prison des Baumettes à Marseille en septembre 1977. 

« Il y a eu de la lâcheté partout où il y a eu de la tyrannie »

Jean Louis GUEZ DE BALZAC (1631)

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