Pendant des décennies, des Alsaciens et Lorrains se sont engagés dans la Légion étrangère. L'engagement dans la Légion est réservé aux hommes entre 17,5 et 39,5 ans et a compté, depuis sa création jusqu'en 1963, plus de 600 000 soldats : des Allemands, Italiens, Belges, Français, Espagnols et Suisses et ressortissants des pays d'Europe de l'Est et des Balkans dans les années 2000.
1893. Dix-sept jeunes d'Alsace et Lorraine, engagés dans la Légion étrangère, décèdent. La liste des noms est diffusée dans les journaux alsaciens et lorrains. Ces jeunes ont préféré servir dans l'armée française et particulièrement dans la Légion alors que l'Alsace et la Lorraine est annexée à la Prusse. Parmi ces jeunes est cité le nom d'un jeune de Valff : Joseph HIRN. Il laissera la vie au Vietnam [en savoir plus : Le légionnaire Joseph Hirn].
La vie dans la Légion
Un article paru dans un journal local allemand déclarait en 1892 : « Quel dur sort attend les imprudents qui se vendent pour servir dans la Légion étrangère ! La presse en a déjà débattu d’innombrables fois, et pourtant elle ne doit pas se lasser de faire entendre toujours de nouveau sa voix d’avertissement. La grande consommation d’hommes qu’entraîne cette troupe apparaît une fois de plus très clairement dans le fait que, l’un de ces derniers jours, pas moins de 21 nouveaux certificats de décès ont été envoyés d’un seul coup en Alsace-Lorraine ».

Un article paru dans le courrier des lecteurs du journal Neueste Nachricht General-Anzeiger für Elsass-Lothringen du 7 août 1886, imprima la réponse du journal à l'attention d'un lecteur : « Monsieur J. M. Si votre frère a commis la folie, en tant que réserviste de remplacement, de franchir la frontière pour aller à Alger afin d’y découvrir les agréments de la Légion étrangère, mais qu’il en a eu assez rapidement et souhaite maintenant revenir, alors laissez-le revenir au nom de Dieu, à condition qu’il puisse s’en libérer là-bas assez vite.
Il ne sera pas fusillé ici pour s’être enfui, mais il ne recevra sûrement pas de récompense, car l’alinéa 3 du § 360 du Code pénal allemand stipule : “Quiconque, en tant que réserviste en congé ou membre de l’armée de terre ou de mer, émigre sans autorisation, ainsi que celui qui, en tant que réserviste de remplacement de première classe, émigre sans avoir informé à l’avance l’autorité militaire responsable, sera puni d’une amende pouvant aller jusqu’à 150 marks ou d’une peine d’emprisonnement”. Il serait bon que tous les jeunes gens en prennent note ».
Qui était Joseph HIRN ?
Joseph est né le 5 septembre 1870, fils de François Antoine et de Marie-Anne VOEGEL. Il décèdera du paludisme à l'hôpital militaire français au Vietnam, laissant derrière lui neuf frères et sœur et sa mère qui décèdera l'année suivante.

Triste présage
Voici quelques extraits d'un éditorial paru déjà en octobre 1886 dans le même journal : « Je pense ici notamment à la situation terrible où des frères lèvent les armes les uns contre les autres, et combien la situation pourrait devenir difficile si un conflit franco-allemand devait éclater brusquement ? Alors, je demande : qui porte véritablement la faute dans la plupart de ces cas ? Ne sont-ce pas ceux qui veulent servir dans l'armée française et surtout éviter les garnisons, des haïs sans raison, ces"Schwowe" ? [..] Que dire de ceux qui tournent le dos au pays où ils ont reçu la finesse et la galanterie, le pays qui parle la même langue maternelle, la voix du sang, rejoignent ceux qui méprisent, ceux qui les appellent "ces stupides Alsaciens" ? " Ils atterrissent dans la Légion étrangère, sous des climats insoutenables, des marécages nauséabonds du Tonkin, entourés de hordes d'incivilisées et sous les bravadent de supérieurs qui les considèrent, comme le nom de leur unité l'indique :" des étrangers" ».
Nous ne voulons plus de guerre, mais la peur demeure !

Pourquoi les parents ne crient-ils pas dans les villes et villages ces terribles mots : « Si quelqu'un exprime le souhait de rejoindre la Légion étrangère, soyez assez bon pour lui donner 2 sous pour qu'il s'achète une corde pour qu'il puisse plutôt se pendre au prochain arbre ! ».

En 1914, cette peur devint réalité !
Source : Gallica