Un article paru dans le journal de Lozère en 1827, relate un évènement climatique qui a coûté la vie au sacristain de Valff. Aucun autre journal connu ou conservé ne mentionne cet épisode.

Les événements à Valff du 2 au 3 août 1827

Mais nous avons un témoin oculaire, Florent WUCHER de Valff, qui retranscrit dans son carnet de mémoires, ce qui se passa ce fameux jour d'août. Rapportons les faits. Il écrit : « L'année 1827 a débuté favorablement. Ce fut une année chaude et sèche, mais orageuse. Les récoltes des foins furent abondantes et même le vin ainsi que la récolte d'autres fruits ont été satisfaisantes. Tout aurait été si parfait s'il n'y avait pas eu ce 5 août. Ce jour-là se déroula un désastre malheureux que je vais vous raconter :


Le matin du jeudi 2 août 1827, nous entendions déjà au-dessus de nos maisons quelques grondements de tonnerre descendant des Vosges. Une pluie fine accompagna beaucoup d'éclairs sourds. On craignait un déluge de pluie, mais l'horizon se dégagea et nous avons profité pour rentrer toute l'orge malgré la grande chaleur de ce jour. Au soir, et durant toute la nuit, sans s'arrêter, les éclairs illuminèrent les montagnes. Nous souffrions d'une chaleur torride. Au matin, le ciel peu à peu s'obscurcit. L'air devint irrespirable. Des éclairs et des tonnerres ne présagèrent rien de bon, mais vers 16 heures, nous constations avec soulagement que le ciel s'éclaircissait à nouveau ...

Au deuxième matin, des nuages sombres se déplacèrent, certains vers le nord, d'autres vers le sud. Un gros nuage noir descendant de la vallée de Barr choisit de se diriger droit sur le village. Peu de tonnerres, peu de pluie… mais d'un coup, la foudre frappa le haut du village et un noyer plia.

Puis un deuxième éclair... celui-ci frappa l'église St-Blaise. La décharge traversa le clocher, juste à côté de la corde des cloches et ressorti au niveau des jardins. Un deuxième trait pénétra par l'autre toit. Il pulvérisa des planches en sapin ainsi qu'une poutre de la charpente qui s'enflamma. Il fracassa une deuxième poutre qui détruisit le tableau de Saint-Sébastien stocké dans la tour. Sous ce tableau, un bout de planche avait été brisé d'une ouverture de la grandeur d'une main. Les témoins rapportèrent que l'on aurait pu passer un couteau. C'est à cet endroit que la foudre a tué l'aide instituteur et sacristain Karl FUCHS, originaire d'Uttenheim ! »

Wucher poursuit : « Sa tête était bleue d'un côté et rouge sang de l'autre. Sa poitrine s'était gonflée, ses habits et ses chaussures béaient en lambeaux. C'est la boule de feu (die Augen des Streichs) qui causa son trépas ! Au moment de la décharge, se tenaient à ses côtés près de la petite corde des cloches, deux enfants de chœur que la foudre projetèrent au sol, mais sans les blesser. Des habitants alarmés ont tout de suite accouru. Le charpentier de Valff, Ignace GRAF, a arraché avec son matériel de charpentier et au péril de sa vie, les planches en feu du clocher. Les dégâts matériels sont limités, mais le traumatisme des habitants est immense. Deuil et consternation ! Le pauvre Karl FUCHS a été enterré le 4 août en présence de tous les habitants choqués qui l'appréciaient et le regretteront ».

Acte de décès de Charles FUCHS. Il servait comme sacristain et aide-instituteur sous l'autorité du maître d'école François-Antoine LEYBACH, nommé en juin 1819. Sa mère, Régine KORNMANN était originaire de Valff. Son père Antoine décèdera, deux ans pilent après son fils, à Uttenheim. Le couple a eu 11 enfants

Acte de nomination de François Antoine LEYBACH du 16 juin 1819 en tant qu'instituteur principal de l'école communale de Valff. Il fut choisi avec l'aval du maire ANDRES, de son oncle, le curé LEYBACH et de Jean KLEIBER, membre du Conseil. LEYBACH sera révoqué pour manque de zèle en 1845

Relevé de l'évènement dans le registre des délibérations de la commune

« Aujourd'hui, le 3 août 1827, à quatre heures du matin, s'est abattu sur le village un terrifiant orage (erschräckliches Gewitter). À cinq heures, un éclair a frappé et incendié le clocher de l'église, mais a été circoncit grâce à l'intervention des charpentiers locaux, Ignatius GRAFF, Michel GOTHMANN et Florent WIMON. Par le travail de ces hommes, les dégâts se sont limités à la somme de (à remplir). Par contre, le trait a tué le regretté aide-instituteur Charolus FUCHS au moment où il sonna la grande cloche ».

Séance du 14 août 1827

Après un devis estimatif dressé par l'architecte d'arrondissement, les coûts de réparations du clocher sont estimés à 520 francs et 6 centimes.

En 1843, le conseil municipal décide de faire poser un paratonnerre sur le clocher de l'église St-Blaise. La foudre vient de détruire pour la troisième fois, en quinze ans, une partie du clocher et la charpente de l'église. 

(1) Charles FUCHS était âgé de 21 ans. L'accident se produisit à cinq heures du matin en sonnant les cloches des mâtines, ce qui troubla profondément les habitants. La foudre le frappa alors qu'il était affairé à la préparation de l'office du matin. Son père, Antoine, était journalier et habitait au 112 de la rue principale. Sa mère s'appelait Anne KORMANN. Florent WUCHER était en parenté avec la victime du côté de sa mère.

Sources : archives de la commune

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Un peu d'histoire

De Valva à Valff, c’est tout d’abord un livre. A la fin des années 80, André VOEGEL et Rémy VOEGEL, Valffois et passionnés d'histoire, écrivent « De Valva à Valff » qui raconte l'histoire de la commune, petit village alsacien à proximité d'Obernai. L'ouvrage reprend, chapitre après chapitre, son histoire et celles de ses habitants. Dans les années 2010, Rémy VOEGEL complète la connaissance du village par divers textes édités dans le bulletin communal. 

Suite au décès d’André VOEGEL en février 2017, Rémy et Frédéric, son fils, se lance le défi de partager via le présent site les archives dématérialisées du livre, les vidéos de Charles SCHULTZ, sans oublier la publication des 40 classeurs historiques d’Antoine MULLER. Ces classeurs sont une mine d'or incroyable, car ils retracent en images toute l'histoire du village, de ses associations et de ses habitants.

Depuis, le devoir de mémoire de notre village alsacien se poursuit semaine après semaine.