Dans le premier volet de l'article, nous avons enquêté sur une éventuelle implication de production de fausse-monnaie concernant un certain Jacques BAECHLER (BÄCHLER) de Valff. De nouveaux éléments vont prendre une tournure incroyable à nos recherches, des liens jusqu'à l'Élysée et Valéry Giscard d'Estaing !
Jacques BAECHLER

Le tisserand Jacques BAECHLER dont nous avons parlé dans le premier volet est né à Meistratzheim le 7 juillet 1813, époux de Marie-Françoise Justine HEISSLER de Valff.

Et s'il avait un homonyme ?
Cette histoire est un bel exemple comment peut naître une erreur judiciaire. Nous pensions qu'il s'agissait du père, voici le fils ! En voilà la preuve :

Annonce concernant l'implication de Charles WEIL de Stotzheim et de Jacques BAECHLER de Valff dans un trafic de fausse monnaie le 3 décembre 1876

Compte-rendu du procès à Colmar des accusés de fabrication de fausse monnaie dont Jacques BAECHLER de Valff du 11 février 1877
Qu'apprenons-nous ?
- Le Jacques BAECHLER de Valff est maréchal-ferrant et non tisserand
- Il a 28 ans et serait né vers 1849
- Sa femme s'appelle Justine HUCK, 25 ans, née à Bischoffsheim
Il s'agit sans erreurs d'un autre Jacques BAECHLER !
Qui était alors ce Jacques BAECHLER ?

Manufacture des tabacs de Nancy
Le faux-monnayeur, Jacques BAECHLER est né le 5 juillet 1858 à Valff, fils de Jacques. Le 8 octobre 1873, il épouse à Nancy, Justine HUCK, cigarière de Bischoffsheim, demeurant à Nancy. Il est forgeron-mécanicien, travaillant, comme Justine, dans l'usine de fabrication de tabac à NANCY. Il est le fils du Jacques et de HEISSLER Marie-Françoise de Valff dont nous avons parlé auparavant.



Usine des tabacs à Nancy
Justine et Jacques ont eu un enfant hors mariage. Elle est prénommée Marie Justine, née en 1873, décédée en 1954. Elle sera reconnue par Jacques à l'occasion de son mariage. Marie Justine épousera l'artiste peintre René PIOT à Paris.

Dans l'acte de mariage de Paul Marie René PIOT et de Marie Justine BAECHLER du 17 mars 1903, on note qu'il est sans profession, domiciliée avec son père au 11 passage Alexandre à Paris. Justine HÜCK est déclarée empêchée. Témoins : Henri RUPP, artiste peintre, administrateur de musée, George DESVALIERE, artiste-peintre, Georges Rouault, conservateur de musée Gustave Moreau.
René PIOT (14 janvier 1866, Paris- 24 avril 1934, Paris)

Ses enfants
Hélène Marie-Renée, née le 13 juillet 1898 à Arcueil Cachan, légitimée lors du mariage des parents, décédée le 16 novembre 1960, épouse d'Albert FRANÇOIS-PONCET, industriel, docteur en droit et aviateur. Docteur en droit, industriel depuis 1918, vice-président (1956-1971), puis administrateur et vice-président d'honneur (depuis 1972) des entreprises J.-J. Carnaud et Forges de Basse-Indre, entre-autres fabrications, des boites de conserves. Le couple habitait au 23 avenue Charles Floquet, 7e arrondissement à Paris.
Enfants de Renée PIOT et d'Albert FRANÇOIS-PONCET :
- Dominique, épouse Bernard Ernest TOUSSAIN
- Michel (1935-2005) : Banque Paribas
- Martine
- Philippe

René PIOT, danseuse cambodgienne en 1922

Le 12 mai 1924, la fille de Justine BAECHLER et le peintre René PIOT, Marie-Hélène PIOT, épouse à Paris, dans le 16ᵉ arrondissement, Albert FRANÇOIS-PONCET, fils du magistrat Henri Marie FRANÇOIS-PONCET, chevalier de la Légion d'honneur et de Fanny aimée GUIDONNET. Le marié, Albert François-PONCET est industriel. Justine et le peintre PIOT habitent au 62 rue Théophile Gautier à Paris.


Le frère d'Albert, André FRANÇOIS-PONCET sera, entre-autres, ambassadeur de France en Allemagne. Son fils, Jean-François PONCET est le sénateur et ministre des Affaires étrangères sous la présidence de Valéry Giscard d'ESTAING.
Revenons au jugement de Jacques BAECHLER et compagnie, le faux-monnayeur

Tribunal de Colmar fin du XIXe siècle
Colmar, correspondance du Elsässisches Journal, tribunal correctionnel du Haut-Rhin, première session trimestrielle 1877, audience du 9 février :
Affaire de fabrication et diffusion de fausse-monnaie. Accusés : Karl WEYL, 32 ans, serrurier de Stotzheim ; Jakob BAECHLER, 27 ans, serrurier de Valff ; Justine HÜCK, 25 ans, épouse BÄCHLER, originaire de Bischoffsheim et Anna Maria FALLER, 21 ans, célibataire de Uffholz, tous les quatre habitants à Mulhouse, jugés pour fabrication et diffusion de fausse-monnaie.
Sur les quatre, seul WEYL est déjà condamné, quand il était soldat, pour détournement de fonds. WEYL est l'accusé principal. C'est lui qui entraîna BAECHLER et le forma dans cette entreprise. C'est chez WEYL, qu'on a retrouvé les moules et les formes en plâtre ainsi que le matériel de presse. Les monnaies étaient d'abord coulées en plomb et étain, puis en étain et antimoine en pièces de 1 mark, Thaler, pièces de 2 francs, 5 lires et 5 marks.
Leurs agissements ont duré d'août 1876 au 2 novembre 1876. Les pièces ont été distribuées d'abord par les femmes puis par les hommes dans les environs de MULHOUSE, Sennheim (Cernay), Thann, Colmar et Strasbourg. Les deux hommes ont été appréhendés à Sennheim le 2 novembre 1876, alors qu'ils étaient en train de distribuer leurs fausses pièces. Les quatre accusés plaident coupables.
Jugement : Le principal coupable, CHARLES WEYL (né à Stotzheim, le 9 juin 1844, de Valentin et KEHR Anne-Marie) est condamné à cinq ans de prison. Jacques BAECHLER, avec situations atténuantes, à trois ans de prison. Anna Maria Justine HÜCK et Anne-Marie FALLER, chacune à trois mois de prison pour recel. Tous sont condamnés aux frais de procès.
Procureur : SCHMOLZE
Les avocats DOINET, HEIFFER et DANZEL