Un fait-divers sympathique, relaté dans le journal Neueste Nachrichten en 1886, va prendre une tournure inattendue, une histoire romanesque à Valff avec deux tourtereaux prenant un bain d'amour dans la Kirneck. Voyez-vous même !
Un amour renversant
En descendant le Breitenweg le 15 septembre 1886, une charrette chargée de regain avançait lentement et en tanguant en direction du village. Elle était attelée de deux jolies juments, à côté desquelles marchait le fermier et propriétaire, le visage rayonnant de joie tout en bavardant avec un bon ami au sujet du magnifique temps de septembre.
Sur la charrette trônait un jeune couple d’amoureux insensibles, ni au climat, ni au charme du paysage, n'ayant d'yeux que l'un pour l'autre. Ils devaient bientôt être unis par les liens les plus doux d’Hyménée, et étaient plongés dans la plus tendre des conversations. Soudain, les roues de la charrette, qui s’était approchée trop près du ruisseau de la Kirneck, s’enfoncèrent dans la rive molle ; toute la charge se renversa, et les adeptes de Maître Amour se retrouvèrent projetés dans la rivière. Ce bain involontaire ne dura que quelques secondes, mais l’humidité n’eut pas le temps de pénétrer jusqu’au cœur de nos amoureux intrépides pour le refroidir, et c’est très bien ainsi.
Moralité : Attention ! Il n'est pas impossible à Valff de con(voler) dans un bain d'amour !

Vous vous dites peut-être : ce n'est qu'une belle histoire ! Mais savez-vous que l'histoire a une suite ? Envie d'en connaitre plus ?
L'exploitation commerciale
Un mois plus tard, la machine commerciale a récupéré l'histoire. Un habilleur de la Spiessgasse à Strasbourg, situé au n°21, publia un insert publicitaire avec un poème au titre flatteur : Les amoureux de Valff. Ce poème reprenait le fait-divers de Valff publié en septembre. Le couple qui avait trempé leurs habits dans la rivière pourrait se marier sans problème avec faste et classe en s'habillant des parures et costumes achetés dans son magasin ! Il fallait oser !

Ce poème nous a inspirés. Et pourquoi ne pas en traduire le texte avec une pointe de romantisme ? Un peu d'intelligence [artificielle] et un soupçon de romantisme et voilà le résultat :
Les amoureux de Valff
De regain chargé sous un beau soleil de septembre,
Vers Valff, une humble charrette se fait entendre.
Les petits chevaux, d’un pas sûr et paisible,
Avancent doucement, d’un mouvement sensible.
Sur le siège, posés comme un tendre fardeau,
Deux amoureux enlacés forment un doux tableau ;
Ils se tiennent tout près, leurs cœurs battant en chœur,
À l’aube d’un amour fidèle et enchanteur.
Déjà vient le moment où s’uniront leurs vies ;
Le mariage attend, ainsi que leur doux « oui ».
Leur pensée s’envole, en rêves, tour à tour,
Vers des songes dorés et des serments d’amour.
Mais soudain la charrette hésite, puis chancelle…
Malheur ! en un instant tout bascule avec elle :
Le regain, les amants, leurs projets enchantés,
Dans la Kirneck sont brusquement versés.
Par chance, nulle blessure en ce caprice du sort :
Le destin fut clément, la rivière un réconfort.
Leurs habits ruisselants sèchent au vent du matin,
Et demain le mariage aura lieu, c’est certain.
Car si l’eau les a pris, la flamme n’a pas faibli
Leur ardeur, loin de faiblir, n’en ressort que plus unie.
Ni chute, ni frayeur, ni le courant troublé
Ne pourrait refroidir ce que leur âme a scellé.
Mouillés sont les habits, mais brûlants sont les cœurs ;
Plus fort qu’un large flot se relève leur bonheur.
Ainsi, radieux, unis, demain, ils iront
Offrir à la postérité cette magnifique chanson.
Le magasin d'habillement s'appelait Die GOLDENE 21 et se trouvait au 21 de la rue Spiessgasse. Il s'agit de la rue des Hallebardes.


Allons-nous en rester là ? L'occasion est trop belle ! Et pourquoi ne pas mettre notre chef-d'œuvre en musique ?
Les amoureux de Valff, la suite
Quand l'amour s'envole autrement !

Et pendant ce temps en juillet ...
« Je, sous-signé, J. SCHWARTZ, habitant au 10, Siebenmannsgasse (rue des sept-hommes, quartier gare à Strasbourg), déclare que ma femme, Françoise MEYER, née à Valff, s'est barrée de la maison à sept heures du matin, et cela, pour la deuxième fois, avec l'excuse d'aller à l'église. À ce jour, elle n'est pas réapparue. Je communique donc à tous, et fait savoir, qu'à partir de ce jour, je ne la considère plus comme ma femme et décline toute responsabilité la concernant ! » Voilà, c'est dit ! Love is in the air ! ♫ ♪ ♫
PS : Françoise retourna à Strasbourg, elle décéda 10 ans plus tard. Elle décéda en avril, en juillet son mari était remarié. L'article a été publié un an après leur mariage. Il semble que Joseph SCHWARTZ n'était finalement pas rancunier envers les femmes : il en a épousé trois ...
Source : Gallica