Dans son atelier, le Père Romuald BAKUN transforme le verre en poésie. Entre spiritualité et savoir-faire, ce prêtre-artiste redonne vie à un art séculaire, pièce par pièce, à la main.
Un parcours de missionnaire et d'artiste
Avant de poser ses valises en Alsace il y a quatorze ans, et d'officier à Valff depuis deux ans, le Père BAKUN a parcouru le monde. Son chemin l'a mené de l'Afrique (République Démocratique du Congo) à la Belgique, en passant par l'Irlande, la Grèce et la Corse. Autant de terres qui ont nourri son regard et son âme. Tout au long de cette vie itinérante de « baroudeur du Christ », l'art l’a toujours accompagné.

Il a exploré diverses formes de création comme l'écriture (auteur d’une dizaine de livres sur ses recherches culturelles en Afrique), le dessin, la peinture et la sculpture, s'intéressant toujours « aux choses difficilement réalisables, aux matériaux et supports difficiles à travailler ». Mais c'est finalement le vitrail qui a capturé son âme d'artiste autodidacte.
Le vitrail : une école de patience et un symbole d'Église
Le travail de « vitrailliste » ou de « bricoleur multi service » comme il aime se définir, est une discipline exigeante qui demande lenteur et minutie. Pour le Père BAKUN, c'est un exercice spirituel en soi : « En réalisant un vitrail on fait en même temps un travail sur soi-même, on exerce la patience, la persévérance, la maîtrise de soi ». Dans un monde pressé, le Père BAKUN nous rappelle que la beauté naît de la lenteur et de la patience. L’émerveillement est quasi permanent. La satisfaction de créer quelque chose avec ses propres mains aussi.

Au-delà de la technique, il voit dans cet art une métaphore puissante de sa foi et de la communauté chrétienne. Il compare souvent le vitrail à l'image de l'Église, où chacun doit trouver sa place pour former un tout harmonieux. « Chose curieuse, même les verres sombres et opaques ont un rôle à jouer. C'est une très belle symbolique pour l'église ». Sa plus grande satisfaction réside dans le fait de « marier » les couleurs et de « souder » des verres qui, par nature, ne s'assemblent pas. C'est la lumière qui vient ensuite unifier l'œuvre, lui donnant son sens et sa vie. Le résultat final est toujours bleffant. C’est beau d’observer les couleurs et leur combat avec la grisaille de la vie quotidienne. Travailler et rêver, rêver et continuer à travailler…
Un savoir-faire face aux réalités modernes
Si la démarche est spirituelle, l'ancrage est bien réel. Le Père BAKUN travaille à petite échelle, entièrement à la main, malgré un contexte économique difficile. Depuis la crise sanitaire, il a vu le coût des matériaux (étain, plomb, cuivre, verre) tripler. Pourtant, il continue de répondre aux demandes de particuliers ou institutions. Parmi ses œuvres notables, on peut admirer deux vitraux réalisés pour les pompes funèbres d’Obernai (rue de Pully) et des créations (Sacré-Cœur, chemin de croix en 14 stations) pour l’oratoire des Sœurs Servantes du Cœur Sacré de Jésus à Scy-Chazelles. Plusieurs de ses ouvres embellissent les chapelles et les maisons en Grèce et en Corse.

Sa maison reste ouverte à ceux qui souhaitent découvrir ce savoir-faire rare. C’est une occasion de partager sa passion. Pour le Père BAKUN, c'est « beau d'être au service de la lumière, la faire passer de là-haut vers les réalités de notre vie ». Une mission qu'il accomplit chaque jour, à l'autel comme à l'établi.
À contre-courant de la frénésie moderne, le Père BAKUN rappelle que la beauté naît de la sérénité et de la rigueur. Ses vitraux ne sont pas de simples ornements : ce sont des éclats de lumière qui réconcilient le ciel et la terre, offrant à ceux qui les contemplent un instant suspendu, loin du tumulte.


