Au 201 de la rue Principale de Valff s'élève la maison délaissée de l'ancien restaurant à la Couronne, abandonné définitivement dans les années 80. À quoi ressemblait le restaurant à l'époque de sa gloire au XIXe siècle ? Un article paru dans le journal Neueste Nachricht lève le voile. Suivez le guide.

Le restaurant

Le restaurant était prisé, témoin l'article publié par le vélocipédiste andlauvien Alexandre KIEFFER : Excursion vélocipédique en Alsace en 1888. Pour quelle raison le journal Neueste Nachricht consacra tout un article à sa promotion, une petite pièce ? Mystère.

Traduction : « 19 septembre 1887. Celui qui, en campagne, cherche un bel et correct local à bière doit se rendre à Valff chez RUCH, l'aubergiste à la Couronne. Spacieux, gai, illuminé et propre, voilà les qualificatifs de la Schankstube (Stub à bière). Saine et délicieuse est la bière servie qui fait tout honneur au brasseur WAGNER de Mutzig ».

Brasserie WAGNER de Mutzig en 1936

« L'aubergiste est compréhensif, aimable et avenant. Il y a quelque temps, l'auberge a été agrandie de presque la moitié de sa surface. Au centre du local siège un majestueux et beau billard avec des boules de qualité sur lequel un chacun, après une harassante et chaude journée de travail, jouira de moments de détentes. À l'arrière, juché sur un petit podium trône le comptoir qui peut être déplacé et laisser la place à la chorale locale qui, cet hiver, pourra enchanter son auditoire. 

Les travaux de peinture dans la Stub ont été réalisés avec raffinement par le peintre GRUCKER de Goxwiller et méritent toute louange, tout comme les travaux de menuiserie réalisés par l'artisan KÖHLER. Derrière l'auberge se dresse un haut bâtiment vide appelé "Der Tempel" (Le temple). Au premier étage sera aménagé, sous peu, un grand et règlementé local de danse où notre jeunesse pourra, selon désir, se divertir. Les musiciens ne seront pas oubliés puisque, chaque hiver, le lieu est le rendez-vous des musiciens itinérants, comme, les violonistes. Au premier étage sera aménagée, une jolie et spacieuse chambre pour les membres de l'association des anciens combattants qui ne cessera, on l'espère, de s'étoffer cet hiver (guerre de 1870).

L'aubergiste à la Couronne n'est pas avare d'efforts et de sacrifices pour satisfaire ses clients d'un séjour agréable et joyeux. De nombreux aubergistes d'Alsace-Lorraine devraient prendre de la graine et en exemple Monsieur Joseph RUCH ».

Recensement de 1885. Joseph RUCH est "Spezereihändler", épicier. Florent est au soin de Joseph et MULLER Walburg, la sœur de Marie, l'épouse d'Émile, est servante. Émile, le frère de Joseph, est Schenkwirth (aubergiste)

Joseph RUCH

Joseph est né le 28 mars 1838 à Rosheim, de Florent, marchand de taies, et Catherine SAAS, née en 1814 à Valff. Son père, Florent, est décédé l'année passée de l'article, en décembre 1886. Catherine Saas en 1884. Joseph et Émile, leurs fils, ont donc repris et réaménagé l'auberge héritée du côté de leur mère et exploitée jusqu'à présent par leur père [Voir : Un corbeau à Valff !].

Après cet article, Joseph disparait des radars. Émile décède à Obernai. Le 4 août 1900, la petite fille d'Émile jouait paisiblement sur la route principale devant le restaurant avec des allumettes quand sa petite robe prit feu. Alerté par les cris des autres enfants, l'aubergiste accourut et réussit à étouffer les flammes avec son corps. Malheureusement, les brûlures de la petite étaient si graves qu'elle décédera quelques jours plus-tard.

Déjà en 1886 le journal avait parlé du restaurant. C'est sûr maintenant, le journaliste était un pote du restaurateur !

« Quiconque a déjà voyagé par Walf et avait besoin d’un petit rafraîchissement ne pouvait certainement faire autrement que d’essayer le vin excellent de l’aubergiste RUCH de la Couronne. De plus, c'est un homme prévenant, et tous les voyageurs qui passent par la route le savent bien ; ils ne peuvent s’empêcher de souhaiter au moins un “bonjour”. Par la fenêtre de l’auberge, on a une vue magnifique à l'ouest sur le Mennelstein et sur l'Odilienberg, et avec la lunette du patron, on peut, par beau temps … même voir les pieux pèlerins gravir les sentiers du mont. On peut également, depuis la salle de l’auberge, embrasser d’un regard une grande partie du village et admirer les principales beautés de la commune, telles que la maison communale, l’église, l’école, etc. En raison de ces circonstances, l’aubergiste a eu l’idée de retirer son ancienne enseigne et d’y apposer l’inscription "Zum schönen Blick", "À la belle vue !" ».

Essai de reconstitution (IA)

Sources :

  • Archives de Valff
  • Gallica

Un peu d'histoire

De Valva à Valff, c’est tout d’abord un livre. A la fin des années 80, André VOEGEL et Rémy VOEGEL, Valffois et passionnés d'histoire, écrivent « De Valva à Valff » qui raconte l'histoire de la commune, petit village alsacien à proximité d'Obernai. L'ouvrage reprend, chapitre après chapitre, son histoire et celles de ses habitants. Dans les années 2010, Rémy VOEGEL complète la connaissance du village par divers textes édités dans le bulletin communal. 

Suite au décès d’André VOEGEL en février 2017, Rémy et Frédéric, son fils, se lance le défi de partager via le présent site les archives dématérialisées du livre, les vidéos de Charles SCHULTZ, sans oublier la publication des 40 classeurs historiques d’Antoine MULLER. Ces classeurs sont une mine d'or incroyable, car ils retracent en images toute l'histoire du village, de ses associations et de ses habitants.

Depuis, le devoir de mémoire de notre village alsacien se poursuit semaine après semaine.