20 mai 1832.  Le Conseil municipal de Valff se réunit en urgence. La raison ? Le clocher de l'église St-Blaise risque des dommages irrémédiables suite à la dégradation causée par la foudre. Encore !

Déjà en 1827, la foudre avait détruit une partie du clocher et tué le sacristain [en savoir plus : Et du ciel, la foudre frappa !]. Le Maire demande le passage de l'architecte d'arrondissement KUHLMANN pour analyse et étude de travaux. Ce dernier conseille des réparations diligentées de toutes urgences. Mais rien n'indique que des travaux aient été réalisés par la suite. Aucune dépense n'est enregistrée dans les comptes de la commune de cette année.

5 janvier 1834

La grande cloche de l'église est fendue ! Le maire informe le sous-préfet de Sélestat, BLANCHARD, que pendant la sonnerie ordinaire, la cloche s'est fendue. Le maire demande que, vu la médiocrité du métal de la cloche, il lui soit ajouté de la matière et qu'elle soit agrandie. C'est une façon diplomatique de faire passer le message : « On veut une nouvelle cloche plus grande ».

Autre argument : la cloche a un défaut et produit depuis longtemps un son aigu et discordant, inapte au service. La deuxième cloche se présente également avec des signes de faiblesse. Le Conseil prend donc la décision suivante : « Les deux cloches suspendues dans la flûte de la grande église seront refondues. » La grande cloche pèse aujourd'hui environ 400 kilos et devra, après la refonte et au moyen d'un supplément de matière, peser 600 kilos. La deuxième cloche pèse environ 330 kilos et devra en contenir 450 kilos, après refonte ! ».

Le Maire demande des devis : le fondeur devra s'occuper du démontage, du transport, de la fonte et du rajout de métal. Il serait payé en deux termes, la moitié dans l'année courante à la St-Martin, et le deuxième terme à la même date de l'année suivante. Le marché ne pourra être conclu qu'après approbation de l'autorité supérieure.

1980

Séance extraordinaire du 4 mars 1834

Le Maire réunit le conseil pour l'informer de la proposition du sous-préfet de délibérer s'il est bien d'accepter la proposition de soumission du fondeur de cloches EDEL de Strasbourg ou s'il serait préférable de procéder à une adjudication ? 

Vu le devis proposé, l'estimation de Monsieur KUHLMANN, architecte-voyer (fonctionnaire territorial), et le peu d'entreprises de fondeurs de cloches, le prix semble juste et modéré. Le devis est signé et les travaux seront supervisés par M. KUHLMANN, qui bénéficiera de l'hospitalité de la commune pour frais de surveillance de 33 francs. 

Petite cloche actuelle de 285 kg

Levée de bouclier chez les habitants de Valff

Les paroissiens, habitués depuis des générations au son mélodieux et rassurant de la petite cloche et qui étaient, d'après eux, parfaitement en harmonie avec la grande cloche, se manifestent violemment contre sa fonte. Les membres du conseil municipal se font sonner les cloches... et abdiquent !

Le conseil municipal de Valff

En conséquence, le 13 juillet 1834, le conseil municipal, sous la pression, décide la conservation de la petite cloche. Ouf ! Vox populi, vox Dei !

Vu qu'il manque maintenant un apport en métal pour couler la grande cloche, le prix de refonte grimpe à 900 francs.

15 octobre 1834

Encore un changement de projet ! Il est décidé de :

  • se faire livrer deux cloches neuves, deux pour l'église Saint-Blaise et une pour la chapelle Sainte-Marguerite
  • faire refondre la petite cloche de la chapelle Ste Marguerite et la grande fêlée (la cloche)
  • Le prix total grimpe ainsi à 2963 francs et 20 cts.

18 octobre 1834

Le conseil municipal se rappelle également qu'il faut penser à réparer le clocher pour des réparations à entreprendre au beffroi. La somme de 120 francs est allouée pour ces travaux. 

27 janvier 1835

Le maire informe son conseil, en dernier recours, que le prix définitif chiffré par l'entreprise EDEL s'élèvera à 2 882 francs et 20 cts

C'est fini ? … euh, pas encore ! Il faut ajouter 15 francs pour l'architecte, plus 35 pour ses frais de surveillance, renouvelables l'année suivante et la suivante. C'est tout ? Euh, pas encore ! Il faut ajouter 35 francs pour l'entretien de l'horloge et 200 pour le déficit de la fabrique de l'église et… 150 pour réparer la pompe d'incendie endommagée lors de différentes interventions sur des incendies criminels à Meistratzheim. Il ne manquait plus que ça. Et dire que tous les ans, avant Pâques, elles s'envolent… ! 🤢

1843, encore l'église !

Des réparations, encore des réparations ! Des infiltrations dans la charpente menacent le plafond en plâtre de la nef après un trait de foudre. Estimation : 800 à 900 frs !

Foudre sur la cathédrale de Strasbourg

La foudre a encore dézingué le clocher, et cela, pour la troisième fois en quinze ans ! Il faut agir ! Le conseil municipal décide enfin de prendre des mesures préventives et vote les fonds nécessaires pour l'acquisition et la pose d'un paratonnerre. Montant : 1500 francs. « Il y a des coups de foudre qui font des bleus au cœur », dira Pierre DORIS.

Délibération pour l'acquisition d'un paratonnerre en 1843

La fonderie EDEL

Peinture de 1884 par Émile SCHWEITZER de la fonderie EDEL à Strasbourg

Les bâtiments de la fonderie EDEL se situaient dans la rue Sainte-Barbe à Strasbourg. Aujourd'hui, il existe encore une rue Edel dans le quartier Vauban. On peut y lire :

Et pour les quelques nostalgiques du son que fait le tintinnabulement d'une cloche fabriquée à la fonderie EDEL :

Sources :

  • Archives de la commune
  • Fond Antoine MULLER
  • Gallica

 

Un peu d'histoire

De Valva à Valff, c’est tout d’abord un livre. A la fin des années 80, André VOEGEL et Rémy VOEGEL, Valffois et passionnés d'histoire, écrivent « De Valva à Valff » qui raconte l'histoire de la commune, petit village alsacien à proximité d'Obernai. L'ouvrage reprend, chapitre après chapitre, son histoire et celles de ses habitants. Dans les années 2010, Rémy VOEGEL complète la connaissance du village par divers textes édités dans le bulletin communal. 

Suite au décès d’André VOEGEL en février 2017, Rémy et Frédéric, son fils, se lance le défi de partager via le présent site les archives dématérialisées du livre, les vidéos de Charles SCHULTZ, sans oublier la publication des 40 classeurs historiques d’Antoine MULLER. Ces classeurs sont une mine d'or incroyable, car ils retracent en images toute l'histoire du village, de ses associations et de ses habitants.

Depuis, le devoir de mémoire de notre village alsacien se poursuit semaine après semaine.