Strasbourg, le 20 octobre 1785, le vicaire récollet Jolosanus BELTZER de l'église St-Louis située dans la citadelle de Strasbourg, griffe sur son registre de mariage l'acte de mariage de Jacques KACHELOFFEN et de la fille de Valff, Anna Barbara REIBEL. Cette trouvaille est le fruit d'une longue recherche qui débute à Valff. Quel est ce régiment de la Marck, où était-il cantonné qui le commandait ? Toutes ces questions feront le fruit de nombreuses recherches peu documentées. Suivons ce parcours de longue haleine.

L'église St-Louis après le bombardement de 1870
Dans les actes de cette époque, on trouve des traces d'unité dites : de Darmstadt, ou, par exemple, des militaires comme Nicolas JOST du régiment de la Marck, Dominique Philippe François LACUZE du régiment St-Louis, de Jean-Baptiste PREE de LORIOLE de la Légion dite de Bourgogne, Engelhart SOMMERHELD, instructeur au régiment HEINER, Christophe FISCHER, musicien au régiment du Roi, etc.
En 1782, le commandant de la citadelle de Strasbourg s'appelait Dominique de BERGUE, lieutenant du Roi, épouse Maria Henrica Victoria de Bergue. De BERGH (Charles, baron). Reçu chevalier de l'Ordre de Saint-Louis depuis 1740. Colonel d'un régiment d'infanterie allemande de son nom en 1744. Brigadier des armées du Roi, mai 1748.


L'acte de mariage de Jacques KACHELOFFEN et Anne Barbara REIBEL

« Anno millesimo septingentesimo octogesimo quinto, die vigesima quinta octobris, cum trina proclamatione in nostra ecclesia facta super duabus bannis alias facendis, dispensatum est, nullo detecto impedimento, a me infrascripto vicario ad Sanctum Ludovicum, nitriorem Argentiensem parochiae, praevio mutuo consensu facto, matrimonio vinculo in facie ecclesiae conjuncti sunt Jacobus Kacheloffen, opilionis (ou opificis ?) ex Sancto Martino dioecesis Spirensis, miles dimissus ex legione de La Marck, filius defuncti Jacobi Kacheloffen et Margaritae Ancel, et Anna barbara reibel oriunda ex Valff filia defunti Joannis Jacobi Reibel et Magdalena Lutz ».
L'an mil sept cent quatre-vingt-cinq, le vingt-cinq octobre, après trois proclamations faites dans notre église, et dispense des deux autres bancs à publier, aucun empêchement n'ayant été découvert, par moi, soussigné vicaire de Saint-Louis, paroisse de St Ludovic de Strasbourg, après consentement mutuel, ont été unis par le lien du mariage en face de l'église : Jacques KACHELOFFEN, originaire de Saint-Martin, diocèse de Spire, soldat réformé de la Légion de La Marck, fils du défunt Jacques KACHELOFFEN et de Marguerite Ancel et Anna Barbara REIBEL originaire de Valff, fille du défunt Jean Jacob REIBEL et Marguerite LUTZ.

Le document
L'enquête, au sujet du militaire, débute avec l'analyse d'un acte de décès du 18 décembre 1788. Lazare, âgé d'un jour, décède et est enterré dans le cimetière de la chapelle Ste-Marguerite. Son père est un ancien officier de la Légion (dixit : La margue) La mère s'appelle Barbara REIBEL non résidente dans le village. Un des témoins est le maître d'école Nicolas Léopold. À partir de ces brèves informations, que pouvons-nous décrypter ? D'abord, qu'est-ce cette unité de la Marck ? Que fait cet officier à Valff et pouvons-nous découvrir des informations sur la mère ? Une enquête ardue et surprenante débute !

Barbara REIBEL
Le point décisif qui permit de comprendre l'identité de cette femme est l'acte de mariage cité plus haut. Elle est originaire de Valff et le nom des parents permet de cibler sa date de naissance, le 20 décembre 1760. Son père Jean-Jacques est cordonnier, sa mère s'appelle Marie-Madeleine LUTZ. Le militaire a donc épousé une fille du village et comme nous l'avons vu dans l'acte de mariage, Jacques avait démissionné de l'armée. Le couple a donc entrepris de construit récemment leur vie de couple à Valff.

Les autres sources
Dans un autre acte de baptême de 1787 dans la chapelle de la citadelle St Louis de Strasbourg, Jacques KACHELOFFEN est parrain du fils d'un tailleur d'habit, Jean Hubert. Il ne sait ni lire ni écrire. Il signe d'une croix.
Le régiment de la Marck
Chose surprenante, il n'existe que peu d'informations au sujet de cette unité en Alsace. Les De la MARCK sont des nobles qui sont entrés au service des rois de France Louis XV et Louis XVI. Leurs soldats sont des mercenaires.



La famille KACHELOFFEN
La famille KACHELOFFEN est originaire du pays de Spire (Speyer) en Allemagne. L'information est fournie par l'acte de mariage. Jacques est né dans le village de St Martin.


Localisation du village de St Martin

L'originalité du nom KACHELOFFEN permet de dénicher des homonymes en Alsace. C'est à Niederrœdern, dans le nord de l'Alsace, que vit, à cette époque, Dominique KACHELOFFEN, capitaine dans la légion de cavalerie de hussards Turpin qui fit baptiser sa fille Anna Maria Francine en 1752. La mère s'appelle Anna Maria TORION, parrain Ferdinand de HATZEL, ancien capitaine de la légion (Eguentri ou guentri ?), né à Wissembourg, dont le père, Jean Caspar, bailli, était conseiller souverain d'Alsace.


Et contemporains à la même époque, une autre famille, celle de Caspar KACHELOFFEN, tailleur, époux d'Anna Marie CHAUBIN et, entre-autres, leur fils Jean.
La famille Jacques KACHELOFFEN et Anna Marie REIBEL
D'ancien militaire, Jacques se retrouve à Valff. A-t-il participé à la bataille de Corbach ?

Plan de situation des armées durant la bataille de Corbach au XVIIe siècle
Une information précieuse sur son activité après sa libération et de sa nouvelle vie dans le village est dévoilée à son décès qui survient le 6 avril 1816. Il est aubergiste au n°128. Pourrions-nous situer cette auberge ?
En 1836, Chrétien WISS (Valff, 1779-1865) est appelé cabaretier avec son épouse Madeleine WILLENBERGER (WINTERBERGER) et deux filles issues d'une première union. Chrétien s'était marié en première noce avec Barbara KAPSZ, décédée à Benfeld. En 1829, sa fille Françoise, 18 ans, est frappée mortellement par la foudre, vers 18 heures, au lieu-dit Litzelfeld à Bourgheim. À cette époque, Chrétien est journalier à Valff et veuf. L'auberge se trouve à côté d'un certain REIBEL Jean-Antoine, chandelier, qui est le neveu d'Anne Barbara REIBEL, épouse de Jacques KACHELOFFEN. La proximité de REIBEL et WISS pourrait correspondre à la même localisation de l'auberge. Le lieu semble se situer à proximité du restaurant de la Couronne, au n°201. Cet établissement a remplacé l'ancien four banal ou communal.
Si Jacques avait 60 ans en 1816, le calcul nous permet de situer sa naissance vers 1756. Le deuxième déclarant est Blaise LUTZ, également cabaretier. À son décès, on apprend qu'il était sergent et ancien militaire et que sa femme a pour nom ... Anne-Marie REIBEL, la sœur de Barbara et que son neveu s'appelle Antoine Jean REIBEL, cabaretier dont le père a vécu à Mareuil sur Ay dans la Marne et son frère Victor était boulanger.

Barbara suivra son mari, portée, pour son dernier voyage et son séjour de longue durée, âgée de 63 ans, le 20 février 1823.

Jacques et Barbara n'auront pas d'autres descendants. La lignée s'éteint à Valff. Le souvenir de leur passage rempli un court article sur notre site. C'est déjà bien !
Source : Gallica