La chasse aux sorcières est la poursuite, la persécution et la condamnation de personnes accusées de pratiquer la sorcellerie. Impensable aujourd'hui, réalité dans le passée ... et même à Valff.

La procédure d'inquisition

Inquisition : définition : question, recherche, enquête poussée et indiscrète. Le Malefitzbuch de Niedernai retrace les procès en sorcellerie durant la période du début du 17ème siècle. Un greffier notait les actions, les questions et les réponses. Le bourreau usait de son savoir-faire pour extirper tous les aveux nécessaires à l'établissement de la vérité ... enfin, pensaient-t-ils. Les affaires de sorcellerie étaient étroitement reliées entre les habitants de Valff et ceux des villages catholiques alentours (Zellwiller, Meistratzheim et Niedernai).

L'accusation

Suite à une accusation (réelle ou imaginaire !) le ou la suspect(e) est interrogée puis confondue à son accusateur. On utilisait aussi les aveux des autres (sorcières) qui avaient cité des noms lors des séances de tortures précédentes. Autre arme : le sentimentalisme. Dans le cas des Seigneurs de Landsberg, le greffier a noté qu'ils suppliaient les accusées ... avec amour et bonté désirant leur bien.

La recherche de la marque du diable

Un grain de beauté ou un angiome (souvent sur l'épaule gauche) était révélateur d'une liaison avec le méchant. On le piquait avec une aiguille. Si le sang ne coulait pas, la marque était démoniaque. Catharina MEISTRATZHEIM fut doublement coupable parce qu'elle ne ressenti aucune douleur suite à la piqûre mais aussi parce qu'on ne trouva pas de poils sous ses bras.

La torture

Elle était laissée au savoir-faire du bourreau. L'accusée, parfois tondue et rasée était épilée avec de l'alcool enflammé. Le gros de la torture consistait en une séance d'élongation du corps par pendaison ou système de treuil, le tout lesté de poids aux pieds.

A Niedernai, le bourreau attachait sa cliente par les pieds sur une planche et la suspendait pendant des heures (maximum conseillé : deux heures, une séance le matin et une l'après midi) puis, s'il ne voyait pas de la bonne volonté il ajoutait un contre-poids de pierre.

Odilia LINDMAN de Meistratzheim sera suspendue pendant 5 heures avec 2 pierres aux pieds sans avouer. Lorsque la suppliciée désirait parler, elle était descendue et pouvait se reposer sur une chaise. Dans plusieurs cas à Niedernai, le greffier note que l'on dû changer la chemise de l'accusée maculée par des vomissements et autres fluides corporels.

Pour Odile VIXT le bourreau fera même confectionner par le menuisier une pièce de bois en croix muni de boulons pointus parce qu'elle se rétractait des révélations de la veille. Elle sera torturée pendant 11 jours consécutifs. Elle n'avouera du bout des lèvres qu'en présence d'un curé. Sa foi chrétienne lui imposa inconcevable l'idée d'être associée au qualificatif de sorcière. Même le greffier s'en trouvera troublé. Son écriture deviendra, au fil des jours, de plus en plus illisible, jalonnée de ratures et de taches.

Les aveux

Le questionnaire débutait par la révélation des premières rencontres avec le méchant. Les femmes les plus récalcitrantes finissaient par reconnaître, torture aidant, que le démon s'était transformé dans la ressemblance de leur mari ou de leur fiancé dans le but de consommer des relations sexuelles avec elles. Le diable ordonnait aussi de renier Dieu et tous les saints et de profaner l'hostie. Suivait le mariage sabbatique avec l'amant des ténèbres où leur était donné le pouvoir de tuer les hommes et les animaux. La destruction des récoltes par intempéries et la magie faisait partie de la panoplie de la parfaite sorcière.

La rencontre avec le méchant

Appolonia KARCHER relate qu'un jour en allant de sa maison à l'étable, un grand homme noir avec une longue barbe noire lui demanda de tuer sa vache. De mémoire d'Appolonia, il avait l'aspect d'un pied de chaise par l'épaisseur et noir comme la suie de cheminée. Trois jours après, il est revenu dans sa chambre sous la forme d'un chien noir et lui a demandé : « Es-tu là ? ». Comme elle refusa de renier Dieu et tous les saints, il l'a battu jusqu'à ce qu'elle obéisse. Encore trois jours plus tard, il est réapparu sous la forme d'une souris noire avec un grand pied d'oie. Il lui a ordonné de marcher dans ses empreintes avec le pied droit puis de tuer sa belle fille.

Eva ANSTED de Meistratzheim raconte que le diable s'est glissé dans son lit et a couché avec elle sous l'aspect de son mari qui pendant ce temps était au bistrot. Il était froid comme la glace.

Anna PFLEGER, la femme du Schultheis, de Zellwiller relate que le méchant est apparu dans la ressemblance de Georg ANDLAUER de Valff et lui a suggéré de faire des choses innommables. Le troisième jour il est revenu et lui a ordonné de l'accompagner dans un chariot fermé tiré par quatre chiens coiffés chacun d'une touffe de plumes vertes. Le voyage pris la direction d'une contrée lointaine pour célébrer leur mariage. Les chiens s'appelaient Peterle et Geiml. Son amant était habillé de noir et avait un pied d'oie.

Pour les hommes, l'apparition se fait sous l'aspect d'une vierge séduisante et irrésistible ou d'un chien qui parle et qui suggère de pratiquer la bestialité comme ce fut le cas de Hans VOGT de Meistratzheim. Trois jours plus tard, dans le Oberholz, le diable est revenu lui demandant de renier Dieu et tous les saints ce qu'il a refusé. Sur ce, le diable l'a cogné sur le nez jusqu'au sang et l'a menacé de le morceler et de le manger. Pris de peur il a consenti et le méchant lui a écrit des mots secrets sur le dos.

Le mariage satanique

La cérémonie a lieu à minuit en présence d'un marieur qui pouvait être un prêtre, un autre démon ou pour Anna SIXT, sa propre mère. L'union se faisait de la main gauche. Le marié diabolique était reconnaissable par des signes les plus divers : parfois avec un pied droit d'oie et une couronne d'épines, une main d'enfant gelée, un habit vert ou brun et un chapeau. Pour Elisabeth MARTZ, son amant est loin d'être un Apollon car elle le décrit gratifié d'un visage répugnant avec boutons et pustules. En outre il lui arrive de laisser échapper à l'arrière des odeurs pestilentielles, gênant surtout lorsqu'il vous oblige a embrasser son derrière.

Après la cérémonie, le repas de mariage est partagé avec 4 ou 5 tables de convives. On y danse, on mange tantôt du chien (volé au boulanger Hans KORMAN ou encore au curé MICHAELIS de Valff) du veau, ou du cochon et des souris. Une fois est relaté la consommation d'un enfant déterré après sa mort. Il n'est consommé ni pain ni sel. Le vin est aussi le bienvenu.

Hans VOGT, un enfant de Valff, joue de la cornemuse. Peter de Meistratzheim du violon ou Georg KLUPFEL du fifre. L'éclairage est fourni par les Lichtstöcke : nom donné aux femmes qui portaient des flambeaux, soit sur leur tête, soit dans leur derrière en position du poirier, la tête en bas.

Les lieux de mariage à Valff sont :

  • sur la Niederstross près du grand chêne,
  • près du château de Valff,
  • sous les tilleuls,
  • dans les Grueben,
  • au Oberholtz,
  • sur le Hagelweg,
  • sur la Ahlstross et le Reitenay,
  • dans le Neuland et le Plon
  • ou encore dans l'Oberbruch où Hans SCHEUERMEYER de Valff est apparu en chien et Hans VOGT en oiseau.

Lors du mariage, on donnait un nouveau nom aux mariés. Exemple :

  • lui, Erlenmerlin (merle de l'aulne), elle, Lichtstöckel (flambeau)
  • lui, Belzebub, elle, Kochlöffel (cuillère en bois)
  • lui, Hemmerlein (petit marteau), elle, Fenderich (porte étendard)
  • lui, Käfer (cafard), elle, Fuess (pied).

Les pouvoirs

Les pouvoirs maléfiques proviennent d'une pommade, parfois blanche, parfois noire, que le méchant fournit à ses adeptes. Celle-ci est enduite sur un bâton pour frapper par contact les animaux ou les hommes de maladie et de mort. Les victimes pouvaient être paralysées et la mort survenait en moins d'une heure. Autre condiment : une poudre que les sorcières introduisaient dans la nourriture (souvent aux mendiants et aux animaux). Les victimes gonflaient puis mouraient.

Pour les récoltes il fallait confectionner un « brouillard » (Nebel) qui provoquait de la grêle ou le flétrissement des feuilles. Pour ce faire il suffisait de renverser un pot contenant la pommade diabolique et de l'eau. La fumée qui montait faisait le reste. La recette secrète pour confectionner cette pommade est (veuillez prendre note) :

  • Se munir d'une marmite dans laquelle on mélangera : premièrement des araignées, deuxièmement des bousiers (Mistkäfer), troisièmement de la paille, de l'écorce de pommier et des feuilles de vignes.
  • Laisser mijoter.
  • Quelques incantations ...
  • La potion est prête !

Appolonia KARCHER raconte qu'elle s'était transformée en chat et a sauté sur le lit d'une jeune fille malade pour lui prendre son cerveau. Plus tard, toujours en chat, elle décide de faire une ronde avec d'autres sorcières. Survient alors une dispute pour savoir si elles devaient détruire plutôt les foins ou les arbres fruitiers. Le diable intervient et fait un sondage ... la majorité préférera les arbres fruitiers ! Elles renversent donc le pot maléfique pour fabriquer une grêle. Il en sortira une fumée bleue, noire et jaune si puissante que les broussailles se dessèchent. Par contre, un autre jour, le sort a raté car les cloches du village ont sonné au même moment. Le transport est assuré par voie aérienne en chevauchant soit un chat, un chien, un cochon, un bouc, un bâton ou un balai ou tout ustensile aérotransformable.

Les formules magiques

Les prières magiques sont imparables. Il faut dire « vieux pantalons et une nouvelle chemise de laine et un vieux tablier » ou « nouveau tablier pour un vieux et un vieux pour un nouveau » ou « nouvelle ceinture pour une vieille » ou « vieux pantalons et nouveaux lacets ». La prière de salutation du diable est : « J'avais deux chaussures neuves pour deux vieilles ». De la haute couture avant l'heure !

L'exécution

C'était la fête au village. Pour les habitants, un divertissement de choix ! Même les enfants étaient conviés ... ou accusés, comme à Dambach la Ville où Jacob BREYER, un garçon de 5 ans et demi, dénoncé par son père car il disait des choses étranges : il voyait des loups et des lièvres. Il confessera avoir été avec d'autres enfants et leurs parents à une réunion maléfique. La décision le concernant fut : placement chez des gens dévots et les frais à la charge du père. Le petit Jacob devra en outre porter des attributs bénis, ne jamais être laissé seul, vers 7 ans se confesser, à 9 ans prendre la sainte communion tous les 8 jours, et aller tous les jours à la messe.

Pour les adultes, la sentence était le bûcher. Si le juge était clément on échappait aux entraves de fer à la main et sur le sein gauche des femmes, posées chauffés à blanc (la droite étant considérée comme un symbole de faveur divine) ! Parfois, la condamnée s'échappait du bûcher. On relate qu'une femme a dû être rattrapée et rappelée à l'ordre. Ces choses ne se font pas !

Extrait d'une chronique d'époque : Arendsee en Allemagne, 1687 :

Les trois sorcières Susanne, Ilse et sa mère Catherine ont été condamnées à mort par un tribunal protestant. « Sur le chemin du site d'exécution, des prières, des encouragements et des éloges sur la justice fusent. Aux portes de Seehausen, la foule forma un cercle autour des condamnées et chanta tous les versets du cantique : « Gott der Vater wohn' uns bei ». On mis une chaîne si serrée autour du cou de Catherine que son visage enfla et devint brun. Puis on alluma le feu au chant des cantiques entonnés par les enfants, les ecclésiastiques, les magistrats et l'assemblée jusqu'à la carbonisation totale du bûcher ».  

Fin tragique de personnes coupables d'avoir vécu à une époque d'ignorance superstitieuse. Quel impact pouvait avoir la condamnation d'un proche ? Le commérage, la suspicion et le mépris dû se perpétuer pendant des générations. La condamnation, elle, contrairement au braises du bûcher, ne s’éteignit que lentement ...

« Le présent, c'est la fraction de temps qui sépare le passé de l'avenir »

Citation de Pierre Dac, Les pensées (1972)

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