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Depuis la Préhistoire, l'homme chassait pour nourrir la tribu. C'était une nécessité absolue mais avec des moyens précaires. L'homme dispose de nos jours de fusils à tirs précis et ce n'est que par à une réglementation administrative restrictive qu'on arrive à maintenir une faune satisfaisante dans nos forêts et nos plaines. La chasse est devenue un sport et un passe-temps. Cet article rapporte les mémoires d'un passionné de chasse local. Même si beaucoup de personnes ne partagent pas l'engouement pour cette activité pour différentes raisons, la rédaction a choisi de relater son témoignage en toute neutralité ou prise de partie.

Témoignage d'un ancien chasseur : André VOEGEL

Depuis le début des années 80, le petit gibier si nombreux avant dans nos plaines a pratiquement disparu, suite à de nombreuses causes, comme notamment :

  • l'intervention des machines agricoles très sophistiquées, plus rapides et plus destructrices,
  • les traitements chimiques des plantes,
  • les remembrements dévastateurs en supprimant les fossés, les haies et les arbres. Le grand gibier par contre, sangliers et chevreuils, s'est multiplié dans nos massifs forestiers.

J'ai tiré mon premier coup de fusil dans les années 1958 ou 59 sur le territoire du ban de Valff. Invité par le garde-chasse qui avait relevé des empreintes de sangliers dans la neige, un groupe de chasseurs s'est rendu sur les lieux. Sans permis de chasser ni assurance, j'ai emprunté un vieux fusil à canon lisse muni d'un vieux système de percussion à chien. Je me suis posté en retrait, lorsque je vis débouler devant moi une bête noire, un sanglier. J'ai lâché mon coup dans sa direction et, fonçant sur un bouquet d'arbustes l'animal tomba raide mort. Je ne revins pas ! J'étais fier de la manière dont j'avais réussi ce coup de maître. Mon expérience militaire sur le front russe pendant la dernière guerre y était peut-être pour quelque chose. Cet exploit a été dignement fêté à notre retour au restaurant au Canon, dont le fils Michel GEORGES faisait partie du groupe de chasseurs. La passion pour la chasse avait pris racine. 

Chasse de Maisonsgoutte

En 1961, j'ai repris cette chasse d'un adjudicataire ayant des problèmes de santé. C'était mon premier territoire de chasse avec mon frère Emile et notre cousin Pierre. Le terrain était relativement accidenté, mais nous étions jeunes et grimper la montagne n'était qu'une formalité. A l'époque, les hivers étaient encore rudes, froids avec beaucoup de neige. Bernard, mon fils avait 16 ans m'a accompagné un soir au mirador d'où il tira son premier brocard, un six cors de 24 - 25 kg. Nous avons exploité cette chasse pendant 8 ans, et le tableau global se monta à :

  • 92 chevreuils
  • 12 sangliers
  • 10 cerfs
  • quelques lièvres, perdreaux et faisans

Chasse de Truttenhausen

En 1963, le baron Brice de Turckheim de Truttenhausen me proposa l'exploitation cynégétique de sa forêt privée, à côté de Heiligenstein. Son frère, Gilbert de Turckheim, ancien Président de la Fédération Départementale des Chasseurs d'Alsace, absolvait à cette époque son service militaire de deux ans. Brice, qui avait une formation d'ingénieur forestier, n'était pas chasseur et ne voyait que les dégâts causés aux arbres par le gibier. Profitant de l'absence de son frère et fervent chasseur, le baron donna cette chasse en location pendant deux ans. En conséquence, nous exploitions deux chasses simultanément, celle de Maisonsgoutte et celle de Truttenhausen. Je ne peux m'empêcher de relater une ou deux anecdotes que je n'ai jamais publiées.

Un samedi matin, Emile et moi décidâmes de faire un petit tour à Truttenhausen. Arrivés sur les lieux, nous nous sommes séparés le long d'un chemin d'exploitation. Au bout d'un certain temps, j'ai entendu un coup de feu provenant de la direction de mon frère. J'ai rebroussé chemin en direction de la voiture, lorsque soudain je me suis trouvé face à face avec trois chevreuils. Armé de mon drilling, j'ai fais feu à trois reprises, tuant les trois chevreuils. Arrivé à la hauteur de mon frère, il me déclara qu'il avait tiré sur quelque chose qui ressemblait à un âne. Nous constatâmes finalement qu'il avait tiré un jeune cerf foncé qui pouvait ressembler effectivement à un âne. En l'espace de 2 à 3 heures nous avions tiré ensemble quatre pièces de gibier. Formidable n'est-ce pas ?

Drilling de montagne 

A l'occasion d'une battue avec mon cousin par alliance, Jean-Pierre de St Pierre Montlimart, ce dernier s'était placé sur un chemin faisant limite avec la chasse voisine. Soudain les traqueurs donnèrent de la voix et annoncèrent la fuite d'un sanglier. Sortant de la sapinière d'en face de Jean-Pierre, une bête sauta le chemin. Il lâcha son coup et le sanglier tomba raide mort dans un petit ravin d'à côté. Sa joie était immense, c'était son premier sanglier ! Une photo prise à la façon des chasseurs d'Afrique sur grand fauve immortalisa l'événement. Au cours d'une autre battue, un de nos compagnons de chasse avait tiré un chevreuil sur un terrain très en pente. Il avait vu débouler le gibier mortellement blessé mais il n'y avait pas moyen de retrouver le chevreuil. Après 20 minutes de recherches les traqueurs découvrirent un peu en contrebas un terrier de renard. Des traces de sang nous ont laissé supposer que le gibier s'était glissé dans le trou. Il s'y trouvait effectivement à plus de 2 m sous terre ! Un jeune traqueur, de constitution frêle se laissa glissa au fond pendant que ses copains le tenait par les pieds.

Le tableau de chasse pour ces deux années fut extraordinaire :

  • 107 chevreuils
  • 3 sangliers
  • 15 cerfs
  • 43 lièvres
  • ainsi que quelques faisans

Avec le bénéfice réalisé pendant cette période, nous avons acheté trois drillings de bonne marque, avec lunettes et plus 20 cartouches pour chacun. Le coût total des 3 armes se montait à 10 500 frs chez SIPP à Strasbourg.

 La chasse à Valff au XIXe siècle

Extrait du cahier des charges pour le droit de chasse établi pour le ban de Valff en 1856 :

  • article 1 : la durée de location de la chasse après mise aux enchères est établie à six ans
  • article 2 : pour enchérir il faut être solvable, posséder un port d'armes et être de bonne moralité
  • article 3 : l'adjudicaire ne pourra avoir plus de 2 associés
  • article 4 : l'adjudication de pourra être cédée à un tiers qu'avec l'approbation du sous-préfet
  • article 5 : l'adjudicaire devrait laisser une caution fixée par le maire
  • article 6 : l'adjudicaire payera comptant du principal plus les frais d'enregistrement et les frais fixes
  • article 7 : un procès verbal d'adjudication sera remis sous huitaine à l'acquéreur à l'Inspecteur des forêts et au Conseil municipal
  • article 8 : le prix du bail est à verser le premier décembre
  • article 9 : le droit de chasse devra être exhibé sur demande à tout officier de police judiciaire, gendarme ou préposé des douanes
  • article 10 : chaque fermier de la chasse pourra nommer des gardes qui devront au préalable être agréés par le Sous-Préfet et avoir prêté serment devant le Tribunal de Première Instance Les gardes ne pourront porter des armes à feu sous peine d'être traités comme délinquants
  • article 11 : il est interdit de chasser en dehors des périodes autorisées et des vignes non vendangées
  • article 12 : il est interdit de poser des filets, panneaux, lacets ou pièges et de prélever des œufs d'oiseaux
  • article 13 : l'entrée des forêts avec armes est interdite avant et après le coucher du soleil
  • article 14 : l'adjudicataire sera tenu pour responsable de tout délit que lui, ses associés, compagnons ou gardes pourraient commettre

L'adjudication de 1856 a été emportée le 25 février à 11 heures du matin après lecture en français et en allemand du cahier de charges, pour la somme de 10 francs annuelle, au Baron de Reynach, propriétaire et Maire de Niedernai. L'acte est signé par le maire de Valff Joseph JORDAN, les membres du Conseil, VOEGEL, sieurs RIEGLER, sieurs LUTZ, KLEIBER, ANDRES, HIRTZ, MULLER, WERCK, SPECHT, WUCHER, sieurs ROSFELDER et du Baron de REINACH WERTH. 

Baron Maximilien Benoit Félix Reinach Werth (1837-1896) avec son chien de chasse

Nomination de 3 gardes champêtres en 1853

Florent NEFF, Laurent DIEHL Laurent et Joseph BRAUNEISEN sont nommés gardes champêtres. Ils seront habillées de la tenue règlementaire

Sous l'autorité du Maire, le garde-champêtre avait pour rôle de veiller à la sécurité d'un domaine rural en maintenant le bon ordre et la sérénité des forêts. Son cœur de métier réside dans la surveillance, la prévention et la sensibilisation des lois qui régissent les domaines forestiers et ruraux.

A suivre ...

Sources :

  • Mémoires d'André VOEGEL
  • Archives de Valff
  • Illustrations : Internet

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