Ce récit est la mémoire imaginaire de l'ancêtre de l'auteur, inspiré de faits réels. Cet article est la suite des années studieuses, première partie.

Durant la récréation, des jeux comme saute-mouton, course à cloche pieds, la cachette, le jeux d' osselets, la toupie fait maison ou les billes occupaient les jeux favoris des garçons. Côté filles, la marelle et la corde à sauter faisaient partie des classiques. Le jeu Himmel und Hölle, en français la marelle, s'accompagnait selon les régions d'une chansonnette (Partie simple, sans bouger, sans rire, sans pleurer, d'un pied, d'un bras, tapette, moulinette, mains croisettes, mains aux hanches, révérences, tour de la France).

Grand-mère a semé les premières graines d'éducation dès mon plus jeune âge. Assis sur ses genoux dans la Stub, elle me récitait les comptines qui se transmettaient de génération en génération comme :

Des ech der Dumme contine enfantine (on passe du pousse à l'auriculaire)
Des ech der Dumme (ceci est le pouce)
dar schettelt Pflumme (l'autre secoue les prunes)
dar hebt'se onf (celui-ci les ramasse)
dar drund'se heim (cet autre les transporte à la maison)
und der Klein Wuziwuzi esst se anlli a lein (et le tout petit Wuziwuzi les mange toutes)

... et grand-père de poursuivre avec le chant adapté d'une chanson paillarde napoléonienne « Hop Marianele, hop Marianele, komm, mer welle danze....nemm a steckele Kas un Brot un steck's der e de Ranze ! » (Saute Marianne Saute Marianne Viens ! nous allons danser, prends un petit morceau de fromage et de pain, et mets-les dans ta panse) ... avant d'être arrêté net par le regard fusilleur de grand-mère ... mais grand-père m'en apprendra bien d'autres plus tard !

Sur le chemin de l'école, il m'arrivait de rencontrer Jean Georges VOEGEL, un garçon sourd-muet. Fils de Blaise et Anne Marie ANDRES. Ses frères et sœurs Joseph, Catherine, Odile et Marie Anne, qui décéda à l'âge de 19 ans, étaient tous sourds-muets. On rapportait que deux autres enfants étaient morts à la naissance. Seule sa sœur Marie Françoise se maria avec Joseph LUTZ. Déjà les frères et sœurs de Blaise VOEGEL père, François Joseph, Geneviève, Vincent, Anne Marie et Marie Anne, étaient atteints du même handicap. Vincent et Geneviève étant en plus aveugles. Mon père se voulait rassurant : « Ils nous sont de parenté éloignée ... ! ». Ajoutant au malheur, leur mère Anne Marie s'était éteinte à l'âge de 40 ans en 1850. Aucune structure d'enseignement ne pouvant les accueillir, ils restèrent sans instruction. Après le décès du père en 1869, Georges, son frère et ses deux sœurs furent recueilli par un organisme religieux.

En 1845, l'instituteur LEYBACH fut révoqué à l'âge de 54 ans pour manque de zèle et d'activité et de négligences. On lui reprochait l’inexistence de progrès de ses élèves. Les parents n'envoyaient plus leurs enfants à l'école et les salles de classe se vidèrent. LEYBACH se justifia en évoquant une épidémie durant le mois de janvier et février qui dissémina le nombre d'enfants valides. Il reconnu malgré tout que d'avril à septembre l'école resta déserte ... mais qu'il est d'usage que les élèves de dernière année quitte l'école après avoir fait leur première communion ! Il ne lui resta en tout et pour tout qu'une dizaine d'élèves. Le rapport de l'inspecteur académique met l'accent sur un état de souffrances à l'école de Valff.

LEYBACH anticipera sa révocation en proposant sa démission argumentant un âge avancé et des affections d'infirmités. Il conservera néanmoins son poste d'organiste et de sacristain alloué d'une somme de 50 francs payé par la commune.

Le nombre d'élèves dont devait s'occuper LEYBACH simultanément en 1834 était le suivant :

  • Garçons : 72 en hiver et 16 en été
  • Filles : 62 en été hiver et 15 en été

114 élèves payaient la contribution d'écolage (4) plus 20 qui en étaient exemptés pour cause de pauvreté. Le nombre d'exemptés étant limité à 20 par délibération communale.

En 1839, cette somme s'éleva à 7 centimes et demi par semaine. La somme théorique ainsi perçue pouvait se chiffrer à 288 francs. Avec un total de 134 élèves, il n'est pas étonnant que LEYBACH, dans sa lettre de démission, parlera ... d'une fonction pénible !

Le nouvel instituteur Thiébault HILSZ jouira d'un traitement de 800 francs, soit 100 francs de plus que LEYBACH, compris les frais d'écolage plus 200 francs pour le bois de chauffage de l'école, d'un logement avec un petit jardin et d'une grange avec écurie. Il entra en fonction après avoir solennellement prêté serment comme le prescrivait la loi à remplir sa fonction avec fidélité et équité. Il devait en outre avoir une connaissance suffisante des préceptes et dogmes de la religion, un certificat de bonne vie et mœurs et avoir des connaissances suffisantes en lecture, écriture, calligraphie, orthographe et les règles de l'arithmétique. Comme son prédécesseur il était à sa charge d'engager un aide instituteur.

Entre-temps, la commune avait décidé de séparer les garçons des filles en aménageant une classe supplémentaire dans la maison communale accolée (qui servait de mairie). Cette dernière sera dirigée à partir de 1844 par les sœurs de la Providence de Ribauvillé. Le fait de savoir écrire peut pourtant être préjudiciable ! Comment ? La réponse et bien d'autres récits seront révélés dans la deuxième partie de ce sujet.

A la mémoire de mon regretté ami André VOEGEL

(1) François Antoine LEYBACH est né le 9 mai 1791 à Rhinau ; fils de François Joseph et Odile SONNTAG, lui aussi instituteur à Valff de 1805 à sa mort en 1819. La famille LEYBACH, originaire d'Oberbergheim (Haut-Rhin), établit une dynastie d'instituteurs et d'ecclésiastiques. Il fut nommé instituteur le 16 juin 1819 après le décès de son père. Il se maria avec Madeleine HIRTZ (1786-1895) de Valff et eu 3 enfants : François Antoine mort à 6 mois, Madeleine qui épousa le nouveau maître d'école Thiebaut HILSZ et Félix qui sera agriculteur.

(2) Aloïse LEYBACH est né à Altorf en 1788 et décéda à Valff le 15 juin 1866. Il administra la paroisse de Valff de 1816 à 1866.

(3) Le jour de libre, le mercredi, fut instauré à la rentrée de 1972. Le XIXe est le siècle de l’alphabétisation de masse au sein du réseau des écoles primaires communales. La loi GUIZOT du 28 juin 1833 rend obligatoire pour chaque commune de plus de 500 habitants l’entretien d’une école primaire de garçons ; la loi FALLOUX du 15 mars 1850 étend cette obligation aux écoles primaires de filles pour les communes de plus de 800 habitants ; la loi du 1er juin 1878 oblige chaque commune à construire un bâtiment d’école et enfin les « lois FERRY » de 1881 et 1882 rendent l’école gratuite, obligatoire et laïque.

(4) écolage : rétribution que les parents versaient au maître d'école pour l'éducation de leur enfant.

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